Affaire Bolloré : ‘’C’est l’histoire d’un hold-up’’, selon un ami du président Alpha Condé

L’homme d’affaires Vincent Bolloré a été mis en examen, mercredi soir à Paris, dans l’enquête sur des soupçons de corruption dans l’attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest.
Ancien ministre français de la Coopération et ex-conseiller de la présidence du groupe Necotrans et ami du président Alpha Condé avec qui il a étudié, Pierre-André Wiltzer, a livré sa part de vérité dans l’affaire des soupçons de corruption dans l’acquisition des concessions portuaires à Conakry et Lomé par le Groupe Bolloré.

S’exprimant sur RFI, l’ancien ministre français de la Coopération explique le fil des événements…

‘’C’est l’histoire d’un hold-up ou on peut dire en tout cas d’un acte tout à fait arbitraire. Quand le président Alpha Condé a été élu – c’était en décembre 2010 – des rumeurs ont commencé à courir. On a appris par le directeur de la concession de Necotrans sur place qu’une équipe de chez Bolloré était venue se promener dans le port. Il y avait quelques signaux un peu inquiétants. Je suis allé rencontrer le président Alpha Condé. Il se trouve que nous avons fait nos études ensemble il y a de nombreuses années à la faculté de droit. Je lui ai demandé s’il avait des reproches particuliers à faire à la gestion de Necotrans. Il était assez gêné. Il n’avait pas envie d’en parler. Il m’a dit qu’il fallait voir cela avec ses collaborateurs. On ne nous a rien dit sur d’éventuels manquements qui auraient pu se produire. Mais très rapidement, on a appris un jour par une déclaration à la télévision que la concession était annulée, et qu’elle était confiée à Bolloré. Là-dessus, comme la presse en a rendu compte d’ailleurs, il y a eu une irruption de l’armée qui a expulsé le personnel de Necotrans. Et les équipes du groupe Bolloré, qui étaient installées à l’hôtel pendant tout ce temps-là, se sont installées aux commandes et ont pris en main à la fois l’ensemble du matériel, y compris l’informatique, etc.’’

Ajoutant que : ‘’Le groupe Bolloré supportait très mal l’existence d’un concurrent. Par conséquent, les relations ont toujours été quand même assez difficiles entre les deux groupes. On sentait bien que Bolloré voulait faire disparaitre le groupe, l’absorber ou le faire capoter. Et finalement, ils ont pu racheter ce qui les intéressait à très bon compte et ils ont fait une très bonne opération. Maintenant dire que c’est très moral, c’est autre chose.’’

Selon cet ancien patron de Necotrans, l’acquisition du Port de Conakry c’était vraiment ‘’le fait du prince absolu et sans explication’’».

‘’On n’a jamais pu obtenir la moindre explication et je crois que la raison est toute simple : c’est qu’il n’y en avait pas. C’est tout à fait transparent qu’Alpha Condé s’était manifestement engagé vis-à-vis de Monsieur Bolloré qu’il connaissait depuis longtemps, et qu’il lui avait promis de lui donner cette concession. Bolloré n’avait pas pu [l’] obtenir lors de l’appel à concurrence internationale qui avait eu lieu deux ans avant. C’est Necotrans qui avait emporté le morceau. Et cela, je crois qu’il ne l’avait pas digéré. C’est un arrangement qui s’est fait indépendamment de toute règle commerciale et juridique. C’est vraiment le fait du prince absolu et sans explication.’’

Source RFI

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