»Exterminer les femmes, c’est exterminer la vie » (Odile Bulabula)

La militante de l’Est de la RDC appelle les autorités à mettre fin aux violences des groupes armés.

Écouter l’audio en cliquant sur le lien ci-dessous:

https://www.dw.com/fr/exterminer-les-femmes-cest-exterminer-la-vie-odile-bulabula/av-56823402

Odile Boulaboula bonjour ! Pouvez-vous brièvement vous présenter à nos auditeurs?

Bonjour Madame. Je suis la coordinatrice adjointe du Réseau d’innovation organisationnelle, une ONG de droit congolais qui œuvre dans la province du Sud-Kivu, travaillant principalement dans le domaine de l’éducation puis la transformation positive des conflits.

Nous avons également initié un cadre de formation des femmes en médiation qui s’appelle l’Académie des femmes pour la paix, qui a formé plus d’une centaine de femmes depuis deux ans, dans le domaine de la médiation. Ces femmes travaillent pour la cohésion sociale. Elles font aussi des actions de plaidoyer pour dénoncer les nombreux abus sociaux, mais aussi des abus qui concernent les droits des femmes. Voir la vidéo 03:17

RDC, l’Allemagne souhaite plus d’engagement contre les violences sexuelles

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Lors d’un récent webinaires qui a été organisé ici en Allemagne, vous avez déploré le contexte sécuritaire qui prévaut dans les régions des Kivu. Vous avez parlé d’une situation catastrophique. Pourquoi parler de catastrophe?

Il y a des violations des droits humains, toujours des viols, toujours des tueries, des massacres, des incendies des villages qui s’opèrent le jour et la nuit. Ici, chez nous, tu n’as pas droit à la vie. On peut tuer n’importe quand : le matin ou pendant la journée. Pourquoi? Parce qu’il y a beaucoup de forces négatives. Et tout cela sous les yeux des FARDC, sous les yeux de la police nationale congolaise.

Nous, la population, on se voit abandonnés à notre triste sort. On ne voit pas l’Etat congolais prendre ses responsabilités pour sécuriser effectivement la population. Nous sommes à la merci des groupes armés, des bandes criminelles qui à n’importe quel moment peuvent vous ôter la vie.

Vous avez également parlé du rôle des pays voisins, pouvez-vous expliquer quel rôle ils jouent dans la pérennisation des conflits dans l’est de la RDC?

C’est une question complexe parce que les pays voisins qui nous entourent ont des groupes armés ici, chez nous, où ils font la récréation. Ils sont ici dans les hauts plateaux. On trouve tout : FDLR, Imbonerakure, FOREBU. Tous ces gens burundais et rwandais se retrouvent ensemble avec les Maï Maï locaux. Hier, c’était pour protéger la population. Aujourd’hui, ce sont eux qui tuent, particulièrement les femmes.

Les femmes sont mutilées, violentées. Les femmes subissent tous les risques. Les femmes, ici à l’est, ne sont pas sécurisées. Nous demandons que l’Etat congolais garantisse la vie à toute la population en général, et particulièrement la vie aux Congolaises, parce qu’on les tue comme si on tuait des animaux, on les violente à tout point de vue. Et partout, que ce soit en ville, dans les villages, il y a des violences faites aux femmes.

Existe-t-il aujourd’hui des initiatives qui ont fait leurs preuves?

Bien évidemment, il y a beaucoup d’initiatives qui aident à soulager tant soit peu la misère et les violences que subissent les femmes, des initiatives prises par les organisations non gouvernementales de la société civile.

Il y a beaucoup de gens qui sont traumatisés et toutes ces femmes qui ont été violentées, toutes celles qui ont été violées, toutes ces femmes ont connu des traumatismes dans leur vie qui reflètent même dans la société. On peut les sentir.

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Je veux citer la Fondation Panzi, mais aussi l’hôpital de Panzi, qui ont beaucoup travaillé sur les violences – les viols spécifiquement et autres formes de violences qui ont été faites sur les femmes congolaises – utilisées comme une arme de guerre parce qu’on était en train d’exterminer les femmes pour vraiment détruire la vie, au niveau de la province du Sud-Kivu, mais aussi au Nord-Kivu, dans la province du Tanganyika également.

Ces femmes bénéficient de soins médicaux appropriés au niveau de l’hôpital de Panzi, spécifiquement pour ce qui nous concerne. Il y a aussi l’hôpital de Heal Africa au niveau de Goma, et je pense qu’il y a beaucoup de centres qui sont installés dans les milieux ruraux pour essayer de récupérer ces femmes-là qui sont en souffrance.

Quels seront, selon vous, les défis sécuritaires auxquels devra faire face le prochain gouvernement ?

La question de l’existence des bandes criminelles dans les centres urbains et extra-urbains demeure. Tout ça insécurise la population. Mais il y a aussi cette question de la non-prise en charge adéquate des FARDC (l’armée loyaliste) et de la police. Les gens qui sont armés, quand ils ne peuvent pas manger et n’ont rien pour satisfaire leurs besoins, qu’est-ce qu’ils vont faire? Ils vont utiliser l’arme pour se nourrir.

Je pense que si le gouvernement veut vraiment aider la République démocratique du Congo, nous, en tant que population, nous aimerions vraiment qu’on trouve des réponses et que ça soit des réponses durables.

Merci beaucoup.

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