Comment les Africains vivent-ils au Japon ? (Témoignages)


Comme en Europe et aux Etats-Unis, de nombreux africains sont au Japon à la recherche du bien-être. Mais à la seule différence, le problème d’intégration reste un casse-tête pour  la diaspora africaine. E pour cause, le Japon est l’un des rares pays qui n’accueillent presque pas les réfugiés, même si les autorités veulent désormais s’ouvrir au monde extérieur afin de combler la pénurie en main d’œuvre locale. En plus, la question de langue se pose, parce que peu de japonais parlent l’Anglais. A côté de cela, l’entrée au Japon n’est pas chose facile pour un immigré, même si on a un visa.   

En marge de notre séjour au pays du soleil levant, notre rédaction est allé à la rencontre des quelques africains vivant à Tokyo pour en savoir plus sur leurs quotidiens, mais aussi leurs conditions de vie et d’intégration.

Boubacar Talibé Diallo, étudiant guinéen en 1ère Année, information préparatoire pour le métier de technicien dentaire, explique comment il s’est retrouvé au pays du soleil levant.

« Mon premier choix était d’aller étudier au Canada, mais je n’ai pas eu le visa, après j’ai eu des gens qui m’ont dit qu’au Japon c’était possible de poursuivre mes études, parce que j’ai déjà une Licence en Marketing et commerce en Guinée que j’ai décroché à l’Université Mahatma Gandhi depuis 2012. Donc je suis venu poursuivre mes études ici au Japon et voire également l’opportunité de trouver du travail.

L’appréhension que j’avais du Japon avant de venir, ce n’est pas la même aujourd’hui, parce que ce n’est pas cela que j’ai réellement trouvé.  En fait, je voyais le japon comme les pays Européens, c’est-à-dire quand tu finis, tu as toutes les chances de trouver du travail.  C’est vrai qu’il y a des gens qui ont trouvé du boulot, mais quand on fat les statistiques, on se rend compte que la majorité des étudiants diplômés retournent au pays après la formation. Certains d’ailleurs ne parviennent pas à terminer, parce que la vie est chère. Étudier et travailler pour payer ses études, ce n’est pas une chose facile. Imaginez que tu payes jusqu’à 10 000 dollars l’année, c’est excessif pour quelqu’un qui a juste un boulot de temps partiel. Parce que tu es autorisé à travailler  28 heures par semaine. Ce qui ne permet pas de faire face aux besoins vitaux (manger, s’habiller et se loger) et en même temps payer ses études. C’est extrêmement difficile.

Avant de quitter la Guinée, mon rêve était d’aller acquérir une expérience  et chercher à avoir de l’agent pour retourner  créer ma propre entreprise, parce que je sais que l’avenir est en Guinée. Et pendant mes études de langue, une de mes professeurs, Japonaise, me l’a dit, alors que les Japonais connaissent peu l’Afrique, elle m’a dit de me battre et d’étudier parce que l’avenir se trouve  en Afrique. Or, c’est rare de voir un japonais dire ça. » explique-t-il.

Quelle perception les Japonais ont pour l’Afrique ?

« Apparemment les japonais ne connaissent pas l’Afrique. Tous ceux qu’ils savent de l’Afrique, c’est ce que les médias occidentaux montrent, comme par exemple le cas de la fièvre Ebola, qui a secoué la Guinée et d’autres pays de la sous région entre 2013 et 2015. Rarement vous voyez les médias occidentaux parler par exemple de la culture africaine, seulement des guerres et des violences qui se passent en Afrique. Les Japonais sont des gens qui sont trop attachés à leur culture. Donc s’ils voient des gens dans la culture, ils peuvent s’intéresser.  En plus, il faut noter que les Japonais ne sont pas du tout racistes. Une perception du musulman ou du chrétien n’existe même pas ici », rappelle cet étudiant rencontré à Machida, un quartier de la Banlieue de Tokyo.

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De son côté,  Jovanie Love, refugiée  Camérounaise, arrivée à Tokyo il y a un an et demi aborde dans le même sens. Sur les raisons de sa présence au Japon, cette expatriée camerounaise explique à notre rédaction, ce qui lui a vraiment motivée:

« C’est la situation économique du pays, il y a un conflit du nord-ouest au  sud-est du Cameroun, ce n’est pas un secret. Nous nous sommes déplacés parce que nous ne sommes pas en sécurité et le gouvernement ne faisait rien pour ça. On est venu au Japon pour demander l’asile. », s’est justifiée.

Toutefois, reconnait  Jovanie Love,  « Le Japon n’est pas l’eldorado, parce qu’en réalité quand nous sommes à l’extérieur on pense tout du Japon mais quand on arrive c’est tout à fait différent de ce qu’on pense parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui entrent en jeu. D’abord le premier handicap, c’est la langue, parce que quand on arrive, si tu es incapable de t’exprimer, on te fait comprendre que le Japonais ne parle pas les langues étrangères et c’est difficile de trouver des gens qui parlent Anglais. Tu es obligé de te faire expliquer par les gestes pour te faire comprendre et ce n’est pas toujours ça  

L’emploi si tu ne parles pas la langue, c’est encore plus difficile, parce qu’aucune entreprise  japonaise ne va t’accepter dans sa compagnie si tu ne parles pas la langue. Tu es obligé de trouver de sous emplois à travers les entreprises des noirs dans les bars des nigérians et autres et faire de sales boulots.

