Anticorruption : un passage à vide pour Kassory depuis juin 2018


La lutte anticorruption engagée par Kassory Fofana s’est vite effritée. En juin 2018, le Premier ministre avait affiché une certaine volonté d’aller à l’encontre des délinquants économiques.

C’était à la faveur de sa lettre de politique générale : « Selon le rapport 2011 de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption, repris par celui de 2017, le volume des pots de vin pour la Guinée avoisine en moyenne 600 milliards de francs guinéens chaque année. La même source indique que les opérateurs économiques déclarent avoir payé près de GNF 500 milliards par an en paiement non officiel et 75% des entreprises affirment faire des cadeaux pour obtenir des contrats. Nous devons mettre fin à ces déperditions financières. »

Or, « Il ne saurait y avoir de développement économique viable sans une lutte conséquente contre la corruption. » Qu’a-t-il fait de tous ces engagements ? Un mirage qui a d’ailleurs encouragés certains petits malins à s’en faire pleines les poches. Et pourtant, déclarait-il : « Je mets au centre de l’action gouvernementale la lutte contre la corruption pour traduire dans la réalité la vision du Chef de l’État pour une gestion parcimonieuse des finances publiques, de façon à investir plus efficacement dans l’amélioration des conditions de vie des populations. Et c’est pour cette raison, ma politique sera d’une tolérance zéro contre la corruption. C’est cela mon engagement vis-à-vis du Président de la République. C’est cela l’engagement du Président de la République vis-à-vis du peuple de Guinée. »

Que des contrevérités ! En effet, quand Kassory Fofana parle de lutte anticorruption, certains, les plus habitués aux annonces farfelues, tournent juste le dos. Ils savent que le Premier ministre fait trop de bruit pour rien.  Et dans le plus grand amateurisme. Il menace de traquer des bandits à col blanc, alors que ceux-ci sont à sa porte.

Une menace avec des ‘’Si’’ :« S’il y a des cas avérés de corruption, les concernés répondront devant la justice. Il n’y a pas de cas en ma connaissance prouvé que je n’ai pas présenté à la justice. S’il y a d’autres cas qui sont posés demain, ils seront traduits en justice. Donc, il n’y a pas d’interruption là-dessus. C’est une chose que nous suivons de près. » Kassory Fofana confond détournements et corruption, tout en évoquant le cas de Paul Moussa Diawara : « Qu’on ne me dise pas que Paul Moussa qui est mon petit frère est parti à la justice, parce qu’on veut faire de la méchanceté. C’est non, il a épuisé tous les recours. Malheureusement, il a été jugé coupable par la justice indépendamment de l’autorité politique et administrative. » De toutes les façons, Don Kass sait plus que quiconque que la délinquance économique s’est beaucoup accrue ces dernières années y compris sous son magistère.

Explications : « Nous avons assisté entre autres, à la disparition de 21 millions de dollars et des lingots d’or de la Banque centrale (BCRG), il n’y a pas longtemps. En juin 2018, du côté de la SOGEAC, 4 milliards de GNF ont été détournés. En septembre 2018, 10 milliards de GNF sur 80 milliards sont frauduleusement payés à X par le Trésor public au nom d’un département ministériel, alors que les travaux ne sont pas exécutés. En janvier 2019, un détournement de 11 milliards est signalé du côté du Ministère de l’Agriculture pendant que monsieur Kiridi Bangoura assumait l’intérim. Du côté de l’hôpital de Kindia, c’est le montant de 651 millions qui disparaît des caisses de l’Etat, …. Au même moment, lui Kassory Fofana était cité dans une affaire de corruption par la justice belge pour une affaire de 50 000 euros ! Au même moment, sa Ministre de l’agriculture était aussi accusée d’avoir perçue 4,2 millions de dollars de pots-de-vin.Les recettes des régies financières (ARPT, Port Autonome, OGP,..) et des compagnies minières ont disparu du Budget de l’Etat, les montants sont introuvables et la destination est inconnue des populations. »

Si Kassory veut réellement lutter contre les bandits à col blanc, il y a bien des préalables dont la poursuite des réformes institutionnelles de l’Agence National de lutte contre la Corruption (ANLC), comme le recommande Ibrahima MouhidineDiané, Doctorant et enseignant chercheur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia (UGLCS).

En effet, après la promulgation de la loi L/2017/041/AN du 04 juillet 2017 portant prévention, détection et répression de la corruption et des pratiques assimilées, il serait important de prendre les décrets d’application y afférents, tout en dotant l’Agence d’une indépendance qui puisse renforcer son autonomie d’action et lui permettre d’instruire les allégations de corruption et de poursuivre les auteurs directement devant la justice. A cela s’ajoute une profonde réforme du système judiciaire, qui doit être indépendant et doté de moyens techniques nécessaires pour démêler les affaires de corruption dans le labyrinthe des sociétés « prête-noms » et d’opérations financières complexes sous lesquelles se cachent souvent les corrupteurs et les corrompus.

Une autre démarche contraire serait illusoire ou plutôt démagogique et bancale. Don Kass le sait parfaitement. Sans aucun mélange de genres (corruption et détournement).

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.