Donald Trump, un impétueux businessman à la Maison Blanche

Magnat de l’immobilier, ex-vedette de la télé-réalité, businessman à l’ego surdimensionné… Donald Trump a réalisé à 70 ans son plus gros coup : devenir président des États-Unis sans aucune expérience politique. Portrait.

On lui a longtemps prédit une carrière politique fulgurante. Mais Donald Trump a réussi à s’inscrire dans la durée. Celui que l’on considérait comme un « feu de paille » médiatique a résisté à tous les vents, toutes les polémiques, tous les scandales. À 70 ans, l’homme d’affaires Donald Trump a réalisé, mardi 8 novembre, son plus gros coup : devenir président des États-Unis.

Faire des gros coups, voilà ce qui anime le businessman depuis le plus jeune âge. Quatrième enfant d’une fratrie de cinq, Donald Trump a grandi à New York, dans le quartier du Queens, où son père, Fred C. Trump, mène de florissantes affaires dans l’immobilier. L’impétueux Donald entend bien suivre sa voie mais, sans doute dans l’espoir de dompter son esprit un brin rebelle, ses parents l’envoient d’abord à l’académie militaire de New York. Réformé à plusieurs reprises, il échappe toutefois à l’armée et, partant, à la guerre du Vietnam qui fait rage alors.

DONALD TRUMP S’EXPRIME SUR LA CRISE EN SYRIE ET EN IRAK
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Ce n’est qu’une fois diplômé, en 1968, de la prestigieuse Wharton School – l’école de Finance de l’université de Pennsylvanie –, qu’il rejoint l’entreprise paternelle et Manhattan, où il concentre ses activités. Au fil des ans, le fils Trump se fait remarquer par le caractère pharaonique de ses projets. En 1984, son ambition dévorante atteint son apogée avec l’édification à New York, sur la mythique 5e Avenue, des 68 étages d’une tour portant son nom : la Trump Tower (où il réside encore actuellement).

Un ego plus gros que sa fortune ?

Malgré ce clinquant symbole de réussite, nombre d’observateurs se demandent aujourd’hui si Donald Trump est bel et bien ce géant du business qu’il prétend être. « À New York, il ne se classe même pas parmi les dix premiers promoteurs immobiliers », affirme à l’hebdomadaire français L’Express, le sociologue Todd Gitlin. « Les autres milliardaires de New York le méprisent, le trouvent détestable, grossier. Ils savent qu’il ment et qu’il a fait faillite plusieurs fois. Plus aucune banque de la place ne lui prête de l’argent. »

L’intéressé a admis avoir commencé sa carrière grâce à un prêt d’un « petit” million de dollars contracté auprès de son père. Il a en outre essuyé quatre banqueroutes et plusieurs revers commerciaux qui ont écorné son image de marque. Mais qu’importe, lui se présente toujours comme un bâtisseur de fortune. « La plupart des affaires que j’ai conclues, je les dois à mon ego », confiait-il en 1995 au New York Times dans un entretien intitulé « Ce que mon ego veut, mon ego l’obtient ».

C’est peu de dire que l’ambition (ou l’ego) de Trump ne connaît pas de limites. Via sa holding The Trump Organization, l’homme s’est essayé à tout ou presque : tourisme et l’hôtellerie de luxe, les casinos et les terrains de golf, les compagnies aériennes et les concours de Miss. « La définition même de la ‘success story’ à l’américaine », selon son site de campagne.

DONALD TRUMP SE DÉFEND À PROPOS DES IMPÔTS QU’IL N’AURAIT PAS PAYÉ
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Dans son dernier classement, le magazine Forbes évalue la fortune de Trump à 3,7 milliards de dollars, mais lui avance le chiffre de 10 milliards. Du pur Trump. « Un peu d’exagération n’a jamais fait de mal », écrit-il dans « The Art of Deal » (« L’Art des affaires ») en 1987. « Les gens aiment croire que tout est plus gros, plus grand, plus spectaculaire. »

La très familiale Trump Organization

L’omniprésence de Donald Trump dans l’espace médiatique ne date cependant pas de son arrivée fracassante dans l’arène politique. Avant de se porter candidat à la Maison Blanche, le milliardaire occupait depuis 2004 le petit écran en tant qu’animateur d’une émission de télé-réalité, « The Apprentice », dans laquelle il mettait à l’épreuve de jeunes gens désireux d’intégrer sa holding. La phrase « You’re fired ! » (« Tu es viré ! ») qu’il lançait alors aux candidats malheureux est, depuis, entré dans la culture populaire américaine.

