Budget de Dalein : le nœud (ignoré) de la polémique !

Dalein, le budget et le précédent nauséabond! Ce n’est pas le titre d’un film. Mais c’est tout comme. Et comme Aimé Césaire ‘’Une saison au Congo’’, (1966) le dit, «En politique, quand j’entends un de ces grands mots techniques, je me braque, et je cherche toujours quelle infamie ça cache. ». Eh bien, un des grands mots de ces dernières semaines en Guinée restent : le budget alloué au chef de file de l’opposition. L’affaire fait boules de neige.

Evoqué par le PEDN, puis nié par Ousmane Gaoual Diallo, lequel avait vite crié au mensonge, avant de se raviser et justifier – donc de reconnaître – la légitimité de ce budget qui fait tant de polémique. A telle enseigne que certains UFDGistes y voient une machination des ex-partis alliés qui refusent désormais de «monter sur les capots des véhicules pour manifester » contre la gestion qualifiée de clanique du pouvoir d’Alpha Condé. Les millions GNF aujourd’hui synonymes de patate chaude que certains proches de l’UFDG n’en veulent plus, mais que d’autres en rêvent jusqu’à salivent la langue pendante, créent vraiment la polémique. Une vive polémique.

Dalein a trahi, scande-t-on. Dalein a des liaisons dangereuses avec le pouvoir, sacrifiant de fait ses nombreux militants morts sur l’asphalte ou dans leurs domiciles privés, sans aucune autre forme de procès. La bataille devrait donc être pour Dalein de faciliter le rétablissement des victimes dans leurs droits. Des accusations et d’autres qui irritent, faut-il le reconnaître, car, bien des Guinéens sont morts au cours ou après les marches pacifiques de l’opposition. C’est un fait avéré. Regrettable, à la limite !

C’est pourquoi, par mauvaise foi, ignorance ou manipulation politique (c’est selon), on estime que ces milliards trimestriels ne devraient pas être touchés par le principal opposant. Bien que la loi le lui concède. Celui-là même qui dénonce sans cesse la gabegie, la mauvaise gouvernance, les marchés de gré à gré, le clanisme, etc. Dalein devrait tout bonnement renoncer à cet « appât du gain…facile ».

Seulement voilà ! Une Loi proposée par Alpha Condé lui-même – dans le souci certainement de faire comme les autres ailleurs en Afrique, ouvrir les vannes à son opposant le plus remuant – a voulu que le statut du chef de file de l’opposition soit voté au Parlement. Ce qui fut fait. Du coup, Dalein incarne ce statut, il bénéficie de fait de tous les avantages liés à ce statut, pas à sa personne (la nuance est grande): protocole, fonctionnement, sécurité, … Jusque-là, plus personne ne lève le petit doigt pour dénoncer. Mais dès que le président de l’UFDG n’est pas présent sur la ligne protocolaire, on crie à la mauvaise volonté de coopérer avec le pouvoir afin de ramener la paix et la quiétude sociales. Voilà qu’aujourd’hui des milliards GNF fétides font jaser. Prenons de la hauteur dans les débats ! Cet argent qui constitue le nœud de la polémique ne devrait pas importuner.

Ce qui qui gêne en revanche, c’est le modus operandi. Il y a en effet peu eu de communications là-dessus pour éviter toutes possibles machinations politiques d’où qu’elles viennent. C’est un droit d’incarner le statut. Point besoin de cachoteries. Ce n’est pas tout, hélas ! Un problème de procédure vient s’ajouter à ce qu’il est convenu d’appeler opacité. De quoi s’agit-il ? Alpha a fait voter le statut de chef de file. Cette loi devrait prendre corps avec une promulgation. Puis, un décret d’application qui va parler de la

composition, des attributions et du fonctionnement du chef de file de l’opposition. Ceci consigné dans le Journal Officiel de la République. Une belle couverture pour celui qui veut incarner la Présidence de la république en 2020. Ce fut le péché mignon qui empoisonne Conakry et ses débats. L’UFDG aurait dû clarifier ces questions : la source de financement du budget du chef de file de l’opposition, après sa discussion au Parlement. Toutes ces démarches et d’autres, après avoir été franchies devaient mettre Dalein Diallo à l’abri des pics, des réprimandes, déclarations, dénis, polémiques, etc. Mais on préfère affronter et aller à la vindicte par médias interposés ou en exhibant enfin des documents afférents au pactole.

Une odeur nauséabonde se dégage des tirs croisés et autres attaques émanant pour l’essentiel d’anciens alliés et compagnons du macadam de Bambeto. Il y a pourtant d’autres priorités, d’autres urgences auxquelles il faut faire face pour le bonheur des Guinéens abusés et désabusés. D’un côté par une gouvernance qui avait fait tant rêver et de l’autre, du choix maladroit d’une opposition en panne de stratégies pour apporter une alternance idoine dans les prochaines années. Ou au pire des cas, rallonger le mandat d’Alpha Condé, après avoir malmené préalablement la Constitution.

Quoiqu’il en soit, la manière de gérer la polémique sur les milliards GNF affaibli l’UFDG et l’expose à un précédent dangereux. A moins que le parti ne sache mieux rebondir. En attendant, on est au stade de la bataille de la paperasse : virements, courriers, budget, etc. Au même moment, Damaro, Gaoual, Baidy alimentent les réseaux sociaux, les sites Internet et les radios locales. Le même café est servi. Dalein, lui, dit que les fonds alloués sont pour le parti. Qui a dit d’ailleurs que la bonne politique n’est pas de s’opposer (…), mais d’y servir et de s’en servir ! On peut donc continuer la rage et surtout de nous rebattre les oreilles.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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