AFFAIRE ISSA CAMARA : la stratégie de l’usure…

A l’issue d’une longue audition dans la journée du mercredi, le colonel Issa Camara et ses acolytes ont été inculpés, entre autres, pour rébellion, insubordination, coups et blessures volontaires, pillage, etc. Toutes ces infractions se rapportant aux agissements du colonel dans la préfecture de Mali dont lui et ses hommes avaient terrorisé les populations. Certains voudraient y voir un pas décisif dans l’optique de la justice. Mais ce n’est que de la poudre aux yeux des victimes de la barbarie du colonel Issa.

Au regard des actes dont l’officier s’est rendu coupable et en raison de la soif de justice des victimes, une simple inculpation, c’est une goutte d’eau dans la mer. Il faut en effet rappeler que pendant un peu plus de longues heures, le colonel Issa Camara et ses hommes, se rendant maîtres de la commune urbaine de Mali, y avaient perpétré de nombreuses violations des droits humains.

S’en prenant physiquement aux citoyens, ils avaient également pillé de nombreux biens. Et quand le gouverneur de la région administrative de Labé, informé de la situation, s’y était rendu, le colonel Issa avait refusé un refus catégorique à son ordre de cessation des hostilités. Il avait fallu des renforts en provenance de Conakry pour le convaincre de rentrer dans les rangs.

Ramené à Conakry, il jouissait jusqu’ici d’une totale liberté et donnait l’impression de narguer les victimes. Et si la justice a fini par l’inculper, c’est parce que les organismes des droits humains ont mis la pression. Mais avec une simple inculpation, ces derniers devront encore continuer la pression. Car comme on l’apprend avec le dossier du 28 septembre, cette stratégie qui consiste à étaler le processus judiciaire de manière à ériger une inculpation en un trophée, n’est destinée qu’à pourrir le processus. On veut ainsi berner les victimes et leurs proches en les accrochant à un faux espoir.

Pendant ce temps, la justice guinéenne, réticente à juger des militaires, s’évertuera à assurer au colonel Issa et ses proches qu’une inculpation n’est pas une condamnation. C’est ce qu’on entend depuis désormais sept ans à propos du massacre du stade du 28 septembre.

A la veille de chaque anniversaire de ce malheureux événement, on brandit une nouvelle inculpation pour occuper les associations des victimes. Mais dans les médias, de pseudo-experts s’en pressent de mettre en garde contre l’amalgame entre inculpation et culpabilité. Ainsi, le mano-a-mano s’éternise, sans aucun véritable espoir de voir les auteurs ou commanditaires de ces odieux événements rendre compte. Et c’est le même chemin qu’on l’on voudrait faire emprunter le dossier du colonel Issa Camara.

Anna Diakité, www.kababachir.com

 

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