DIALOGUE POLITIQUE : Les menaces de l’opposition commencent à payer

Aux yeux du gouvernement guinéen, l’opposition guinéenne passe pour un regroupement de partis et de leaders dont le seul objectif serait de susciter les troubles et empêcher la mise en œuvre des programmes et des politiques. Ces accusations sont particulièrement brandies quand les opposants menacent de descendre dans la rue. Mais à la décharge des adversaires du régime, c’est bien ce gouvernement qui, par certains de ses actes, donnent du sens et de la pertinence aux manifestations politiques. Car, comme on le constate aujourd’hui, c’est seulement quand la menace d’une marche dans l’air que les lignes bougent.
En effet, depuis des mois, l’opposition cherche à se faire entendre sans succès. Ainsi, le gouvernement a allègrement violé les accords du 20 août 2015 en vertu desquels les élections locales étaient censées se tenir durant le premier semestre qui vient de s’achever. L’opposition avait crié et rouspété, mais le gouvernement avait joué à la sourde oreille. Même le ministre de la justice et président du cadre national du dialogue politique avait préféré s’occuper d’autre chose. Les journées ville morte n’y ont rien fait. Silence total et absolu.
Mais il a fallu qu’au cours d’une des Assemblées de son parti, Cellou Dalein Diallo annonce la reprise des manifestations rue à la fin du mois de Ramadan pour que le gouvernement se réveille. Le spectre des violences agité, le président Alpha Condé est obligé de se faire entendre notamment lors de la cérémonie de remise du rapport sur les consultations nationales, le RPG-arc-en-ciel sort aussi de mutisme pour prôner explicitement la voie du dialogue au détriment de celle de l’affrontement et le gouvernement, à son tour, annonce la reprise imminente du dialogue politique. Ainsi, interrogé hier chez nos confrères de Lynx FM, le porte-parole du gouvernement, Damantang Albert Camara, a révélé que des démarches sont en cours pour que le dialogue reprenne dans « les prochaines heures ».  Quelques heures plus tard, le ministre de la justice, Me Cheick Sako, en marge d’une intervention à l’Assemblée nationale, évoque la rédaction des lettres d’invitation pour les leaders devant prendre part au conclave.
Bref, tout est fait pour enlever à l’opposition le motif de sa menace. Comment peut-on s’étonner après qu’acculée et ignorée, cette dernière ne s’en serve comme ultime recours ?
Anna Diakité, www.kababachir.com
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