3EME MANDAT : Après le peuple, Dieu !

Lentement mais surement, la théorie de la modification constitutionnelle se met en place en Guinée. Du côté du pouvoir, deux personnes ont jusqu’ici osé porter le projet. Il y a tout d’abord, le président Alpha Condé, avec son désormais fameux, « le peuple décidera » ; ensuite, on a le député Amadou Damaro Camara, le président du groupe parlementaire du RPG-arc-en-ciel. Ce dernier, invité hier de nos confrères d’Espace FM, a introduit un autre concept qui tend à accréditer la thèse du tripatouillage constitutionnel. En effet, selon lui, « Si Dieu le veut, le président de la République » pourrait bien s’offrir un troisième mandat. En somme, les pièces du puzzle se mettent en place.

Au fait, c’est connu de tout le monde. Le peuple et Dieu sont très souvent les prétextes que les dictateurs mettent en avant quand ils veulent se soustraire des obligations auxquelles ils sont astreints. Exploitant insidieusement et malicieusement le souverainisme, ils invoquent le peuple pour s’en servir comme paravent face aux critiques émanant de l’étranger.

En quelque sorte, c’est une manière subtile de faire appel aux arguments souverainistes qui sont de nature à contrer la théorie de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays. Mais en réalité, le lien supposé avec le peuple ou son accord ne sont que des inventions à dessein. Comme cela pourrait probablement être le cas en Guinée, il s’agit essentiellement d’une infime minorité d’opportunistes qui, se faisant confier une mission de propagande, utilisent des ressources colossales mises à leur disposition à cette fin.

Alors que le camp adverse se fait intimider et réprimer, celui favorable au pouvoir en place dispose de tous les canaux de communication. Conséquence, il crée un effet d’illusion que le pouvoir capitalise exagérément en le présentant comme le peuple dans son entièreté.

Pour ce qui est de Dieu, on s’en sert comme instrument de manipulation des masses au sein des sociétés dites primaires.

Caractérisées par une croyance aveugle voire dogmatique des populations à tout ce qui se rapporte au domaine divin, ces sociétés ne sont malheureusement pas suffisamment outillées pour faire la part entre le religieux authentique et le religieux manipulé. Et c’est ce sillon qu’Amadou Damaro Camara exploite volontiers avec son « Si Dieu le veut ».

Le député sachant par ailleurs qu’une certaine conception guinéenne voudrait que le pouvoir soit une généreuse offrande de Dieu dont il gratifie qui il veut et dont il possède qui il veut et quand il veut. Implicitement, cela voudrait dire que même si ce sont les Guinéens qui votent et voteront, c’est Dieu qui décidera du troisième mandat en Guinée.

Anna Diakité,www.kababachir.com

 

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