En RDC, les déchets sont de l’or insoupçonné (Dossier)

Des bouteilles en plastique aux vieux pneus en passant par la vieille ferraille, un jeune Congolais donne une seconde vie à tous les objets usagés qui lui tombent sous la main.

Par Marwa Delalgi

Les poubelles sont une véritable mine d’or pour Leo Cheko Yafeti. Avec son équipe, ce Congolais collecte les déchets pour les transformer en mobilier et divers articles de maison et de jardin. Des bouteilles en plastique, en passant par les pneus usagés, jusqu’aux palettes de bois et vieilles ferrailles, le jeune homme de 31 ans insuffle une seconde vie à tous les objets usagés qui peuvent lui tomber sous la main. « Je trouve fascinant ce que l’on peut obtenir d’un tas d’ordures. Il y’a vraiment de l’or dans nos poubelles. C’est tellement gratifiant pour moi la stupeur des gens lorsqu’ils réalisent que les articles que je commercialise sont fabriqués à partir de déchets », s’enthousiasme Leo dans un entretien accordé à la dpa.

Aux commandes d’une entreprise spécialisée dans le tri, le traitement et l’upcycling des déchets, baptisée Alkeymyst, l’éco-entrepreneur gère son activité à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), précisément à Bukavu et Goma, outre Bujumbura, ancienne capitale du Burundi. C’est dans cette ville que son projet a commencé à prendre forme. C’était en 2016, le Congolais finissait ses études en droit et s’apprêtait à entamer une carrière de juriste jusqu’à ce qu’il décide de retourner à sa première passion, la fabrication d’objets.

« Ce fut rapidement un succès.»

« Lorsque j’étais étudiant, je gagnais mon argent de poche en transformant les déchets électriques en chargeurs de batteries et postes de soudure. Le déclic pour ce projet m’est venu en visionnant un documentaire sur un entrepreneur tunisien qui réalisait des meubles à partir de pneus usagés. Je me suis dit que j’étais tout à fait capable de reproduire la même chose », se souvient-il. De fil en aiguille, Leo propose à deux de ses amis de s’associer à lui dans ce projet et de transformer leur studio d’étudiants en un atelier de travail. « Ce fut rapidement un succès. Les médias s’intéressaient déjà à nos œuvres et nous avons même été invités par le ministère de l’Economie nationale afin de participer à la foire made in Burundi », raconte-t-il.

Selon lui, le succès a été tel qu’il a décidé avec ses associés d’ouvrir un atelier plus grand. L’objectif ultime était de faire de notre entreprise un leader sur le marché du recyclage artistique au Burundi et piloter le premier centre régional de formation des jeunes désœuvrés aux techniques de recyclage. D’ailleurs, Leo et son équipe sont parvenus à former une centaine de jeunes qui aident quotidiennement les entreprises à collecter et recycler les déchets. Aujourd’hui, l’entreprise Alkeymyst travaille d’arrachepied, en partenariat avec d’autres jeunes entreprises, afin de réaliser le projet Tilatopia, qui consiste à construire une île artificielle à partir de divers déchets sur le lac Kivu, lequel est situé entre la RDC et le Rwanda.

D’après le Congolais, l’île en question sera créée à partir de près de 75 pour cent de produits de récupération et offrira un espace touristique et de villégiature. Une exposition dédiée à ce projet a même été organisée récemment par l’Institut Français de Bukavu (Est). « La terre, notre maison commune est en danger et chacun de nous doit contribuer à sa façon pour la sauvegarder. Les projets que nous sommes en train de mener aujourd’hui sont un moyen pour nous de sensibiliser les populations à l’importance de préserver l‘environnement », lance l’éco-entrepreneur qui rêve de devenir une référence régionale en matière de valorisation de déchets.

Source. dpa-news.de

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