Kipé, Kapororail et Koloma : l’énorme bêtise collective !


“Kipé, Kaporo-rails, Koloma! Kipé, Kaporo-rails, Koloma outragés! Pan de Ratoma brisé ! Kipé, Kaporo-rails, Koloma martyrisés ! Mais, la zone réservée libérée et régime soulagé”. Paraphraser en ce 2019, Charles de Gaulle dans un de ses extraits du discours du 25 août 1944 est loin d’être anodin.

La démarche pesante vise à traduire un état d’âme. Une peine contenue. Une tristesse infinie ! Suite à l’énorme bêtise collective qui a prévalu non seulement à l’acquisition des domaines dans des zones dites réservées mais aussi et surtout à l’invasion des bulldozers contre des patrimoines privés. Des patrimoines dont les occupants ont été contraints de devenir des parias.

De quoi rappeler sans tristesse un pan du discours de François Mitterrand, Cancun (Mexique), 20 octobre 1981 : “Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres. Salut à celles et à ceux qu’on bâillonne, qu’on persécute ou qu’on torture, qui veulent vivre et vivre libres.” Aujourd’hui en effet, les anciens occupants des ‘’3 K’’ que sont Kaporo-rails, Kipé2, Koloma sont indésirables. Devant des yeux impuissants pour certains, des standings ovations pour d’autres, ces concitoyens désormais de seconde zone sont sans recours. Certains ont été abusés, d’autres nous dit-on se sont entêtés dans ce qui est devenu dorénavant le vaste champ de ruine.

Seulement, Ratomane sera pas détruite par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. Heureusement, l’Etat s’est occupé à des Léonais en y envoyant des vivres entre autres. Heureusement et au même moment, une chaine de solidarité s’est formée pour faire face aux autres émigrés guinéens de Conakry. Qui, pour accueillir une famille, qui pour apporter des vivres, qui pour faciliter la réintégration scolaire d’enfants, etc. Le silence de l’élite politique guinéenne – au-delà de tout populisme – est coupable à bien des égards.

Pour sa part, Dalein tire les marrons du feu en niant s’être impliqué dans la première casse de Kaporo-rail: « Je n’ai pas soutenu. Kassory a joué le rôle déterminant, il faut le dire, rendre à César ce qui appartient à César pour que le président prenne la décision. Mais c’est moi qui étais le premier à attirer son attention, ce qui me paraissait injuste vis-à-vis des populations qui naïvement avaient acheté des terrains avec des gens qui n’avaient pas le droit de les vendre. »

De toutes les façons, Alpha Condé de son côté crie à l’indiscipline de ceux qui construisent n’importent où or, «La deuxième République a dégagé Kaporo-rails à 60%. Il restait un peu. Mais là aussi, les gens sont venus occuper de nouveau et de façon illégale. Il n’y aura pas d’état d’âme pour tous ceux qui occuperont les domaines de l’État. Et toute autorité qui revendra un domaine de l’Etat sera sanctionnée et on récupérera. » Quoi de plus normal si pour des besoins d’utilité publique se fait sentir !

Sauf que, précise Dalein Diallo : « Ce sont des êtres humains qui méritent le respect de leur dignité, qui méritent qu’on les traite comme une part entière de la nation. Parce que si c’était une calamité naturelle, l’Etat serait venu au secours. L’Etat aurait cherché à atténuer leurs souffrances. » Surtout que, témoigne Ousmane Kaba du PADES, Selon lui, « Il y a eu abus des fonctionnaires, parce que parmi les habitants de cette zone, il y a en a qui avaient des papiers. » Donc, recommande-t-il il faudrait chercher à identifier les personnes qui ont délivré ces papiers, dans un domaine réputé être pour l’État, et il faut punir ces personnes-là. Et puis, « Il serait mieux de se préparer à recaser ces personnes-là, tout en préservant les intérêts de l’État. Donc, c’est la forme qui me cause énormément de problèmes. »

Au regard de l’énorme bêtise collective, Ibrahima Kourouma, le ministre de la Ville rassure ou plutôt se moque: « On ne va pas faire du mal aux populations, on ne va pas faire de la violence, ni brimer les gens dans leur droit. Mais on fera en sorte que tout ce qui est domaine de l’Etat soit récupéré. » Voici là où on en est : pleurs, malédiction, esprit de revanche, exclusion, etc. Sauf que le Bulldozers de Kourouma n’ont pas encore fait leur dernière démolition.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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