Alpha et la Guinée : une certaine idée de la Condécratie

Tout le monde – sinon presque – au regard du contexte et du parcours de l’homme avait parié sur la rupture que devrait opérer Alpha Condé, à son arrivée par effraction au soir de 2010. Tout le monde, dix ans après et à l’épreuve du pouvoir, s’est rendu compte qu’il avait parié sur le plus mauvais cheval. On a désormais une certaine idée de la Condécratie créé par Alpha Condé.

L’opposant historique acclamé par bien des observateurs internes et externes à la Guinée est arrivé à la tête du pays. Il bâillonne la presse, sanctionne le correspondant de la RFI en Guinée, vilipende les médias guinéens et embastille des journalistes. Pour ne rien arranger, il fait modifier des lois de la HAC (Haute autorité de la Communication), dépossédant celle-ci de certains représentants de la presse. En lieu et place, il fait intégrer des administrateurs proches de lui.  Les médias qui constituent le baromètre des libertés sont donc atteints. S’agissant des libertés publiques et politiques, le premier ministre de Condé a fait savoir qu’il préfère l’ordre à la loi.

C’est ainsi que toutes les manifestations (une donnée constitutionnelle) ont été interdites. Les leaders politiques de la société civile et ceux des syndicats, notamment du SLECG ont été contraints de rester chez eux, confinés. L’option d’Alpha Condé est donc de faire taire toutes contestations. La Condécratie est bien en expérimentation et en dissémination. Le Mandela entreprend une carrière de dictateur. Alpha est devenu Idi Amin Dada. Il a réussi àimposer au peuple une nouvelle Constitution, qui abolit toute limite aux mandats présidentiels.  Le vulgaire autocrate tente aujourd’hui de mourir au pouvoir.

Pour y arriver, il a opposé les Guinéens. Il règne dans l’antre de la division. Les ressources publiques le sont aussi. Alpha confia la gestion du port de Conakry à l’empire Bolloré, dont la filiale Havas avait gracieusement pris en charge la communication de sa campagne, et tant pis s’il fallut envoyer l’armée pour déloger les précédents propriétaires. Georges Soros, Tony Blair, Robert Bourgi et bien d’autres rapaces écument les ressources publiques du pays. A leur suite, des Chinois entament les mines et les autres ressources à leur aise. Les Guinéens, miséreux, usés et abusés par un pouvoir clanique sont en proie aux manipulations politiques du RPG. Une façon de les condamner à la résignation.

La Condécratie c’est aussi l’amateurisme ambiant, une justice aux ordres mais surtout un mensonge d’Etat récurrent et cyclique faits de complots supposés. Comble de tout, la délinquance financière et l’impunité ont réussi à être érigées en devise. Si Alpha Condé avait donc tué en prison ou s’il s’était vu refuser Sékhoutouréya, des voix allaient s’élever pour crier au scandale.

Aujourd’hui, on a bien une certaine idée de la Condécratie. Et c’est absolument scandaleux de voir un opposant dit historique qui revendique plus de 40 ans de lutte pour la démocratie se transformer, en 10 ans en un méprisable despote. Mais, il aura fallu voir l’homme dans ses œuvres pour y croire. Désormais, il ne reste plus qu’à lui montrer la porte afin de libérer le pays et les Guinéens assoiffés de démocratie, désabusés des affres et abusés par dix ans de mensonges et de promesses farfelues. 

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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