ALPHA CONDE : L’anti-guinéanité incarnée

Alpha Condé, pour accéder à la magistrature suprême du pays en 2010, s’était servi de l’ethno-stratégie. Il avait, on se rappelle, à dessein évoqué l’union sacrée du manden. Et depuis qu’il est à Sekoutouréya, il tire les ficelles de cette même ethno stratégie pour se maintenir. C’est du reste la seule explication(en plus de la fraude) à sa réélection, le 11 octobre 2015, en dépit d’un bilan des plus lamentables.

Pourtant, au fil des ans, les Guinéens, indépendamment de leur appartenance socio-communautaire et de leurs bords politiques, devraient comprendre qu’Alpha Condé ne se sert de la fibre communautaire qu’à des fins politiques. Autrement, dans les faits, le président guinéen n’a aucun penchant pour aucune ethnie. Seul son maintien au pouvoir le préoccupe et c’est la seule raison qui guide toutes ses actions.

Une des idées prétendument véhiculées de la gouvernance d’Alpha Condé, c’est celle selon laquelle son pouvoir est anti-peul. Une idée qui trouve sa raison dans la posture stratégique que le chef de l’Etat a adoptée depuis son accession au pouvoir. Une idée également confortée par la fameuse déclaration de Facinet Touré au sujet du deal noué pour empêcher les ressortissants de la Moyenne Guinée, détenteurs du pouvoir économique, de s’emparer du pouvoir politique.

Dans la même veine, Kassory Fofana, du temps où il était de l’opposition, avait révélé que dans l’entre-deux-tours de 2010, la stratégie de l’alliance arc-en-ciel avait consisté à unir trois régions naturelles contre une autre. Et le pouvoir, jouant cyniquement sur ces conceptions surfaites, continue d’opposer les Guinéens pour en tirer profit. Autrement, dans les faits, aucune entité, en tant que telle, ne tire profit de la gouvernance actuelle. Seuls quelques individus, triés sur le volet et venant de toutes les communautés, trouvent leur compte au détriment de la grande majorité des Guinéens de toutes origines.

Et la meilleure illustration de la manipulation dont le peuple est l’objet, ce sont les nombreuses déclarations du chef de l’Etat à l’endroit des ressortissants de la Haute Guinée, sa supposée région préférée. La plus évocatrice d’entre toutes, c’est bien celle du 29 mai 2016 au siège du RPG-arc-en-ciel. Ce jour-là, acculé par les pressions de sa base qui lui reproche d’être laissée pour compte, il se lâche et dit le fond de sa pensée. On en apprend que du point de vue d’Alpha Condé, les cadres guinéens les plus malhonnêtes, ce sont ceux issus de l’ethnie malinké. Envisageant cette ethnie avec un certain dédain, il pose même cette fameuse question : « Malinké, Malinké, c’est quoi ? ».

Naturellement, c’est là un dérapage de trop de la part du président. Mais c’est tout de même une sortie ratée qui a le mérite de révéler à l’opinion ce que le président pense de ceux qui passent pour ses favoris. Or, ce n’est pas tout, les ressortissants de cette même ethnie gardent en travers de la gorge le refus catégorique du numéro un guinéen d’aider à la libération de quatre jeunes issus de la communauté, actuellement détenus dans les prisons rwandaises. A cela, s’ajoutent beaucoup d’autres anecdotes que certains voudraient taire suite à la gêne qu’ils éprouvent.

Qu’en est-il alors de la Basse Guinée ? Si l’on se fie à la dernière orientation du président de la République, on serait tenté de croire que cette région côtière est la nouvelle dulcinée d’Alpha Condé. En partie parce que le président a dernièrement rappelé avoir déjà prédit que cette région est plus stratégique dans la conquête du pouvoir que la Haute Guinée. Mais s’en tenir aux conclusions se rattachant à ces propos, c’est prendre le risque de se leurrer. Car de nos jours, une bonne partie des ressortissants de la Basse Guinée pense avoir été flouée.

Les récents limogeages de Jean-René Camara (pêche), d’Amirou Conté (culture) ou encore de Mamadouba Sankhon (Port autonome) passent pour de la trahison du chef de l’Etat vis-à-vis de cette région. A cela, s’ajoute le fait qu’aux yeux de certains, Alpha Condé, en imposant Elhadj Sekhouna Sankhon comme Kountigui (autorité traditionnelle) de la région, entend se mettre cette dernière dans la poche à moindre frais. Pour beaucoup, le chef de l’Etat, au lieu de prendre en charge les préoccupations intrinsèques de la région et des populations, veut nouer des alliances avec des individus qui, au moment arrivé, l’aideraient à abuser de la majorité. D’où la forte contestation que rencontrent le fameux Kountigui et ses affidés.

Enfin, la région forestière dont est issu le président de l’Assemblée nationale, ne peut pas non plus se frotter les mains. En effet, pour cette région au sol fertile et au sous-sol fourni en ressources minières, le pouvoir d’Alpha Condé est surtout synonyme de violences : Zogota, Galakpaye, Womey, etc. En sorte que Laye Junior Condé avait osé déclarer que chez les habitants de la région, la violence est génétique. Un autre trait de la gouvernance Alpha Condé sur la région de la Guinée forestière, c’est l’impossible retour de Moussa Dadis Camara, en dépit de promesses fermes à l’intéressé et à ses nombreux partisans. Enfin, la couleur de la gestion du pouvoir Alpha Condé sur la région du sud de la Guinée, c’est l’impossible démarrage des mirobolants projets miniers, dont celui de Simandou sud. Bref, à N’Zérékoré et les villes environnantes, Alpha Condé rime avec violences, promesses non tenues et désenchantement socioéconomique.

En voilà qui devrait prémunir les uns et les autres contre la manipulation aux relents ethnostratégiques.

Alphonse Camara, www.kababachir.com

 

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