Assimi Goita à Conakry : les non-dits d’une curieuse visite !

Alpha Condé va-t-il créer le chaos entre Maliens, après avoir tenté d’opposer les Bissau-guinéens, à travers l’actuel président Umballo et ses opposants ? Cette question mérite d’être posée, au moment même où il invite un des acteurs clés de la crise malienne à Conakry, pour conférer avec lui sur des sujets d’ordre politico-stratégique. Cette visite d’AssimiGoita à Conakry est curieuse.

En effet, à peine éjecté de son fauteuil, au Palais Koulouba et mis entre les mains des mutins, IBK se fait un soutien, celui d’Alpha Condé, alors tous les autres Chefs d’Etats sont restés prudents : « Ma solidarité est totale et entière à l’égard du président Ibrahima Boubacar Keita. Il aura toujours notre soutien et notre solidarité tant pour le respect de la constitution que pour la lutte pour l’intégrité du Mali. En tout cas, nous serons présents. Depuis 2014 nous avons 800 soldats au Mali, et comme l’a dit le président Sékou Touré, la Guinée et le Mali c’est deux poumons dans un même corps. Donc tout ce qui concerne le Mali concerne la Guinée. Le président IBK peut compter sur notre soutien », avait déclaré Alpha Condé. Mais, très vite IBK ne l’a pas écouté. Il s’est résolu à libérer le Mali et de sauver son pays. Conakry affiche sourire jaune, mais ne trouve aucun autre répondant.

Si donc aujourd’hui, après quelques mois de transition Alpha Condé invite le général Goita à Conakry, c’est qu’il y a bien anguille sous roche. Néanmoins, très inspiré dans de pareilles circonstances, Alpha Condé a réussi à préparer son hôte : « Je suis là dans le cadre d’une visite de travail et sur invitation de Son Excellence professeur Alpha Condé. Nous profitons pour le remercier de son engagement personnel pour la sortie de crise au Mali. Nous allons, ensuite échanger avec lui notamment sur les questions d’ordre sécuritaire », a expliqué le vice-président de la transition malienne, visiblement besoin aussi de légitimité. Mais, c’est mal connaitre Alpha Condé. Celui-ci, soudainement, s’invite dans la gestion de la crise malienne : « Le vice-président de la transition et moi avons parlé des forces en attente. Seuls les africains peuvent mourir pour l’Afrique. Donc il faut qu’il y ait une armée africaine qui soit disponible pour soutenir les pays où il y a le terrorisme. Sinon, nous n’allons jamais nous en sortir », estime Alpha Condé, comme si cette force peut fonctionner sans appuis occidentaux dont la France.

Il se dit néanmoins disposé, mais, connaissant son manque de subtilité, il précise : « C’est à eux de décider. Nous, nous les accompagnons. Ils connaissent mieux leur pays. Nous ne pouvons que les accompagner dans les décisions qu’ils prendront. Je reste toujours à leur disposition. Parce quand même, j’ai plus d’expériences qu’eux. C’est en fonction des problèmes qu’ils veulent poser que nous allons discuter. »

Alpha Condé craint, on le sait que des djihadistes qu’il a déjà accusés de velléités de déstabilisation ne marchent sur Conakry à partir de la Guinée Bissau, de la Sierra Leone et même le Sénégal, pour des raisons politiciennes évidentes dont lui seul a le secret.  Pour assurer donc ses arrières, le président guinéen caresse et affiche des volontés sournoises. Ce n’est donc pas de gaité de cœur que Condé accepte la junte qu’il a bannie. Celle-ci en est consciente toute autant. A chacun donc de jouer sa partition, le temps d’en tirer profit. Peut-être dans la plus grande compromission. Sait-on jamais !

Jeanne Fofana, Kababachir.com

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