Ahmed Kourouma (GRUP) : « J’ai mes propres convictions qui ne sont pas celles du parti »


Pendant que des rumeurs font état d’un éventuel départ du parti de Papa Koly Kourouma, notre rédaction a tenu son micro au Vice-Président du GRUP.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, Ahmed Kourouma, nous parle de sa formation politique, qui revient désormais à la mouvance présidentielle, ses relations avec son Président, mais aussi ses ambitions personnelles.

Lisez !

Kababachir.com : Bonjour M. Kourouma

Ahmed Kourouma : Bonjour

Depuis la nomination Papa Koly Kourouma, le Président de votre parti (GRUP), on vous entend de moins en moins dans les médias. Pourquoi ce silence ?

Je suis réservé simplement.

Pourquoi cette réserve ?

Parce que je ne pas digérer certaines choses. Et le rôle aussi d’un Vice-Président ou un homme politique, c’est aussi de savoir se taire quand la situation donne répétition et recul. C’est pour cela que je m’exprime un peu moins.

Mais vous avez dit au lendemain de sa nomination, que vous restez solidaire à toute décision que votre président va prendre. Cela voudrait dire en d’autres termes que vous qui étiez dans l’opposition républicaine, vous êtes en train de chemin vers la mouvance présidentielle ?

Non ! Il faut que vous fassiez la différence entre le Vice-président que je suis et qui a des devoirs vis-à-vis de son parti et de son président, et l’homme politique Ahmed Kourouma que je suis et qui s’est fait  avant d’être du parti GRUP. Je suis un homme indépendant, je suis obligé d’être solidaire de mon parti et de mon président. Ce qui ne veut pas dire qu’en tant qu’individu, j’approuve mes démarches qui ont été celle du parti ou celles du président. Il y a une nuance que malheureusement, dans ce pays on amalgame tout. J’ai un respect profond pour mon président, j’ai un devoir de solidarité envers mon parti. Mais en tant qu’individu, en tant qu’homme politique indépendant, j’ai mes propres convictions qui ne sont pas celles que la direction du parti.

Mais est ce que ce n’est pas contradictoire. Si vous êtes du parti, vous restez forcément solidaire au parti et son président  Mais vous dites que vous êtes indépendant ?

Ce n’est pas contradictoire. On n’a pas l’habitude dans notre pays d’avoir des hommes qui disent : écoutez ! J’ai mes propres convictions, je ne veux pas suivre le Chef absolument tout ce qu’il dit, ou je ne suis pas un mouton qui suis bêtement le Chef, mais je suis un homme indépendant, tout en appartenant à une structure. Pour l’heure, je suis encore le Vice-président qui appartient à la mouvance. Mais qui sait de quoi demain sera fait ?

Cela voudrait dire que vous nous réservez des grosses surprises dans les jours à venir ?

Absolument !

Mais qu’est ce qui vous gène à la nomination de Papa Koly Kourouma ?

Rien ne me gène, c’est son choix et je le comprends même si ça n’aurait pas été le mien.

Dites nous concrètement, est ce que vous êtes sur le point de départ du parti GRUP ?

 Vous savez quand on est un homme politique comme moi, on va toujours dans les destinations. La vie politique n’est pas figée  Je suis quelqu’un aujourd’hui qui a la chance d’être écouté. Un homme politique reconnu, parce que j’ai mon parcours parce que j’ai manifesté, j’ai appartenu au clan réformateur, ceux qui ne sont pas dans les grosses voitures,  qui prennent des risques avec les militants, certainement, mon destin ou ma destinée sera un jour différente de celle que j’appartiens, c’est logique.

Pour quelle destination ?

Il y a des gens qui estiment que j’ai du talent. C’est plutôt une bonne chose, pour une fois en Guinée qu’on arrive à dire tient, un guinéen, tu as du talent, je pense qu’il faut prendre ça de manière aisée.

Il y a beaucoup de jeunes talent qui arrivent aujourd’hui avec la nouvelle génération, vous avez Aliou Bah,  qui est éprouvé du talent, Domani Doré, qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas, c’est une femme qui sait convaincre, Faya Millimono, ce sont des talents qui n’ont jamais appartenu à un gouvernement où je fais parti. Il vaut mieux faire envie que pitié.

Quelle est votre lecture du débat politique sur la nouvelle Constitution qui occupe aujourd’hui la Une de l’actualité nationale ?

Ma lecture, ce que le débat il est biaisé. Pour des multiples raisons. L’homme politique que je suis, l’intellectuel que je suis refuse que le débat soit cloisonné par une ou deux personnes dans notre pays, qui nous dictent notre avenir. Pour moi, c’est insupportable !

J’ai dit à nos concitoyens, moi je vais répondre à la future constitution. Mais j’interdis à quiconque d’interdire au Président de la République de nous présenter un projet. Ce sont les règles républicaines. On ne peut pas être républicaine à moitié. J’applique à Alpha Condé aujourd’hui, ce que j’appliquerai demain si c’était Cellou ou Sidya président. Je leur appliquerai la même logique. Quand on est républicain, on estime que le peuple de Guinée  a donné un pouvoir à Alpha Condé, un pouvoir de souveraineté celui de proposer quelque chose au peuple, et le peuple a le droit de lui refuser, mais il faut un débat.

Mais Pourquoi avoir attendu vers la fin de son mandat pour proposer ce projet de reforme constitutionnelle ?

