Virginie Touré : ‘’ Il faut qu’on modernise notre agriculture…’’


Lauréate du prix  ‘’AWAN AFRIKA’’, une distinction qu’elle a obtenu grâce à son dynamisme et son engagement dans l’entreprenariat, Virginie Touré entend mettre son expérience à profit pour contribuer au développement du secteur agricole en Guinée.

Dans cet entretien exclusif qu’elle a bien voulu nous accorder, cette femme entrepreneure guinéenne, nous parle de ses activités et de son entreprise ‘’CERTI Bio Guinea’’, une société à travers laquelle elle s’est illustrée sur  l’audit et de la certification en agriculture biologique.

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www.kababachir.com: Veuillez vous présenter à nos lecteurs

Je suis Virginie Touré, épouse de Baglion je suis la Directrice Générale de ’’ CERTI Bio Guinea’’. Pour votre information, ‘’CERTI Bio Guinea’’ est une Société qui fait de l’audit et de la certification en agriculture biologique avec d’autres labels également, mais qui est spécialisé pour accompagner les agriculteurs pour aller vers une agriculture respectueuse de l’environnement.

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Virginie Touré : Vous avez été lauréate récemment de ‘’AWAN AFRIKA’’, qu’est ce qui a joué en votre faveur ?

’AWAN AFRIKA’’ est une société qui est basée à Nairobie, au Kenya, qui a décidé, à travers sa présidente, Béatrice de venir en aide aux femmes, parce qu’elle a travaillé longtemps aux Nations-Unies. Elle s’est dit, il faudrait un peu inverser la tendance, parce que la façon dont la femme africaine travaille il faudrait un peu changer cette vision. Donc la vision d’AWAN c’est de moderniser cette agriculture, parce que les femmes représentent quand même plus de 40% de la main d’œuvre dans le secteur agricole. Avec AWAN, c’est de voir un autre visage de l’agriculture africaine, une agriculture qui est connectée.  Ce n’est plus l’agriculture avec la houe, mais celle qui est avec les tracteurs, avec  du matériel lourd comme un peu en Europe. C’est la raison pour laquelle j’explique ce que ce qu’AWAN.

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Et moi, pourquoi AWAN m’a décerné ?

AWAN AFRIKA m’a décerné ce trophée parce que, premièrement, je suis agricultrice avant d’être dans l’audit. Et je me bats au quotidien pour le respect de l’environnement. On essaye d’enseigner les bonnes pratiques agricoles. Donc l’utilisation, la limitation du pesticide pour préservez l’environnement, donc la protection de ça. C’est l’une des raisons pour lesquelles on m’a décerné ce trophée pour qu’on puisse encourager les femmes à aller l’agro-écologie, donc vers l’agriculture biologique pour la limitation du pesticide.

On m’a aussi décerné ce trophée, parce que je vais encourager les femmes à aller vers la certification donc aller vers une agriculture durable, saine, à travers l’agriculture biologique. Et on m’a décerné ce trophée pour une troisième fois, parce que j’ai représenté la Guinée avec des produits de qualité. Les produits guinéens se sont démarqués des produits africains. Nous avions des produits qui avaient de la saveur. En plus, on avait le meilleur packaging. C’est une découverte certes, mais les produits étaient bien et ils étaient bien emballés. Bien qu’en Guinée, on se plaint, on a présenté des produits qui étaient très bien.

Qu’est ce que cette distinction représente pour vous, en tant que femme entrepreneure ?

Je suis fière parce que ça fait trois ans que je mène le combat pour l’agriculture biologique, on me prenait pour une utopique, une folle. On se dit mais de quoi elle parle ?

Dans ton pays, quand les gens ne savent pas de quoi tu parles et qu’en Afrique on te décerne ce prix, tu es fier, parce que, peut être qu’ils t’ont pas très bien compris, mais ailleurs, on te comprend, ça fait plaisir. Donc c’est un sentiment de fierté et ça me montre que le combat pour lequel je me lève tous les jours, je dois le mener et il doit continuer.

Vous êtes l’une des rares femmes à s’investir dans le secteur agricole. Qu’est ce qui vous a réellement motivé ?

