ADDIS-ABEBA : François Fall pessimiste pour l’Unité africaine

Le ministre guinéen d’Etat en charge des Affaires étrangères a pris part à la réunion d’urgence que l’Union Africaine a consacrée hier à la crise liée à l’épidémie Ebola. Profitant de l’occasion, François Louncény Fall a subtilement flétrit la stigmatisation et le peu de solidarité que témoigneraient certains pays africains à l’endroit des Etats affectés par l’épidémie. Il n’a pas non plus épargné l’UA qui, à l’en croire, faillirait à certaines de ses missions. En gros, François Fall pense que l’attitude dont certains Etats se rendent coupables vis-à-vis du virus Ebola n’incite pas à l’optimisme quant au rêve de l’unité africaine.

Si, à l’entame de son intervention, le ministre guinéen se réjouit bien entendu de la tenue de la réunion, il ne se prive pas cependant de faire remarquer que cette dernière intervient à un moment relativement tardif. Pour lui, le retard est d’autant plus évident que les conséquences économiques sur les pays touchés sont déjà énormes. C’est ainsi qu’il a notamment déclaré : «L’impact négatif de la fièvre Ébola sur nos économies se manifeste déjà par le ralentissement des échanges commerciaux, la baisse de la productivité ainsi que par le recul des activités dans plusieurs autres secteurs comme les transports, les investissements et le tourisme. Au stade actuel, la Guinée a subi une perte de près de 1,5% du taux de croissance de son PIB. Il faut ajouter à cela d’autres conséquences liées à la fermeture des frontières, la suspension des vols ainsi que la stigmatisation des ressortissants des pays affectés ». Les mesures d’isolement des pays victimes, il les regrette d’autant plus qu’elles sont, selon lui, en contradiction avec les recommandations de l’OMS et de l’IATA. Elles sont également regrettables à ses yeux parce qu’elles émanent essentiellement de pays africains alors que des pays et institutions publiques et privées ne relevant pas du continent témoignent de leur solidarité avec les pays touchés. Naturellement, à ce niveau de son discours, il n’omet pas de souligner la gratitude du peuple et de l’Etat guinéens à l’endroit du Mali et du Maroc.

Particulièrement remonté contre les mesures de restrictions adoptées par certains pays africains à l’égard des Etats victimes d’Ebola et rappelant des engagements allant dans le sens de la concrétisation de l’idéal de l’unité africaine à l’horizon 2063, François Fall s’est interrogé : « avec l’apparition de cette épidémie à virus Ébola et les mesures protectionnistes prises par les États africains, sommes-nous en droit aujourd’hui de croire que ce rêve d’union se réalisera à l’horizon 2063 ? N’est-il pas inquiétant de constater que face à une première grande épreuve nos États se referment sur eux-mêmes, abandonnant ainsi d’autres frères en difficultés ? ». Mais à l’en croire, le drame n’est pas que dans l’absence de solidarité entre les Africains. Il serait également dans un certain nombre de retards qui caractériseraient le continent. Il indexe en particulier le déficit d’infrastructures de recherche médicale. C’est ainsi qu’il a également lancé : « plus de cinquante années après la création de notre Organisation est-il acceptable que l’Afrique ne dispose pas d’un seul laboratoire de recherche susceptible de prendre en charge les multiples challenges auxquels elle est confrontée et qu’à la moindre alerte il faille se tourner vers l’extérieur du continent ? ».

Enfin, le ministre guinéen invite les diplomates de l’UA à se réveiller et à prendre conscience du défi. Selon lui, « la bataille contre l’épidémie à virus Ébola représente un test pour notre vocation à bâtir une Afrique unie et solidaire telle que rêvée par nos pères fondateurs. Dans ce sens, cette bataille devrait mobiliser tous les spécialistes et épidémiologistes que compte le continent. La victoire est à ce prix. Il nous sera ainsi plus facile de mutualiser nos ressources et nos efforts car, il faut bien qu’on se le dise, la marche vers l’unité du continent sera encore jalonnée de plusieurs autres écueils. Et nous devons apprendre à les traverser et à les transcender Ensemble ».

A-t-il entendu ? Ce n’est pas très sûr. Mais il sera tout de même acquitté de son devoir qui consistait à sonner l’alerte.

Anna Diakité, Kabanews

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