En tant qu’intellectuel et en tant qu’homme politique, je ne suis pas là pour juger de l’opportunité du temps. Ce qui m’intéresse ce que mon pays évolue. Ce que mon pays apprenne à débattre. On ne peut pas résumer un débat sur la constitution, qui engage notre avenir, qui est notre socle commun sur des slogans creux du style : ‘’A lanfé, A Moulanfé’’.Je le répète, je ne voterai pas pour la nouvelle constitution, mais je veux être républicain jusqu’au bout, parce que c’est important de construire une démocratie. On ne peut pas construire une maison, sans fondation solide et les fondations solides que nous voulons construire, ce n’est pas de daigner le peuple le droit de dire ‘’non’’. Et ce n’est pas de daigner le président de la République les prérogatives qui sont les siennes. Ca, c’est mon devoir républicain, on peut me trouver ambigüe, mais ça ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est de respecter les règles de la République.  

En fait la crainte des opposants au projet d’une nouvelle Constitution, c’est bien le fait de  maintenir Alpha Condé  au pouvoir au delà de son mandat constitutionnel

Absolument ! Mais c’est au peuple de Guinée d’aller balayer la république jusque dans ses toilettes. Quel peuple sommes-nous pour ne pas avoir confiance à notre argumentaire face à des gens qui veulent nous faire croire qu’un 3ème mandat est possible, qu’une révision constitutionnelle est possible ? Moi j’a confiance à mon argument, j’ai confiance en ma foi en la République, à l’amour pour mon pays, je suis prêt à en débattre avec n’importe quelle personne qui sera un révisionniste ou un pro 3ème mandat.

Vous savez le non débat amène la guerre civile, ce que je vais éviter à mon pays. J’ai suffisamment un argumentaire  pour dire à ceux qui sont pour le 3ème mandat ce n’est pas comme ça que ça se passe en Guinée. Mais il faut qu’on en discute. Encore une fois, on ne peut pas réduire un combat politique à des slogans. Un combat politique, c’est l’argumentaire, un combat politique c’est de l’intelligence dans les propos, ce n’est pas de l’invective, ce n’est pas de l’insulte que ça soit sur les réseaux sociaux ou ailleurs.  C’est de débattre en toute civilité. Il y a des gens qui sont pour, il y a des gens qui sont contre, chacun des ses antagonistes là a le droit de s’exprimer dans le cadre du respect des règles démocratiques.

L’ambigüité à votre niveau c’est surtout la démarche de votre parti à travers votre Président, Papa Koly, qui est déjà en campagne pour le 3ème mandat et votre position personnelle en tant que Vice-président du GRUP. On a l’impression que vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde, parce que vous n’êtes pas quand même favorable à une présidence à vie ?

Où est l’ambigüité ? Absolument que je ne suis pas favorable. Mais ceux qui ne sont pas favorables aujourd’hui, ont été les mêmes, qui ont cautionné, qui ont défendu la présidence à vie de Lansana Conté. Donc vous voyez ce n’est pas moi qui suis ambigüe. On ne peut pas venir me donner des leçons d’ambigüité, alors que même dans un passé récent, ceux-là même qui ont milité pour que Lansana Conté restent à vie au pouvoir, ils sont responsables de la situation actuelle, moi je ne suis pas ambigüe.

J’ai posé des actes clairs et précis, j’ai dis que j’ n’accepterai aucune nomination et je le maintiens.

Et pourtant, l’ambition de tout homme politique est soit d’accéder à la magistrature suprême à défaut, un poste de responsabilité. Vous voulez dire que ce n’est pas votre cas ?

C’est ce qui fait la différence entre moi et beaucoup de gens. Je n’ai pas vocation à concourir à la magistrature suprême. Je ne serai jamais président de ce pays. Je serai serviteur de l’Etat, ça, c’est l’aspiration personnelle et ça me laisse libre de ma parole. Je ne suis pas cantonner dans une posture de futur président. Ça ne m’intéresse absolument pas. Je participerai à l’évolution de la nation, à l’évolution de mon pays en tant qu’acteur politique, mais jamais je ne prétendrai pas à le présider. Ça ne m’intéresse pas

Même un poste ministériel ?

Evidemment, un poste ministériel m’intéressera. Un poste de Premier ministre m’intéressera. Mais jamais, je ne vais concourir à la magistrature suprême, je tiens à être tranquille dans mon lit.

Revenons dans cette affaire de nouvelle Constitution. Est-ce que vous pensez que c’est la Constitution elle-même pose problème aux guinéens, ou bien la personne d’Alpha Condé ?

Penser qu’on a une attitude tyrannicide. C’est-à-dire que certains nous font croire qu’on a tyran en face de nous  qu’il faut abattre à tour prix. Les pro Alpha Condé, ne font pas qu’on fasse dans le diable .  Entre Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré qui vient de revenir, il y a la majorité silencieuse, que moi je vais appeler majorité de réflexion. On ne peut pas sans cesse nous opposer les uns des autres. On ne peut pas dire, voilà le mal absolu, voilà le bien absolu. La société, la Guinée mérite mieux que ça. La Guinée mérite débat, la Guinée mérite respect. Les hommes politiques méritent respect, Alpha Condé mérite respect au même titre que Cellou, au même titre que Sidya. Seulement, ma génération va instaurer ce qu’on appelle le devoir de mémoire, c’est –à-dire le droit d’inventaire. Nous avons des ainés qui sont là depuis 30 ans, 40 ans,  qu’ont-ils fait, quel a été leur poids de contribution ou vraiment le pays en ai comparativement à des pays comme le Sénégal, la Côte d’ivoire. C’est une question que nous entendons poser. La politique est faite de successibilité. Vous avec des générations qui se succèdent il ne faut pas instaurer une espèce de royauté dans le pays où les élites gèrent la fonction des familles. Il faut un renouvellement de la classe politique par rapport au mérite.

(A suivre la suite)

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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