Il y a beaucoup de femmes contrairement à ce que vous pensez, mais nous sommes minoritaires. Je suis fille d’agriculteur. Mon père était agriculteur depuis les années 50. Il a fait du maraîchage en France. Pendant 25 ans, il était dans la communication événementielle. Et puis l’amour de la terre est venu toute seule puisque j’ai baigné dedans très jeune, parce que mon père, en Côté d’ivoire à Gnama, gérait des plantations de bananeraies. Donc j’ai vécu dans cette ambiance agricole à mon jeune âge. A un moment, après la communication, j’étais saturée, j’avais besoin d’aller vers ce qui est vrai, ce qui est essentiel, qui avait un sens pour moi. Et c’est l’agriculture. Mais je ne voulais pas faire n’importe quelle agriculture. Je voulais faire une agriculture qui respecte l’homme, respecte l’animal et respecte tout ce qui vit, donc l’agriculture biologique. L’idée est venue comme ça, parce que c’était inné je pense.

Est- ce que vous avez des domaines agricoles à ce jour ?

Oui, mon père a son domaine agricole. Je suis gérante de la ferme Dondolokhoré à Sanoyah. Donc nous avons des cas et je produis des fruits et légumes et aussi du riz dans un bas fonds.

Parlez-vous brièvement de l’agriculture biologique

 C’est vrai qu’on parle aujourd’hui de bio. En fait l’agriculture biologique est une agriculture respectueuse de l’environnement. Donc, c’est tout un système. Il n’ya pas que l’agricole, il y aussi les animaux. C’est le bien être animal. C’est une agriculture qui veut qu’on respecte tout ce qui vit, à ne pas utiliser de pesticide. On a d’autres alternatives pour produire de façon saine. C’est cette agriculture que moi je préconise pour la Guinée, parce que nous avons déjà un sous sol qui est riche. En utilisant le pesticide nous ne faisons que la fragiliser. Qu’est ce que nous allons laisser demain à nos enfants ?

Au delà de l’argent, parce qu’on parle de sécurité alimentaire, le gouvernement, je comprends. Mais il faudrait aussi encourager l’agro-écologie et l’agriculture biologique, qui peuvent nous permettre de préserver notre sol pour l’avenir.

Lors de la déclaration de la politique générale de son gouvernement, le Premier ministre a regretté de constater que le secteur agricole contribue à 19% du PIB, alors que les ressources budgétaires allouées au secteur sont de 6%.  Vous qui évoluez dans ce secteur, qu’est ce qu’il faut, selon vous, pour inverser cette tendance ?

C’est vrai que les moyens financiers, c’est le nerf de la guerre. Il faut des moyens financiers, mais au delà de ça, je pense qu’il faudrait qu’on puisse former, on reviendra sur la formation. Mais il faudrait aussi qu’il ait un sureau patriotique pour que les gens essayent de voir parce que la contribution du secteur est certes très bas, mais il faudrait qu’il ait ce sureau patriotique et que les banques de la place puissent accompagner le secteur, parce qu’on n’a pas malheureusement une banque qui est dédiée au domaine agricole. Si on avait ces gendres de banques, elles peuvent accompagner les producteurs, parce qu’il faut qu’on puisse moderniser notre agriculture. Si on la modernise, on forme les gens, je ne pense pas qu’on soit à ce niveau. Il faut la formation, il faut la modernisation de l’agriculture. Pourquoi les jeunes ne veulent plus aller à la terre ? C’est trop dur. Tout le monde veut aujourd’hui la facilité, tout ce qui est moderne. Donc il faut qu’on puisse digitaliser même, numériser cette agriculture. Je pense que c’est important qu’il y a un projet de banque agricole. S’il y a ce projet-là, vraiment le secteur va bouger. Il faudrait que les gens aient confiance dans le domaine agricole. Et la preuve, même les assurances, on n’assure pas les plantations. Comment peux-tu mettre 400, 500 millions, ou des milliards où il n’y a même pas de garantie ?

Je connais un producteur qui a été victime de feux de brousse. Ils ont mis du feu sur 24 hectares d’anacardes partis en fumée. C’est de l’argent qui est perdu, parce que personne n’a voulu assurer ça. Maintenant qu’il a perdu ça, qui le rembourse ? Il n’y en a pas !

Donc il faudrait qu’on donne les moyens au ministère de l’agriculture, pour sécuriser aussi le travail des producteurs. Je pense qu’au delà de ça, il y a une vraie problématique après qui pourrait être développée par les autorités,

Vous voulez dire qu’il faut agir dans la formation,  l’encadrement technique et l’appui financier de l’Etat?

Pas l’Etat seulement, les banques aussi mais avec des taux d’intérêts réduits pour le remboursement. Il y a des politiques agricoles qui doivent être mises en place donc l’Etat peut trouver des partenariats avec d’autres pays, faire des échanges, des techniques. Je pense qu’avec ça, les gens vont vouloir s’y mettre parce que si on n’a pas une agriculture moderne, tous ces jeunes qui prennent la mer vont rester. C’est difficile aussi de produire, avec tout le changement climatique, le sol aussi qui devient aride, ça n’encourage pas.

