DIALOGUE POLITIQUE : Albert Damantang Camara dans le dilatoire

Les menaces de l’opposition poussent le gouvernement à sortir de son mutisme. Conscientes des risques liés aux manifestations en ces temps de déception et de malaise généralisé, les autorités multiplient les sorties pour convaincre l’opposition de ne pas descendre dans la rue. Seulement, ceux qui communiquent au nom du pouvoir feignant de ne pas comprendre les griefs de l’opposition, on risque d’assister à un dialogue de sourds. Du côté de Cellou Dalein Diallo et de sa bande, on réclame un dialogue politique permettant d’éviter une prochaine crispation politique. En réponse, le porte-parole du gouvernement, maniant la langue de bois et faisant dans le dilatoire, pointe le parlement guinéen et la CENI comme incarnation d’un dialogue permanent. Alors qu’il n’en est rien.

Au-delà d’un dialogue politique à proprement parler, ce dont se plaignent les opposants, c’est la violation quasi-systématique des dispositions des précédents accords politiques. C’est cette tendance à remettre en cause les acquis qui conduit à l’opposition à une réclamation perpétuelle du dialogue politique. Mais du côté du gouvernement, on évacue cette demande en se bornant à soutenir que le dialogue tant souhaité a lieu en permanence à l’Assemblée nationale et via la CENI. C’est tout au moins ce qu’Albert Damantang Camara a indiqué ce mardi à l’occasion d’une conférence de presse qu’il a animée à Conakry :

« Systématiquement, on essaye de mettre la justification des manifestations sur le fait qu’il n’y a pas de dialogue. C’est qui est absolument  faux. Qu’on nous dise qu’il n’y a pas de dialogue tel que le veut l’opposition, aux conditions que veut l’opposition, quand elle veut, où elle le veut, comme elle le veut ; cela est possible. Mais  ça vous  comprendrez qu’aucun   gouvernement n’est obligé de se plier à ce type d’exigences. Mais il y a un dialogue qui est permanant au sein de l’Assemblée nationale et  au sein de la CENI.  Puisqu’on parle par exemple  d’élection  et  au niveau de laquelle tous les acteurs sont représentés. Donc le dialogue politique existe en Guinée. C’est faux  que de faire croire et faire accroire  le contraire »

Si on part du principe, le ministre n’a pas nécessairement tort. Mais le fait est que le dialogue dont il parle au niveau de l’Assemblée et à la CENI relève d’une pure forme. Dans les faits, il n’en existe pas. En témoigne la dernière session parlementaire au cours de laquelle des propositions de loi faites par l’opposition avaient été purement et simplement mises de côté. Il est vrai qu’il s’agit là d’une institution fonctionnant essentiellement sur la base du vote et que l’opposition, minoritaire, n’a de grandes chances. Cependant, on peut déplorer que l’objectivité et l’intérêt supérieur du pays fassent très peu partie des critères sur la base desquels se prononcent les députés.

Quant à la CENI, tout le monde sait comment les dernières élections présidentielles avaient été organisées. Pourtant, des représentants de l’opposition au sein de l’institution avaient critiqué, dénoncé, protesté et même boycotté les travaux. Mais Bakary Fofana et les autres avaient tranquillement déroulé leur programme auprès de certaines règles.

C’est donc de la simple poudre aux yeux que de prétendre que le dialogue à l’Assemblée nationale et à la CENI suffise à satisfaire les revendications de l’opposition. Il s’agit là d’une simple posture et d’un faux-fuyant.

Anna Diakité, www.kababachir.com

 

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