VIDEO DE LA TORTURE : Quand les réseaux sociaux triomphent de l’immobilisme de l’Etat

Au-delà de l’usage personnel qu’ils en font, les Guinéens ont désormais de quoi se féliciter de l’avènement des réseaux sociaux. Servant de médias parallèles et participatifs, ces réseaux permettent en effet de plus en plus de confondre les autorités guinéennes et de les contraindre de leur indolence et de leur apathie classiques. On l’avait déjà vu avec l’affaire Tamsir relative au viol et à la publication de l’image de sa victime sur facebook. Désormais, cela se répète avec le cas de la vidéo de la torture atroce qui, ces derniers jours, a ému tout le pays, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Indignation et émoi qui se transformant en une forme de pression sans précédent, ont poussé les autorités à prendre des sanctions contre les agents de la BAC N°8 de Kakimbo.
En d’autres circonstances, les autorités se seraient débinées en invoquant l’attente des résultats d’une enquête dont on sait qu’elle n’aboutirait à rien. Mais avec les images aussi flagrantes qu’accablantes qui circulent sur des réseaux sociaux auxquels tout le monde est désormais connecté, et que certains se partagent via les téléphones par l’entremise du Bluetooth, les autorités n’ont plus un seul argument. Bien entendu, on annonce comme jadis une enquête. Mais en attendant, elles sont bien obligées de prendre des mesures conservatoires pour ne serait-ce que se donner bonne conscience aux yeux de l’opinion publique. C’est ainsi que les agents incriminés seraient aujourd’hui suspendus.
Au passage, ce sont les méthodes en vigueur au sein des forces de sécurité guinéennes qui sont démasquées et qui remettent considérablement en cause la fameuse réforme qui a englouti tant de ressources. D’ailleurs, en d’autres circonstances, l’opinion aurait exigé que les responsables impliqués dans la mise en œuvre de cette réforme puissent s’expliquer.  Car il est inadmissible que de telles pratiques perdurent au sein d’une institution qui fait objet d’autant d’attention. Mais on peut bien comprendre que ce volet de la question puisse attendre. Après tout, la Guinée vient de loin. Au point qu’on peut bien se contenter du rythme auquel les consciences s’éveillent.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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