Alpha Condé : un possible tyran (Et si Boubacar Yacine avait raison en août 2005 !)

Depuis son retour d’exil, le 3 juillet 2005, le leader incontesté du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) multiplie les déclarations, les unes aussi préoccupantes que les autres. La plus préoccupante, il l’a faite face aux journalistes auxquels il avait indiqué, avec hauteur : « je n’ai pas peur de vous ». Pour un homme public, une telle déclaration est inacceptable. Par contre, et dans la même foulée, Alpha Condé enfonce le clou en disant notamment : « aucune critique, aucun écrit n’aura d’influence sur moi ».

Au sens propre, comme au sens figuré, de tels propos ne peuvent émaner que d’un homme politique susceptible de verser facilement dans la tyrannie, s’il accédait au pouvoir. Et le leader du RPG en présente le visage le plus caractéristique. Au-delà de son ton guerrier et de ses gestes menaçants d’un homme d’Etat, cette dernière déclaration porte les prémices d’un dictateur qu’il pourrait devenir, si jamais les destinées de la Guinée lui étaient confiées par une majorité de Guinéens, à la faveur d’une élection.
C’est le lieu d’attirer l’attention de l’opinion sur les dérives totalitaires qui pourraient être les siennes.

D’ailleurs, depuis qu’il a entrepris de faire de la politique, Alpha Condé est apparu plus comme un agitateur invétéré, un communiste incorrigible que comme un responsable de parti sensible aux douleurs des autres. Son nombrilisme outrancier fait de lui un homme singulier.

Il compte et privilégie plus l’argument de la force que la force de l’argument. Ceci s’explique par le fait qu’il porte en lui une haine viscérale à la fois pour tout ce qui peut lui porter ombrage, que par ce qui peut lui barrer la route vers le pouvoir hypothétique auquel il aspire.
La première et grosse erreur qu’il commet invariablement est celle de considérer qu’il peut accéder à la magistrature suprême sur la base du vote de la seule communauté régionale et linguistique à laquelle il appartient.
La deuxième erreur, c’est celle de considérer que le pouvoir est dans la rue et qu’à la première élection pluraliste et crédible, il accédera au trône, sur un cheval immaculé.
Et bien sûr la troisième erreur qu’il commet, depuis peu, c’est celle de considérer les opposants les plus représentatifs comme ses adversaires, et très souvent comme ses pires ennemis.
C’est ainsi qu’il entretient des relations conflictuelles avec certains d’entre eux, tel le leader de l’UFR, Sidya Touré. Il en veut à eux plus qu’au président en fonction, peut-être parce qu’il considère l’ère Conté comme révolue, comme appartenant au passé. Mais peut-être, pense-t-il être le propriétaire naturel du pouvoir dans notre pays.

Naturellement, il a de bonnes raisons d’en vouloir à ces leaders et surtout à celui de l’Union des forces républicaines. D’autant plus que Sidya Touré, à sa surprise, s’est révélé être un concurrent redoutable pour lui. Ses compatriotes lui reconnaissent certaines qualités. Il en a donné la preuve lorsqu’il était Premier ministre. A contrario, Alpha Condé, depuis qu’il a quitté les bancs de l’université, en a gardé les réflexes, le mode de vie, de contestation de l’étudiant. Et jamais, il n’a rien géré. Il est resté avec l’esprit étudiant, allergique à toute proposition contraire à ses intérêts, toujours prêt à contester, à invectiver, bref à «agresser ».

Aujourd’hui, il proclame haut et fort que la presse ne saurait l’influencer, quelles qu’en soient les circonstances. Or, un homme au pouvoir qui n’écoute pas la presse, donc l’opinion, est simplement un homme insensible. Et si d’aventure une telle personne arrivait au pouvoir, elle pourrait représenter un danger public.

Toutefois, on peut se réjouir du fait que pour autant que Alpha soit populaire dans sa communauté, autant il ne pourra nouer une alliance sérieuse avec aucun des leaders engagés dans la conquête du pouvoir d’Etat. Ceci est une chance pour la Guinée, car, le moment venu, toutes les alliances se noueront en dehors de lui. Qu’il se le tienne pour dit ! Même si par ailleurs il se présente comme un responsable « discipliné » à l’égard de son parti. Seulement, il feint d’ignorer que c’est lui qui dicte les décisions de son parti et que par conséquent, tout le monde subit sa seule volonté. Juste pour signaler que Alpha pourrait être un « vrai responsable suprême ». Comme on en a connu ici et qui, lui, avait commencé par mettre la presse aux ordres. Un homme qui se moque de la critique est un homme à écarter, surtout s’il rêve d’occuper le fauteuil présidentiel. Mais comme Alpha ne l’occupera jamais, la presse peut encore espérer étendre tranquillement sa liberté.

Tous les dictateurs qui ont eu peur de la presse ont fini par la museler et ceux qui l’ont ignorée ont régné par la tyrannie. Alpha sera-t-il un héros, un tyran ou les deux à la fois ?

Nous ne le saurons sûrement jamais car il ne pourra montrer son vrai visage qu’une fois au pouvoir qui, hélas pour ses partisans, s’éloigne de lui chaque jour davantage. Nombre d’observateurs craignent qu’il soit incapable de gérer efficacement notre pays, faute de pratique administrative, mais surtout qu’il ne le retourne dans un passé à la fois récent et triste. La Guinée a certes besoin de « moutons blancs », mais pas de ceux qui vont « dévorer » les « moutons noirs ». D’ailleurs ne devrait-on pas se demander si Alpha Condé ne considère pas tous les Guinéens comme des moutons dans le vrai sens du terme ?
Probablement oui !

Boubacar Yacine Diallo, Août 2005

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.