3è mandat : Yamoussoukro n’est pas Conakry !

Le Président ivoirien Alassane Ouattara raccrochera en 2020 et quittera le palais présidentiel, après avoir eu le sentiment d’avoir, entre autres, bien « renforcé la présence de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale et améliorer fondamentalement la gouvernance du pays. » C’est ADO lui-même qui fait l’annonce, ce 4 janvier 2017, à l’occasion de la présentation de ses vœux de nouvel an à l’ensemble du corps diplomatique accrédités dans son pays.

Par cette sortie ponctuée de standing ovations qui vise à revigorer les Institutions républicaines de la Côte d’Ivoire, le président ivoirien prouve que Yamoussoukro n’est pas Conakry. Du côté de Sékhoutouréya en effet, une certaine tentation hante le sommet pour modifier la Constitution et permettre à son locataire, à peine élu pour un second et dernier mandat constitutionnel, de miser sur une présidence à vie. Déjà à vue depuis plus de six ans sans grand résultat, au regard des promesses électorales (autosuffisance alimentaire, fourniture d’eau et d’électricité, etc.) et des grands défis (lutte contre la corruption, les détournements, les infrastructures, etc.), l’homme qui s’interdit de lire les journaux, de suivre la télévision et de surfer sur Internet peine et patine. Sa gouvernance suffoque à cause de ses choix hasardeux.

Six ans, chez lui – cette fois-ci pas dans les airs en Jet privés- on ne parle que d’élections, du Code électoral, d’accords politiques, de CENI, etc. Les défis de l’heure sont passés sous boisseaux. Lui, il ne fait que voyager à prix coûtant pour dit-il vendre la Guinée. Sauf qu’il la vend aux moins offrants qui ne se manifestent jamais. Conséquence : du gâchis sans précédent.

Dans cet imbroglio patent où chômage des jeunes, misère, précarité, insécurité de la population, détournement et corruption au plus haut sommet de l’Etat font bon ménage, ‘’l’opposant historique’’ qui revendique plus de 50 ans de combat pour l’instauration de la démocratie en Guinée est tenté, bien tenté. Il est aidé en cela par ceux que Kélèfa Sall a si bien appelés des « sirènes révisionnistes ». Conakry n’est pas Yamoussoukro. Vraiment. En un rien de temps, là-bas, on s’est tiré d’affaires, réalisé de grands travaux d’infrastructures, amélioré la gouvernance et on s’est aujourd’hui fixé d’autres caps, bien que sorti d’une réelle et macabre crise post-électorale.

Un 3è mandat là-bas est manifestement un crime de lèse-majesté. Une violation flagrante de la Constitution, un parjure, etc. Peut-être que cette attitude d’ADO inspirera l’homme qui prépare – matériellement et idéologiquement – en sourdine un autre quinquennat, voire septennat ( ?). Mais déjà, au sein de sa famille politique, la pilule est amère. Certains veulent la rupture avec une décennie de désordre économique. On préfère donc que le parti soit dans la continuité en lieu et place d’un président du parti… koudèye !

La nuance est fondamentale, car elle tranche dans le vif et perturbe somme toute, des ambitions inespérées et inavouées qui pourraient exposer dangereusement la Guinée au chaos. ADO l’a compris chez lui et il met tout de suite tout le monde à l’aise en annonçant la fin de son mandat en 2020, ouvrant par ailleurs une bataille pour sa succession.

Comme quoi, en Côte d’Ivoire, le sable dans l’Atiéké ne donne jamais le goût prononcé d’une addition. Fut-elle l’œuvre du RHDP, coalition du RDR de Dramane Ouattara et du PDCI de Bédié. La succession douce se dessine déjà avec la création du poste de vice-président donnant ainsi à l’Exécutif, trois têtes : le président, le vice-président et le Premier ministre. Désormais, là-bas, à s’y méprendre, ni le président du Parlement, si celui du Sénat ne pourront succéder au Président sortant. Le ciel se dégage au bord de la Lagune Ebrié au moment où sur les rivages de l’Atlantique, Bangaly Kourouma et son bataclan excellent dans la logique révisionniste. Ils doivent comprendre à leurs dépens et avec Charles de Gaulle que : « Dans chaque Constitution, il y a la lettre et il y a l’esprit. C’est évidemment l’esprit qui est importante ».

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.