Dansa se fait harakiri face au PM : pourra-t-il rebondir ?

« Nous allons envoyer des gens au CNT qui aiment encore ce pays et qui veulent aller en avant, qui veulent bien sûr rassembler les Guinéens. Je tiens beaucoup au mot rassemblement, parce que j’ai décidé aussi et il faut que ça soit clair que les Guinéens eux-mêmes puissent prendre en main leur destin, à savoir : s’entendre, s’écouter, parce qu’on ne s’écoutait plus dans ce pays. »

Le 15 novembre 2021, sur RFI, Mamadi Doumbouya affichait ce vœu. De longs mois après, la réalité est en train de pousser bien des observateurs à l’évidence : le quiproquo entre des proches du président de la transition. En l’occurrence, Dansa Kourouma et Mohamed Béavogui.  En effet, en envoyant un message des plus rigides au Premier ministre, Dansa Kourouma apporte un ver dans le fruit de la junte. Avec autant d’arrogance que d’ignorance. Du moins quand on se fie à la vive levée de boucliers qui a suivi la sortie du président du CNT.

Extrait :« Je vous réitère et je vous charge une fois encore de transmettre à monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement, avec tout le respect dû à son rang, près de huit (8) mois après sa nomination, la représentation nationale, le peuple de Guinée attend toujours sa politique générale. Nous voulons savoir les grands axes stratégiques. Comment ce gouvernement compte transformer le quotidien des Guinéens ? Nous sommes pressés. C’est la troisième interpellation officielle de ma part. Je l’ai fait par courriers, je l’ai fait par rencontre. Aujourd’hui, je profite pour dire que c’est la dernière interpellation sur le sujet. Nous attendons avec exigence et insistance le discours de politique générale de son excellence monsieur le premier ministre. »

Il n’en fallait surtout pas plus, pour que des voix s’élèvent pour recadrer Dansa. C’est d’abord Maître Amadou Diallo : « Contrairement à la demande du président du CNT, aucune disposition de la Charte de la Transition n’impose au Premier ministre de faire un discours de politique générale devant les Conseillers nationaux. L’article 52 de la Charte l’oblige simplement à soumettre pour approbation au président de la transition un plan d’action de la feuille de route du Gouvernement de transition. »

Et conclure : « Cette demande du Président du CNT manque totalement de base légale. Au lieu de s’occuper de la définition du cadre juridique et institutionnel des élections pour le retour à l’ordre constitutionnel dans un délai raisonnable, il distrait l’opinion nationale par des demandes totalement illégales et inopportunes dans un régime de Transition. De grâce, respectons la Charte que vous avez librement octroyée au peuple. » Auparavant, c’est Cellou Baldé de l’UFDG qui interpelle Dansa : « Non, le CNT n’est pas la « Représentation Nationale », avant de rappeler certaines dispositions de la Charte de la transition en ses articles 56, 57 et suivants.

Pour l’essentiel, « Le CNT a pour missions : Élaborer et soumettre pour adoption, par référendum le Projet de Constitution ; Élaborer, examiner et adopter les textes législatifs ; Suivre la mise en œuvre de la feuille de route de la transition ; Contribuer à la défense et à la promotion des Droits de l’Homme et des libertés publiques. » Et Cellou Baldé de conclure aussi : « Non, M. le Président du CNT, vous n’avez pas à vous aménager des prérogatives en dehors de celles définies clairement dans la charte de la transition. Vous n’êtes pas l’émanation du Peuple et donc vous ne le représentez pas. Vous n’avez pas la légitimité de recevoir une déclaration de Politique Générale. Contentez de vous de suivre la feuille de route de la transition quand il en existera une. Faites vite et partez. »

En se faisant ainsi flagramment harakiri, Dansa Kourouma fait douter Mamadi Doumbouya. Mais, ce qui est davantage obsédant, c’est bien le silence assourdissant du PM, certainement mieux imprégné des textes de la transition en cours. Dansa pourra-t-il vraiment rebondir ? Et Doumbouya sévissait ? Est-il déjà temps de ramener tous les deux aux pas de la transition ou faut-il faire un choix ? Le dilemme est entier. L’agacement, mais surtout la honte l’est autant. Les prochaines heures sont palpitantes.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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