Arabie Saoudite : les projets fous du prince Salmane

Nouveau maître du royaume, le prince Salmane a lancé des projets pharaoniques. Objectif : sortir son pays de la dépendance à l’or noir et se forger une image de bâtisseur visionnaire.

Dans les salons feutrés du Hyatt, l’un des luxueux hôtels de Riyad, le business bat son plein. Pourtant, des centaines d’arrestations de dignitaires politiques et religieux ont alourdi l’atmosphère d’autant que, après le blocus du Qatar et en pleine guerre au Yémen, l’Arabie saoudite semble désormais prête à en découdre avec son puissant rival iranien. Malgré ces bruits de bottes, le Who’s Who du business international se presse à Riyad. C’est que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, 32 ans, surnommé MBS, compte ouvrir en grand son pays aux investisseurs étrangers.

LIRE AUSSI
> Le coup de force du prince héritier

Au «Davos des sables» organisé fin octobre à Riyad, MBS a dévoilé son plan Vision 2030 synonyme de privatisations et de chantiers pharaoniques. «Chacun veut sa part du gâteau, confirme un patron français, même si les Américains, alliés traditionnels des Saoudiens, seront sans doute les mieux servis.» Le projet phare de MBS est d’ériger sur les bords de la mer Rouge, aux confins de la Jordanie et de l’Egypte, Neom, une ville futuriste. Deux fois plus étendue que l’Ile-de-France, la cité serait un concentré de nouvelles technologies : taxis volants, livraisons par drones, parcs éoliens, agriculture verticale, robots omniprésents…

Pour financer cette mégapole au coût exorbitant — 500 milliards de dollars ! —, Riyad va mettre en bourse 5 % d’Aramco, la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures. Autre mégaprojet, une cinquantaine d’îles de la mer Rouge seraient transformées en stations balnéaires de luxe. Le projet, dont la première pierre serait posée en 2019, détonne dans un pays fermé jusqu’ici aux touristes autres que les pèlerins de La Mecque. Les îles, assure Riyad, ne seraient pas soumises à la charia, ce qui consacrerait le divorce définitif entre MBS et les tenants du wahhabisme, l’islam sévère en vigueur dans le royaume.

 - Neom, le projet saoudien de ville futuriste au bord de la Mer Rouge. (PHOTO/DR)

Le pays a-t-il encore les moyens de ses ambitions ?

Dans la même veine, le plan Vision 2030 séduit les jeunes Saoudiens — 70 % de la population a moins de 30 ans — avec son projet de créer au sud de Riyad une nouvelle ville, Qiddiya, grande comme trois fois Paris et entièrement dédiée aux loisirs : cinémas, parc d’attractions, safaris et autres courses automobiles. Spectaculaires, les réformes de MBS, qui tente de se forger une image de leader arabe, bâtisseur et visionnaire, ont laissé de nombreux observateurs sceptiques.

Avec la chute des cours du pétrole, nul ne sait si Riyad a encore les moyens de ses ambitions, ni même si le pays, conservateur, lesté d’une administration pléthorique, pourra relever le gant. L’échec récent d’un ambitieux projet immobilier sur le front de mer de Djeddah, deuxième ville du pays, a refroidi des investisseurs, qui redoutent aujourd’hui qu’un affrontement avec l’Iran ne transforme les plans du maître de l’Arabie en mirage.

 

Jubail, gigantesque ville-usine

 - Jubail (Arabie saoudite). La ville abrite le plus vaste complexe pétrochimique mondial. (PHOTO/DR)

 

En arrivant à Jubail, dans l’est du pays, le spectacle est saisissant. A perte de vue, des raffineries, des vapocraqueurs éclairés par l’éclat des torchères. Ici, le premier exportateur mondial de pétrole, échaudé par la chute des cours du brut, poursuit la construction en plein désert de ce qui est déjà le plus vaste complexe pétrochimique de la planète. « Les Saoudiens ne veulent plus se contenter d’exporter du brut mais fabriquer sur place des produits à haute valeur ajoutée de type élastomère ou solvants », explique Michel Fourré, directeur des activités internationales du groupe Saur, chargé de l’exploitation et de la maintenance des services d’eau. Véritable ville-usine, Jubail pourrait passer de 150 000 à 500 000 habitants d’ici à 2030. Plus au nord, à la frontière avec le Koweït, l’Arabie saoudite a investi 35 milliards d’euros (30 milliards d’euros) pour bâtir sur des mines de phosphate et de bauxite une autre ville industrielle, Ras al-Khair, et l’imposer comme l’un des grands producteurs mondiaux d’engrais et d’aluminium. Ici, l’après-pétrole a déjà commencé.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.