25 août 1958: il était une fois, le NON à la Communauté

Cette date repère de l’histoire politique guinéenne est en date d’être oubliée. Pourtant, ce 25 août 2016, il y a 58 ans depuis que la Guinée de Sékou Touré a revendiqué la liberté face à De gaulle. En cette année 1958, De gaulle visite les colonies françaises en vue du référendum prévu en septembre de la même année, afin de déterminer l’intégration des colonies de l’AOF dans une Communauté française. La Guinée est la dernière étape de ce voyage. De Gaulle arrive à Conakry où il est accueilli avec ferveur, en tant que héros de la Résistance.

Cet accueil dissimulait l’option que devait prendre dans les heures qui suivent. A l’Assemblée territoriale, le tribun et syndicaliste guinéen, sans se laisser impressionner par le charisme du président français prend la parole, s’adressant à la foule et ignorant son hôte. Dans un discours enflammé, il affirme haut et fort la détermination des peuples colonisés à ne pas céder aux injonctions du colonisateur et à relever la tête avec fierté: « Nous avons, quant à nous, un premier et indispensable besoin, celui de notre Dignité. Or, il n’y a pas de Dignité sans Liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d’Homme et en fait arbitrairement un être inférieur. Nous préférons la Pauvreté dans la Liberté la Richesse dans l’esclavage. Ce qui est vrai pour l’Homme l’est autant pour les sociétés et les peuples. C’est ce souci de Dignité, cet impérieux besoin de Liberté qui devait susciter aux heures sombres de la France les actes les plus nobles, les sacrifices les plus grands et les plus beaux traits de courage. »

Furieux, De gaulle rétorque que « l’indépendance est à la disposition de la Guinée », et qu’elle pourra la choisir lors du référendum. Menaçant, il ajoute: « Cette Communauté, la France la propose ; personne n’est tenu d’y adhérer. On a parlé d’indépendance, je dis ici plus haut encore qu’ailleurs que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre, elle peut la prendre le 28 septembre en disant « NON » à la proposition qui lui est faite et dans ce cas je garantis que la Métropole n’y fera pas obstacle. Elle en tirera, bien sûr, des conséquences, mais d’obstacles elle n’en fera pas et votre Territoire pourra comme il le voudra et dans les conditions qu’il voudra, suivre la route qu’il voudra. »

Ce face-à-face constitue un événement marquant des mouvements pour les indépendances africaines. La Guinée sera le seul pays à rejeter à 95% l’intégration dans la Communauté française. Les relations économiques et politiques avec la France sont alors totalement rompues et la Guinée se rapproche des pays de l’Est. Figure marquante de l’indépendance, Sékou Touré sèmera bientôt la terreur dans le pays, dont le « goulag tropical » reste un sinistre emblème. Mais ceci est une autre histoire…qu’il savoir assumer avec grandeur d’âme et d’esprit. Au nom de la réconciliation nationale.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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