ARMP Guinée : a-t-on sacrifié Guillaume Curtis ?

Guillaume Curtis, directeur général de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) a été débarqué suite à un coup de colère noire d’Alpha Condé, arguant qu’il est trop bien payé – ce qui est absolument faux si l’on tient compte des réalités ouest-africaines – pour assurer, tenez-vous bien, la moralisation des fonds publics.

L’homme sauve des milliards GNF pour le trésor public et du coup constituait tout simplement un impitoyable épouvantail pour bien des hauts cadres de l’Etat cachés derrière des entreprises privées évoluant en Guinée et qui cherchaient à tout-va à contourner le Code des marchés publics, notamment par le fait de la corruption ou l’exhibition de faux documents rentrant en ligne de compte dans la passation des marchés. Des travers vite bannis par les observateurs indépendants formés et dressés par l’ex-DG de l’ARMP.

Quoi de plus normal quand on sait que le rôle essentiel de l’ARMP est de réguler les marchés publics, donc extraire de la commande publique tous les contrevenants à la règlementation en vigueur. Et de favoriser la concurrence et l’accès équitables aux marchés de l’Etat. Cette position incomprise par les uns provoquait des frustrations chez certains. Oui, pourquoi pas, car, Guillaume Curtis vient appliquer des reformes. Guillaume Curtis vient ramer à contre-courant des bandits au col blanc, disséminés jusque dans le Palais présidentiel où des ramifications sont tissées. Il est resté droit dans ses bottes : il sanctionne des entreprises, fait exclure des sociétés de la commande publique et lutte contre la corruption. Autant chercher sa peau. Les auteurs sont d’abord ceux qui sont autour de lui : le Conseil de régulation piloté par un certain Fodé Oumar Touré. Celui-ci a, selon des sources dignes de foi, filé le mauvais coton avec certains agents de la Direction générale de l’ARMP. Une compromission qui s’est étendue jusque dans les parvis de Sékhoutouréya.

De file à aiguille, Alpha Condé est mis au courant. D’abord à travers des rapports occultes rédigés contre Guillaume Curtis, puis à travers des entrepreneurs intouchables, proches d’Alpha Condé. Enfin, ce fut le tour de certains hauts commis de l’Etat qui rapportent Guillaume. Il deviendra vite fragilisé. Pris comme une tête de turc, il aura résisté jusqu’à ce jeudi soir, jour fatidique. Mais, selon des sources concordantes bien introduites au Palais, Guillaume Curtis a été sacrifié par l’ex-ministre des Finances Mohamed Diaré, actuel président de la Cour des comptes et le président du conseil de régulation, Fodé Oumar Touré. Dans sa propre cour, Guillaume Curtis a été livré par certains cadres en qui il a voué une grande confiance (nous n’avons quand même pas pu recouper cette information). Seule évidence, la désintégration de l’ARMP, partie d’une simple tentative de corruption par la société SONECI, proche du ministre Ibrahima Kourouma est essentiellement due au manque loyauté de certains responsables de l’ARMP.

Aux dernières nouvelles, le nouveau promu à la tête de l’ARMP s’apprête à prendre fonction. Jonas Mukamba Kadiata Diallo risque, selon des témoignages concordants, de plier l’ARMP et du coup, ouvrir les vannes à des vautours. Ce qui n’aurait pas accepté un certain Curtis, quasiment inabordable, parce que têtu comme pas permis. Curtis absent de l’ARMP, vive Guillaume…

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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