Monenenbo, cauchemar du RPG : ce qu’on ne sait pas…


1986 : Grand prix littéraire d’Afrique noire ex-aequo, pour Les Écailles du ciel; 2008 : prix Renaudot pour Le Roi de Kahel ; 2012 : prix Erckmann-Chatrian et Grand prix du roman métis pour Le Terroriste noir; 2013 : Grand prix Palatine et prix Ahmadou-Kourouma pour Le Terroriste noir; 2017 : Grand prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre.

C’est manifestement cette mine des lettres qui devient aujourd’hui un réel épouvantail pour le RPG, parti au pouvoir en Guinée. Tierno Monenenbo – c’est de lui qu’il s’agit – est désormais perçu comme un opposant à part entière d’Alpha Condé. Il va de soi !

En effet, Français et Guinéen, libre et engagé, Tierno Monenembo est aussi un écrivain qui dénonce, avec ironie, férocité, et courage. Il ne s’en prive jamais et cela ne date pas d’aujourd’hui. Une réalité, hélas méconnue par les obscurantistes du RPG, ceux-là même peu ou pas du tout instruits sur le parcours de l’homme de lettres. Des inféodés au régime, dénonce Tierno. Ils le saquent. Ils le vouent aux gémonies.

Ce qu’ils ne savent et ne sauront peut-être jamais, c’est que Monenenbo a affronté plus forts qu’eux. Et peut-être même connait Alpha Condé pour avoir milité au sein des mouvements gauchistes, notamment dans la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Mais face à la faillite des mouvements populaires, qui ont trahi leurs idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité dans le Tiers Monde libéré du joug colonial, le jeune Guinéen déchante et fait le constat douloureux « que la politique n’était que fumisterie. »

Un vivier qu’il continue de dénoncer. N’en déplaise aux RPGistes qui insultent ou attaquent l’écrivain guinéen. Il est inatteignable. L’écriture c’est sa chose. La dénonciation dans ses gênes. La lutte pour la liberté, la justice et la démocratie son cheval de bataille. Ce qu’il dénonce aujourd’hui n’est qu’une prolongation de ses récits menés avec brio et économie de moyens ont en commun les thèmes de l’exil, de l’errance, de la mémoire communautaire, le deuil du pays confisqué, le désenchantement politique, la folie, la condition des laissés-pour-compte.

Pour Monénenbo, « Il va de soi que pour fonder une société, on commence par tracer le cadre juridique susceptible d’organiser les pouvoirs publics. La Constitution est un acte sacré. Sacré, le mot est lâché ! La perte du sacré, le voilà, notre véritable drame ! Nous avons perdu le rite des Anciens, nous n’avons pas gagné le code moderne, celui logique et inviolable qui définit le droit de chacun et le devoir de tous. Résultat : un invivable entre-deux fait de désinvolture et d’improvisation dans lequel nos dirigeants peuvent à loisir manifester leur légèreté. »

Ce « terroriste noir » des lettres ne « se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Autant boucher les oreilles et bander les yeux : ses sorties sont sans appels. Jusqu’à…la chute de nouveau despote sous les tropiques. Après tout, déclare-t-il dans une interview, « La Guinée actuelle est très intéressante pour un écrivain: rien de mieux que la décadence pour nourrir la littérature! Après tant de décompositions sociales, de tragédies politiques et de mémoire tronquée, c’est le moment où ne jamais de parler. »

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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