Doumbouya-Embalo : des soucis sécuritaires en partage !

« Avec Alpha Condé, nous ne serons jamais amis. Il a été très hostile à mon égard. Mais aujourd’hui, il n’est plus mon homologue et je suis un homme de foi : ce n’est pas parce qu’il m’a fait du mal que je lui en souhaite en retour. J’ai donc demandé au Colonel Mamadi Doumbouya de l’épargner». Embalo est on ne peut clair ! Il interpelle les nouvelles
autorités guinéennes sur la nécessité du pardon. Cela, pour mieux éviter une escalade d’où qu’elle vienne.

Mamady Doumbouya et Sissoco Embalo ont manifestement des soucis sécuritaires en partage : «Je ne le connais pas personnellement. Il m’a appelé et nous nous sommes parlé deux ou trois fois. Nos deux pays étant frontaliers, il est normal que nous soyons en contact ». Très imprégné de la difficile cohabitation avec ses voisins directs, en l’occurrence Alpha Condé, Embalo note avec force détail : «Personne ne peut contrôler Alpha Condé. »

A l’interne de la Guinée, les braises sont encore sous la cendre ; la menace n’est pas tout à fait écartée, surtout avec les mouvements des caciques du régime défunt, immensément riches et ayant des connexions jusqu’au-delà des frontières guinéennes. Pendant ce temps à Bissau, le général Biagué Na Ntan s’adressait à la police militaire, à l’occasion de l’anniversaire de cette unité, l’équivalent de la gendarmerie dans d’autres pays : « Nous avons réussi à identifier un groupe de militaires en train de mobiliser des soldats, achetant leur conscience contre des billets de
banque afin de subvertir l’ordre constitutionnel établi. Ce sont les soldats ayant reçu de l’argent qui ont dénoncé les auteurs de ces actes ignobles. »

L’officier faisait ainsi allusion à un possible coup d’Etat déjoué. Très vite le Chef des Armées, Embalo tranche : « Ce n’est pas ça qu’il voulait dire. Il est en train de dissuader les jeunes de ne pas se mettre dans les choses des coups d’Etat. C’est un conseil qu’il est en train de donner et les gens l’ont mal compris. » De toute évidence, Bissau est loin d’être aussi un long fleuve tranquille.

En effet, depuis dix mois, l’Union nationale des travailleurs de Guinée-Bissau, le principal syndicat du pays, mène une grève perlée très fortement suivie dans l’éducation et la santé pour faire débloquer et augmenter les salaires. Or, le mois prochain, le Premier ministre doit présenter un budget très encadré par le Fonds monétaire international. A ce titre, la crise couve et le pays est sous une forte menace de déstabilisation. Bissau et Conakry ont donc manifestement des soucis sécuritaires en partage. Autant resserrer les rangs à travers des concertations périodiques entre militaires
d’abord, puis entre chefs d’Etat.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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