Contre les taxes américaines sur l’acier, Bruxelles envisage de pénaliser les motos Harley et les jeans Levi’s

Le président de la Commission européenne a précisé vendredi 2 mars dans la soirée les mesures de rétorsion envisagées face à la hausse de droits de douane sur l’acier et l’aluminium annoncées par Trump la veille.

« Nous allons mettre en place des contre-mesures concernant les droits d’importation de produits américains, notamment Harley-Davidson, (le whisky américain) bourbon et les jeans Levi’s », a expliqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker vendredi soir lors d’une réception auprès du maire de Hambourg.

En annonçant jeudi 1er mars son son intention d’imposer la semaine prochaine des droits de douane de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium sur les importations aux Etats-Unis afin de protéger l’industrie sidérurgique nationale, Trump fait ce qu’il a dit pendant sa campagne, dénonçant sans cesse des accords commerciaux déséquilibrés, bénéficiant davantage aux partenaires des Etats-Unis qu’à ceux-ci. Il déclarait notamment à l’époque «il y a moins de Chevrolet à Berlin qu’il n’y a de Mercedes à New York».

5% de la production française exportée aux Etats-Unis

Le président américain n’a pas précisé quels pays seraient visés. Les Etats-Unis importent 30 millions de tonnes d’acier par an, pour une valeur de 24 milliards de dollars, ce qui en fait le plus gros importateur au monde. 50% viennent de quatre pays: Canada, Brésil, Corée du Sud et Mexique.

Pour l’heure, la Chine, premier producteur d’acier mais qui ne pèse que 2% des importations américaines, n’a pas évoqué de mesures de rétorsion.

Mais le jour même, le président de la Commission européenne avait exprimé ses « regrets » face à la décision de M. Trump et promis que l’UE allait « réagir fermement et proportionnellement pour défendre (ses) intérêts« .

Vendredi soir, il a ajouté que l’UE (deuxième producteur d’acier après la Chine) ne resterait « pas les bras croisés lorsque l’industrie et les emplois européens seront menacés« , ajoutant que « l‘Europe a besoin d’une politique commerciale capable de se défendre: nous ne serons pas naïfs« .

Ces contre-mesures européennes, déjà « prêtes depuis un certain temps« , seront en conformité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et doivent compenser en valeur les pertes potentielles pour l’industrie européenne.

En France, le chiffre d’affaires de la sidérurgie est de 11,5 milliards d’euros et 22 400 salariés travaillent dans le secteur. Les exportations vers les États-Unis représentent 441 millions d’euros soit 5% de la production. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est dit inquiet.

Menace sur la reprise économique mondiale

Si elles se concrétisent, ces mesures de rétorsion affecteront sans aucun doute d’autres secteurs de l’économie américaine. Les agriculteurs américains notamment, craignant des taxations sur leurs exportations de soja, ne seraient pas très favorables à ces annonces de Trump.

C’est pourquoi les marchés financiers, inquiets d’une possible contraction du commerce mondial sur fond de guerre commerciale, ont mal réagi, procédant à des ventes massives d’actions d’entreprises qui pourraient subir le contrecoup de la décision américaine.

Cette annonce intervient alors que l’administration Trump a déjà abandonné l’accord de libre-échange transpacifique et laisse entendre qu’elle va remettre en cause l’Alena, accord avec le Canada et le Mexique. Ceci affaiblirait encore l’OMC, qui s’est dite «  clairement préoccupée par l’annonce des plans américains concernant les droits de douane sur l’acier et l’aluminium », et le FMI a mis en garde contre toute tentation protectionniste susceptible de menacer l’embellie planétaire qui se profile, avec un taux de croissance de près de 4 %.

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