Aujourd’hui, campagne pour la présidentielle oblige, c’est sa famille recomposée qu’il expose allègrement au regard des caméras. Non sans créer le buzz. Lors de la convention républicaine, en juillet, son actuelle et troisième épouse, Melania, un ancien mannequin slovène de vingt-quatre ans sa cadette (elle a 46 ans, il en a 70), est devenue la risée du Web pour avoir repris mot pour mot des déclarations de la première dame, Michelle Obama. Père de cinq enfants et grand-père de sept petits-enfants, Donald Trump a également propulsé ses deux aînés, Ivanka et Donald Jr., à la vice-présidence de The Trump Organization.

« Le meilleur président que Dieu n’ait encore jamais créé »

Sur le plan de la politique comme sur celui des affaires, Donald Trump s’est essayé à presque tout, adaptant ses convictions à ses propres intérêts. On l’a connu démocrate, puis indépendant. Autrefois flexible sur les questions de l’avortement et du contrôle des armes à feu, il a durci son discours afin d’incarner la ligne radicale du Parti républicain.

Ce virage à droite, Donald Trump l’a entamé au début de la présidence Barack Obama. Reprenant une antienne de l’extrême-droite américaine qui voudrait que le nouveau locataire de la Maison Blanche soit un Kényan musulman, l’homme d’affaires met en doute le fait que le chef de l’État soit né, comme il l’affirme, à Hawaï. En 2013, celui qui est devenu le fer de lance du mouvement appelé « birther » publie alors un tweet aux allures complotistes : « Bizarre, le responsable du département Santé chargé de vérifier le ‘certificat de naissance’ d’Obama est mort dans un crash d’avion. Tous les autres ont survécu. »

Conscient que ses sorties à l’emporte-pièce lui attirent les faveurs d’un électorat méfiant des élites, Donald Trump multiplie les outrances. En juin 2015, alors qu’il vient de se déclarer candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016, il assure devant la Trump Tower : « Je serai le meilleur président que Dieu ait jamais créé ». Voilà pour lui.

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Lorsqu’il s’agit d’évoquer ses adversaires, Trump fait davantage preuve de mépris. L’ancien candidat à la Maison Blanche John McCain, qui ne l’apprécie guère, en fit les frais. De cette figure respectée du Parti républicain – en raison, notamment, de ses états de service durant la guerre du Vietnam où il fut prisonnier –, le businessman dit, en juillet 2015, qu’il « n’est pas un héros de guerre. Ce n’est pas un héros de guerre parce qu’il s’est fait capturer. J’aime les gens qui ne se font pas capturer ». Un mois plus tard, il s’en prend à une journaliste de Fox News, établissant un lien entre sa supposée agressivité et ses menstruations. Depuis, on ne compte plus les attaques ad hominem lancées quasi quotidiennement par Donald Trump, souvent via Twitter.

Au chapitre « programme politique », le magnat new-yorkais se distingue aussi par sa démesure. Après avoir traité les immigrés clandestins de « violeurs », Donald Trump s’engage à faire construire, aux frais de Mexico, un mur à la frontière mexicaine afin d’empêcher toute immigration clandestine. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il propose d’interdire l’entrée des musulmans sur le territoire américain.

D’une polémique l’autre

La méthode Trump porte ses fruits. Malgré des sondages affirmant que plus de la moitié des Américains se refusent à voter pour lui, il élimine un à un ses rivaux républicains et rafle l’investiture du parti. Officiellement candidat du Grand Old Party, Donald Trump continue alors sur sa lancée.

Dès lors Hillary Clinton « la malhonnête » – comme il l’appelle irrémédiablement – devient sa cible privilégiée. Dans ce style qui lui est propre, il multiplie les attaques contre sa rivale démocrate et profite d’un meeting pour inviter les partisans du port d’armes à la stopper. Certains y voient un appel à la violence à peine voilé. Trump, lui, reproche aux médias de déformer ses propos.

De fait, pas une semaine ne se passe sans que le candidat républicain ne soit au centre d’une polémique. En juillet, Donald Trump s’en prend aux parents d’un soldat américain musulman tué en Irak. Leur tort : avoir critiqué le milliardaire lors de la convention d’investiture d’Hillary Clinton. Plus tard, c’est dans une interminable controverse avec un ancienne Miss Univers qu’il s’empêtre.

Ce sont d’ailleurs des accusations de sexisme qui font, pour la première fois, chanceler la campagne du milliardaire. Début octobre, le Washington Post publie une vidéo datant de 2005 dans laquelle le candidat républicain tient des propos particulièrement vulgaires à l’égard des femmes. De nombreux ténors du Parti républicain, choqués, se désolidarisent officiellement de leur candidat. Face à la bronca, l’intéressé est – chose rare – contraint de présenter des excuses.

Cette énième controverse n’aura toutefois pas empêché Donald Trump de remporter l’élection présidentielle, alors qu’il n’avait encore jamais brigué aucun mandat. Il devient le 45e président des États-Unis sans bénéficier d’aucune expérience politique. Plus qu’un gros coup, un séisme politique.

France24.com

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