Conséquences dramatiques de la Covid-19 pour les étudiants africains en Allemagne // À Munich, les brasseries innovent pour vaincre la crise

Les milliers d’étudiants africains en Allemagne font face aux difficultés financières et à l’isolement dans la crise du coronavirus. Ils témoignent dans ce numéro qui vous emmène également à Munich, où les brasseurs livrent désormais des bières à domicile pour surmonter les baisses des ventes.

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Ils sont 39.000 étudiant africains de toutes nationalités confondues à étudier dans les universités et établissement d’enseignement supérieur en Allemagne. Comme des milliers d’autres, confrontés aux cours en ligne depuis des semaines, pandémie de Coronavirus oblige. Mais, en plus, les étudiants africains doivent faire face aux difficultés financières et à l’isolement. 

Les universités et les bibliothèques ont fermé leurs portes les unes après les autres. Certaines avaient rouvertes partiellement, mais tout est à nouveau fermé après les décisions récentes et le durcissement des mesures de distanciation sociale. La plupart des cours se font à distance, via internet. Les bars et lieux de rencontre ont fermé eux-aussi, réduisant là encore les possibilités de contacts. 

Solitude

La pandémie a ainsi été d’abord un vrai coup pour le moral des étudiants. « J’étais vraiment déprimé quand Corona est arrivée, parce qu’au départ je pensais presque que c’était une blague. C’était en Chine et tout d’un coup, c’était en Europe« , raconte John Okoli. Le jeune nigérian en étude globales à Berlin ne sort presque plus de sa chambre étudiante depuis des mois. « Je ne peux plus aller à la bibliothèque, je ne peux plus faire ce que je faisais avant« , raconte-t-il. « Je ne vois plus beaucoup de camarades, je ne les vois que sur Zoom. C’est vraiment frustrant »

Difficultés financières et repas réduits

Mais plus qu’un simple coup au moral, la pandémie a aussi eu des répercussions économiques graves. John Okoli raconte d’une petite voix qu’il a perdu son emploi à coté de ses études. L’hôtel dans lequel il travaillait a dû fermer, comme tous les autres en Allemagne. Il n’empêche : il doit continuer à payer son loyer, son assurance santé et ses repas. En plus d’aider sa famille en Afrique.

Suivre les cours via Internet n'est pas toujours simple
Suivre les cours via Internet n’est pas toujours simple

« Je dois réfléchir tous les jours, je perds ma concentration en classe… Je réfléchis à la façon dont je pourrais résoudre tous ces problèmes en fait », confie-t-il. « C’est déprimant. J’ai une famille à la maison et des proches qui attendent aussi que je les aide, parce que Corona a aussi frappé l’Afrique ». Le jeune homme raconte qu’il ne peut se nourrir correctement tous les jours. « Je ne mange qu’une fois par jour pour être sûr d’avoir un autre repas le lendemain« . 

Les aides d’urgence se font attendre

Une situation loin d’être un cas isolé. À Berlin encore, le jeune ghanéen Nana Ywam Kuffour a lui aussi perdu son emploi. Etudiant en master de Businness, il s’est retrouvé sans ressources financières ces derniers mois. « Je n’ai pas pu payer mon loyer, je n’ai pas pu payer mon assurance, je n’ai pas pu acheter de nourriture. C’était une véritable lutte et sans le soutien de ma famille et de mes amis et un peu d’argent du Studentenwerk, j’aurais dû retourner au Ghana avec mes études non terminées« . 

La Studentendwerk, sorte d’administration publique pour les étudiants, gère notamment des aides pour les plus démunis. Elle a mis en place des aides d’urgence récemment, comme d’autres organismes. Mais les administrations ont été débordées. Une visite à l’association Centre africain à Berlin permet de s’en rendre compte. Car l’Afrika Center vient en aide aux étudiants dans leurs démarches et en a vu beaucoup depuis le début de la crise. 

Theodore Asimena tente de venir en aide aux étudiants africains à Berlin
Theodore Asimena tente de venir en aide aux étudiants africains à Berlin

« La plupart des étudiants me disent qu’au moment où ils ont envoyé la demande, ils ont reçu une réponse disant qu’il y avait beaucoup d’autres cas et que tout ne pouvait être traité rapidement. Donc tous n’ont pas bénéficié de ces aides« , explique Theodore Asimena, lui aussi étudiant, employé au centre en complément de son doctorat à l’université. 

La Kreditanstalt für Wiederaufbau, sorte de banque publique allemande, a reçu 2.500 demandes d’aide jusqu’à fin septembre. 1600 seulement avaient été attribuées fin octobre.

La peur de ne pas trouver d’emploi

Beaucoup d’étudiants africains craignent la concurrence avec les étudiants nés en Allemagne sur le marché du travail

Avec l’arrivée prévue du vaccin dans les prochaines semaines et les prochains mois, l’horizon pourrait s’éclaircir pour les étudiants. Mais tout cela ne suffit pas à rassurer et à remonter le moral de Nana Yaw Kuffou. « Je me mets en colère quand je vais sur Internet et que certaines personnes là-bas prétendent que Corona n’existe pas. Je connais trois personnes qui sont mortes de Corona », insiste-t-il. « Corona a affecté toutes les phases de ma vie : émotionnellement, socialement, financièrement et mon éducation. »

Beaucoup d'étudiants africains craignent la concurrence avec les étudiants nés en Allemagne sur le marché du travail
Beaucoup d’étudiants africains craignent la concurrence avec les étudiants nés en Allemagne sur le marché du travail

En plus les problèmes sur le marché du travail qui pourraient découler de la pandémie inquiètent le jeune homme. Après avoir rendu son mémoire de fin de master en janvier, Nana Yaw Kuffou espérait trouver un emploie. Il confie ne plus croire en ses chances face à la restriction des offres et la concurrence de personnes de langue maternelle allemande en face de lui. 

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A Munich, les brasseurs livrent à domicile pour surmonter la crise

La fermeture des bars a considérablement fait baisser la consommation de bière en Allemagne
La fermeture des bars a considérablement fait baisser la consommation de bière en Allemagne

La fermeture des bars a considérablement fait baisser la consommation de bière en Allemagne

La pandémie de coronavirus touche aussi les commerçants, bars et restaurants allemands alors que les mesures contre la pandémie sur durcissent encore cette semaine. Dans les zones où les contaminations sont au plus haut, la gastronomie est au point mort (seuls les repas à emporter sont encore autorisés) depuis des semaines déjà. Ainsi, les manques à gagner pour les professionnels de la gastronomie se chiffrent en millions d’euros. 

C’est le cas à Munich par exemple : il y avait déjà eu là des fermetures au printemps, l’été a aussi été marqué par le Coronavirus avec des terrasses moins remplies, l’Oktoberfest a ensuite été annulée. Une véritable catastrophe pour les brasseries dans la capitale bavaroise. Alors elles tentent de surmonter la crise avec de nouvelles stratégies. Reportage de Niklas Mönch à découvrir en seconde partie de ce magazine. 

Vu d’Allemagne est un magazine radio hebdomadaire, proposé par Hugo Flotat-Talon et Anne Le Touzé, diffusé le mercredi et le dimanche à 17h30TU, et disponible aussi en podcast. Ont contribué à ce numéro : Daniel Pelz (recherches et interviews auprès des étudiants africains en Allemagne) et Niklas Mönch (reportage à Munich) .Vous retrouvez tous les numéros dans la médiathèque, à écouter en ligne ou à télécharger en format MP3. Le podcast est également disponible sur certaines plateformes de podcasts.

Source: dw.com

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