ASSEMBLÉE NATIONALE : Et si Telliano avait raison ?

Hier, à l’occasion des débats sur le code pénal et le code de procédure pénale, une déclaration de Jean-Marc Telliano a failli provoquer une bagarre rangée dans l’enceinte de l’hémicycle. Invité à s’adresser au ministre de la justice, Me Cheick Sako, le président du RDIG a commencé par une déclaration liminaire dans laquelle il a l’audace de clamer que « le plus grand violeur de la loi en Guinée, c’est le président de la République ». Aussitôt, des rangs de la mouvance présidentielle, c’est le tollé général et la protestation systématique. La pagaille est telle que le président du parlement au du mal à ramener le calme. Devant la colère des députés de la mouvance présidentielle, Dr. Fodé Oussou Fofana, pourtant pas tendre à l’égard du chef de l’Etat, annonce le retrait de la déclaration controverse. Mais Jean-Marc Telliano n’est pas d’accord.
Et ici, on est bien tenté de se demander pourquoi ces propos ont-ils choqué ? Question légitime quand il y a des raisons de penser que le député du RDIG n’a pas nécessairement tort. Alpha Condé n’est pas un exemple du respect des principes et de la loi. On ne sait pas si le terme « violeur » qui a davantage fâché le camp présidentiel. Car pris isolément, ce terme renvoie à quelque chose d’autrement plus péjoratif. Sinon, il est prouvé et admis pour une large majorité de Guinéens que les lois et les principes n’ont pas grande valeur aux yeux du président guinéen. C’est même de notoriété publique cela.
Deux exemples pour l’illustrer. Tout d’abord, le fait que le chef de l’Etat, pratiquement tous les week-ends se rende au siège du RPG-arc-en-ciel dont il continue de présider les Assemblées générales. Cette pratique, tout le monde l’aura dénoncée et flétrie, rappelant au passage qu’elle viole l’article 38 de la constitution. Mais le président Alpha Condé continue de faire comme si de rien n’était. Il n’en fait qu’à sa tête. D’ailleurs, on a récemment appris qu’il est de fait toujours le président du parti qui l’avait présenté aux dernières élections présidentielles. Cela étant su de tout le monde, on ne comprend pourquoi les propos de Jean-Marc Telliano ont-ils fâché ?
Ensuite, on le sort que peu enviable que la garde rapprochée du président de la République a dernièrement fait subir à notre confrère, Abdoul Malick Diallo. Violenté alors qu’il ne prenait qu’une photo du président, le journaliste de ‘’Le Populaire’’, avait été ensuite conduit dans l’enceinte de la présidence la République où il a été physiquement agressé jusqu’à ce qu’évanouissement s’en suive, après avoir été injurié. On pourrait bien entendu dire que cet acte n’a aucun lien direct avec le chef de l’Etat. Mais le fait qu’il ne se soit pas prononcé sur la question depuis cette agression équivaut à une complicité. Or, là aussi, il s’agit d’une violation du principe de la liberté de la presse. Cela aussi, tout le monde en est informé.
Alors, ne devrait-on pas cesser de jouer aux hypocrites ? Ou bien, serait-il question d’empêcher de dire ce qui est ?
Anna Diakité, www.kababachir.com
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