On sait bien que la majorité de la population vit en milieu rural

Oui, mais ils vivent dans des conditions très précaires.

Beaucoup de femmes entrepreneures s’intéressent à d’autres secteurs comme le commerce, la restauration, le tourisme, vous, qu’est ce qui fait votre particularité ?

Moi je pense que tous ces métiers sont nobles. Mais nourrir la population, c’est encore mieux, parce que, tout ce que nous faisons, après, on fait quoi ? On mange (rires). Donc nourrir la population, je trouve que c’est un noble métier. Quand vous mettez une petite graine sur terre, quand elle germe, vous avez une joie immense quand vous voyez cette petite graine là qui produit et après, quand vous la voyez dans la main du client, qui est content de recevoir le fruit, c’est une satisfaction indescriptible. On ne peut même pas décrire la joie que vous avez. Donc, participez au bien être de la population, je pense que c’est notre priorité et c’est notre fierté en même temps.

Est-ce que vous avez d’autres partenaires qui vous accompagnent dans votre activité ou bien des relations avec d’autres exploitants agricoles?

Forcément parce qu’avec AWAN AFRIKA,  je suis amenée à identifier les femmes qui font bouger l’agriculture en Guinée. Donc, c’est un réseau des femmes. La plu value d’AWAN AFRIKA, c’est la plateforme qui a été mise en ligne ça peut mettre toutes les femmes qui sont sur le réseau de faire le commerce au sein même de l’Afrique. Quelqu’un qui est à N’Zérékoré, qui peut vendre son café en Afrique du sud. Le libre échange en Afrique, c’est numérique, c’est digital. C’est ça qui est génial. Une femme qui est au Maroc, qui a une demande de n’importe quel fruit, elle peut le vendre à une autre personne d’un autre pays magrébin peut lui compléter sa commande. Moi si j’ai, en Côte d’ivoire, parce que j’ai une amie en Zambie, qui fait du chocolat, si elle n’a pas assez de cacao, elle peut commander avec de la Côte d’Ivoire ou du Ghana. Donc, c’est ça qui est intéressant qu’aujourd’hui, les femmes travaillent différemment. Qu’on ne soit plus la petite agricultrice qui attend qu’on lui achète sa production, non ! Aujourd’hui, la femme, avec son téléphone, elle a accès au monde entier. Tu regardes dans le réseau AWAN, tu dis il y a tel pays, tu peux faire en ligne. Donc aujourd’hui c’est cette agriculture là que nous voulons.

Vous voulez dire que l’intervention de l’Etat ne doit pas se limiter à la distribution des engrais lors d’une campagne agricole ?

Il faut qu’on accompagne les gens sur la formation, qu’on mette les moyens techniques et technologiques. C’est pourquoi j’ai insisté sur la formation. Aujourd’hui il faut le digital, l’Etat ne peut pas se contenter de donner de l’engrais, ça ne suffit pas. 

En dehors de l’agriculture, est ce que vous évoluez aussi dans d’autres secteurs ?

Il y a longtemps je fais la communication, mais j’ai laissé la communication pour me consacrer à l’audit et la certification tout en restant agricultrice.

Quelles sont vos ambitions les années à venir ?

Mon ambition d’ici à 5 ans est que la Guinée puisse être un pays exportateur importateur important des produits certifiés de l’agriculture biologique, donc bio, parc e que pour le moment, nous sommes l’un des rares pays de l’Afrique de l’Ouest à ne pas avoir des produits certifiés. Il y a une seule plantation de mangues certifiée en Guinée. Et mon objectif, d’ici à 5 ans, est qu’on puisse avoir 500 fermes certifiées autant dans le domaine piscicole ou l’aviculture, parce qu’on va faire des œufs bio, on peut exporter de la vache bio, pour que vraiment la bio puisse être présente un peu partout en Guinée. Nous allons lancer en 2020, le salon de l’agriculture biologique en Guinée.

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Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier message ?

Oui, je dédie mon trophée ‘’AWAN AFRIKA’’ à Mme la ministre de l’Agriculture, Mariama Camara, qui a été d’un grand soutien, pour l’agriculture, surtout pour AWAN, elle nous a beaucoup soutenu, et je pense que c’est une femme en or, à qui je dis vraiment merci pour tous ces efforts qu’elle mène dans l’agriculture. Il faudrait plusieurs femmes comme elle pour que les choses bougent. Donc je dédie à ce trophée à Mme Mariama Camara et à toutes les femmes agricultrices de Guinée.

Mme Virigine Touré de Baglion, merci

Merci  Monsieur Barry

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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