Émeutes meurtriers contre délestages et rackettes dans les barrages routiers : Gouvernement en mal de compassion

Les citoyens de Coyah, de Dubréka et de Kamsar ont payé de leurs vies pour avoir osé manifester dans la rue pour exiger le retour de l’électricité et la fin des rackets policières dans les barrages routiers installés pour filtrer les déplacements de Conakry vers l’intérieur du pays en cette période de pandémie de la Covid-19.

Les villes périphériques de la capitale ont connu une journée très agitée, mercredi 12 mai 2020. A Coyah, très tôt le matin, la grogne a commencé avec les femmes vendeuses au marché de Km36 qui se plaignent d’être victimes de tracasseries au niveau des barrages.

Il a fallu attendre la journée pour que le mouvement prenne de l’ampleur. Les forces de l’ordre font usage de leurs armes contre les manifestants fortement mobilisés. Le bilan fait état de 6 morts dont une femme en état de famille.

Simultanément, dans la région de Boké, des citoyens manifestent contre les délestages électriques en cette période de Ramadan et au moment où le gouvernement a annoncé dans son plan de riposte face au Coronavirus, la gratuité du courant d’avril à juin 2020.

De ce côté-là aussi, les agents répriment dans le sang les mouvements faisant 2 morts dans les deux préfectures de Dubréka et de Kamsar.

Taliby Sylla emporté par les délestages

Le ministre de l’Energie, Cheick Taliby Sylla, qui, autrefois, avait accusé «les sorciers d’empêcher Kindia d’avoir le courant», a été limogé suite aux émeutes contre les délestages et  «appelé à d’autres fonctions». Il est possible que Sylla rejoigne les anciens ministres qui, après leur limogeage, ont été  nommés conseillers à la Présidence. Le secrétaire général du département assure l’intérim.

Actes d’incivisme

Au nom du gouvernement, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation s’est fendu un communiqué accusant «des groupes d’individus (de s’être) livrés à des actes d’incivisme causant des troubles sérieux à l’ordre public pour protester d’une part contre le délestage du courant électrique dans certains quartiers de Kamsar et d’autre part contre les restrictions de déplacement entre Conakry et l’intérieur du pays, restrictions imposées par la riposte (à la)covid-19 à Coyah et à Dubréka. Faut-il préciser que dans l’un comme dans l’autre des deux cas, rien, absolument rien ne justifiait, en ce mois saint de ramadan et dans le contexte médicosocial d’une rare gravité que nous vivons, rien ne justifiait dis-je, une telle montée de violence et d’intolérance».

Le ministre général Bourèma Condé, ajoute que «depuis des années, la desserte en courant électrique par la CBG est une donnée acquise, nonobstant des délestages, lesquels sont inhérents à toute fourniture d’énergie thermique, phénomène aggravé, faut-il le préciser par la démographie galopante de Kamsar et les branchements anarchiques sur le réseau».

Pour le cas de Coyah, soutient le ministre Condé, «la prise de mesures restrictives de déplacement de Conakry pour l’intérieur du pays des citoyens n’a rien d’exceptionnel, comparé au reste du monde, pour isoler Conakry et éviter la dissémination (de la) Covid-19 qui ne cesse d’endeuiller les familles» à Conakry.

En dépit de «l’intervention des forces de l’ordre, précédée des appels au calme», le ministre Condé plus scandalisé par les dégâts matériels que par les pertes en vies humaines, dans son discours, accuse les protestataires d’avoir causé des dommages importants.

«Des cas de morts et de blessés ont été malheureusement enregistrés aussi bien dans les rangs des manifestants que ceux des Forces de l’ordre. On a noté également des dégâts matériels importants, le domicile du maire de Kamsar incendié ; le Commissariat central de Coyah, les postes de Police et de Gendarmerie de Manéah vandalisés, des véhicules d’intervention dont des ambulances de secours saccagés», enfumé-re-t-il, avant de prévenir que «toutes les personnes qui seront tenues responsables de ces troubles répondront de leurs actes devant la loi».

Indignation

Pour l’opposant Bah Oury ces violences ne feront qu’attiser la volonté de changement. «Crise politique, crise sanitaire, crise sociale, crise économique en sus de la perte de légitimité et d’absence d’empathie vis-à-vis des souffrances de la population, le régime de M. Alpha Condé est à bout de souffle. La violence répressive ne fera qu’attiser la volonté de changement !», poste-t-il sur Twitter.

Selon le chef de file de l’opposition guinéenne, qui réagit à travers Facebook, ce «carnage» ne s’arrêtera pas tant qu’Alpha Condé est au pouvoir.

«Décidément, rien ne peut arrêter la main meurtrière de Alpha Condé. Ni la pandémie, ni le mois saint de ramadan, ni l’extrême pauvreté qui assaille son peuple, rien ne le retient. Il continue de faire arrêter, séquestrer et tuer à bout portant et sans motif, ses compatriotes».

Indigné, Cellou Dalein Diallo estime que «seul le départ de Alpha Condé peut mettre un terme au carnage récurrent»  dont ses victimes les Guinéens.

Du côté des protecteurs des droits humains, Me Michel Labila Sonomou, membre de l’Ong Avocats sans frontières,  est scandalisé par le comportement des agents de maintien de l’ordre. «Même si c’est un mort, c’est un mort de trop. Et on parle de plusieurs morts et de dégâts matériels importants. Cela vient encore démontrer que nos services de sécurité ne sont pas à la hauteur de la mission qu’on leur a assignée», déplore l’avocat au barreau de Guinée. L’absence de compassion du gouvernement face au bilan humain de la répression du 12 mai 2020 continue à exaspérer une bonne partie de l’opinion publique. Le 22 mars 2020 à l’occasion du double scrutin controversé organisé par le régime, les Ong de défense des droits de l’homme ont enregistré 10 morts à Conakry et 2 à Mamou.

Par Le Populaire 

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