Je suis là depuis un an et 4 mois. Déjà quand tu leur demande avez-vous voyagé ? Ils disent oui aux Etats-Unis ou l’Europe. Quand tu dis l’Afrique, ils disent que c’est trop éloignée. C’est donc inconcevable.

Loin du pays, la camerounaise conseille aux jeunes qui veulent tenter  l’aventure : « Si quelqu’un voulait venir dans ce cadre, je lui conseillerai. Mais si quelqu’un peut postuler à partir de l’Afrique pour un emploi, je dirai peut être oui, mais d’être déjà bilingue et postuler pour l’emploi, là il vient déjà directement pour travailler dans une structure, il a un contrat sous la main. Mais si c’est pour venir se débrouiller, je conseillerai la personne parce que là, ce n’est pas vraiment facile. »

Ibrahima Barry est également étudiant. Arrivé à Tokyo il y a 3 ans en qualité d’étudiant, il ne compte pas rentrer au pays bredouille.

« Je suis là pour des études, je réside au quartier Machida. J’ai eu mon diplôme, mais actuellement je fais une formation pour 2 ans, je tends vers la fin parce qu’il me reste 6 mois.

Le Japon est l’un des pays le plus cher au monde. C’est très difficile de vivre, mais avec le courage, il y a des petits boulots ici pour se démerder et pouvoir satisfaire nos besoins. Comme on a trouvé des anciens qui font des petits boulots, nous aussi on fait ces petits boulots et on arrive à gérer la situation. Nous finançons nos études sur fonds propres. Ce n’est pas facile, comme vous le savez, nos familles en Afrique, l’argent quitte ici pour aller là bas, ce n’est de l’Afrique pour ici. Actuellement la formation que je suis c’est de 9h à 13h. Si je fini je pars au travail de fois pour 4 h ou 5 h du temps. C’est à travers le peu que je gagne, je mange, je pays mes loyers, je paye mes factures, après le reste c’est avec ça que je paye mes études, ce n’est pas facile, mais avec le courage, tout est possible. »

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Mais quel projet de retour ?

« Après ta formation il faut chercher une entreprise qui va sponsoriser ton visa, pour changer ton visa d’étude pour avoir un visa de travail. Actuellement  nous sommes la dessus, on chercher des entreprises pour nous sponsoriser. Pour rentrer au pays, ce n’est pas facile, je ne peux pas dire que je ne veux pas rentrer mais il faut voir les conditions qui se posent. Il faut une certaine expérience et des moyens, par exemple tu travailles pendant 4, 5 ans tu as acquis une certaine expérience, tu as un peu d’argent tu peux aller au pays, créer ta propre boite. », suggère –t-il.

Et mieux, ajoute-il, « Au japon les études ne sont pas faciles, si c’est avec la bourse, là tu n’a pas de souci, tu peux aller à l’école, à la fin du mois on peut te payer 1 000 dollars. Là, tu pourras t’en sortir. Mais si c’est sur fonds propres, aller travailler pour financer tes études, ce n’est pas une chose facile.  Mais comme aiment dire nos parents, chacun a sa chance. Mais moi, en ce qui me concerne, si vous me demandez, je dirai que ce n’est pas la bonne direction, je n’encourage pas. Nos parents qui sont au pays quand ils vont écouter ça, ils diront parce que toi tu es là pourquoi tu ne veux pas venir. Mais ce n’est pas ça, moi  qui vous parle aujourd’hui, moi aussi je disais ça aux anciens, mes frères et cousins quand je les appelais. Ils me disaient que c’est difficile, ce n’est pas facile, ils me disaient toi tu penses que quand on vient chez les blancs c’est pour ramasser de l’argent ? Je leur disais, mais revient si ce n’est pas facile. Aujourd’hui je vis, ce qu’eux ils vivaient. En tout cas  je ne veux pas encourager quelqu’un de venir ici. », conseille-t-il.

Avant d’ajouter : « Au Japon si ce n’est pas dans le cadre des études, si tu fini d’étudier, si tu as la chance d’avoir du travail, peux postuler, après on peut te donner un visa permanent si tu es retenu.  Si ce n’est pas ça, il faut se marier une japonaise pour avoir un an de visa, puis 2 ans de visa, ça prend du temps, j’ai beaucoup d’amis qui ont épousé des femmes japonaises, mais ce n’est pas facile, ils m’expliquent les difficultés qu’ils traversent .

Quel message à l’endroit de la jeunesse qui veut se lancer dans l’aventure ?

« Le message que je vais donner à nos frères africains c’est de leur dire que l’avenir ce n’est pas chez les blancs. C’est regrettable de voir nos frères mourir à la méditerranée ou débourser jusqu’à 5 000 Euros pour rejoindre l’Europe. Avec ces 5 000 Euros, tu peux entreprendre quelque chose chez nous là bas. On ne sait jamais, si tu réussi, c’est plus que quelqu’un qui vit en France pendant 5 ans et il attend le social, il ne travaille pas. Et toi, tu es chez toi, moins de problème. Il y a personne qui te demande de papier, mais ici chaque fois on te demande de papier, tu as des taxes à payer. Il faut cesser de dire si je ne vais pas chez les blancs je ne vais pas réussir. Non, c’est archi faux ! L’argent que tu dépenses là, tu peux tenter ta chance, personne ne connait, le dernier mot revient à Dieu » 

Propos recueillis par Abdoul Wahab Barry,  envoyé spécial www.kababachir.com à Tokyo

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