Faya Millimono du BL : « Nous disons au peuple d’attacher la ceinture car en 2015, le virage est important…. »

 
Situation du climat politique en Guinée, convocation d’Elie Kamano à DPJ, défaillance du gouvernement dans la gestion de l’épidémie Ebola, drame de womey, gouvernance Condé, examen des projets de lois de finances 2014 et 2015, le leader du Bloc Libéral, Dr Faya Millimono, répond aux questions de notre rédaction, dans un entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder.
 
 Lisez !
 
Kababachir.com : Bonjour Dr Faya Millimono
 
Faya Millimono : Bonjour !
 
Est-ce qu’on peut savoir la raison de votre présence ici à la Direction de la Police Judiciaire ?
 
Nous  sommes là pour soutenir l’artiste reggaeman Elie Kamano qui, il y a quelques jours, on avait appris, qu’il était inquiété par la police. Il était clair qu’il avait une violation grave de ses droits parce que dans une République, la  police ne s’auto saisi pas, c’est le Procureur qui peut s’auto saisir, commette un juge d’instruction  pour faire l’enquête sur quelques chose ou pour interpeller un citoyen pour ce qu’on lui reproche. Mais bon, on vit dans une République où chacun peut se proclamer Procureur, président, ceci ou cela.
 
Ce jour-là, il a échappé belle, parce que ceux qui étaient venus pour l’arrêter apparemment étaient même dans un véhicule non immatriculé. Ce qui est dangereux, parce que, quand un officier se met derrière le volant d’un véhicule qui n’est pas immatriculé, il est un criminel, il n’est pas un officier. Il a fallu donc l’arrivée du ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques pour permettre à monsieur Kamano de pouvoir échapper ce jour.
C’est seulement après, parait-il, que le Procureur de la République s’est auto-saisi pour ce qu’on pense reprocher à Elie Kamano. Et on la convoquer aujourd’hui, il est là avec un pool d’avocats, nous sommes là pour le soutenir.
 
De quoi on lui reproche concrètement ?
 
On lui reproche l’outrage au président de la République, nous voulons bien savoir ce quoi l’outrage au président de la République, parce qu’en fait dans notre pays, on confond la vérité à l’injure. C’est ça le drame de notre pays. Quand vous dites la vérité, on dit il insulte. Or, il y a une différence entre l’injure et dire la vérité. Si nous ne disons pas la vérité à nos Chefs, ils continueront à nous assassiner et je crois que lorsque le peuple saura ce qu’Elie Kamano a dit, qui est une vérité, je ne connais pas ce qu’il a dit, mais je sais c’est quelqu’un qui n’a pas sa langue dans la poche, il dit la vérité.
 
C’est peut-être prématuré, mais selon vous, qu’est ce qu’on peut s’attendre  de cette procédure ?
 
Nous respectons la procédure tant qu’elle est légale. Si la procédure est légale, nous la respectons, nous sommes républicains et nous sommes pour le respect de la loi.
 
Vous-même, vous êtes en procédure judiciaire avec un autre leader politique en la personne de M. Mohamed Lamine Kaba du FIDEL, est ce qu’on peut en savoir un peu plus par rapport à ce dossier ?
 
D’abord c’est votre site www.kababachir.com, à travers un article dont vous avez-vous-même signé, que Mohamed Lamine Kaba a fait des déclarations qui ne sont pas exactes, qui ne sont pas vraies. La politique ce n’est pas du mensonge. Je n’ai pas voulu créer des débats sur ce qui n’est pas vrai. Je vais beaucoup débattre, mais je vais débattre sur des choses sérieuses. Si on a dit quelque chose qui n’est pas vraie, peut être qu’on peut la transformer en vérité. Mais alors faites-le devant le juge.  C’est pourquoi j’ai demandé que preuves soient données au Juge.
 
Mais vous étiez dans le même bord politique. Après la déconfiture de la COEP on constate que les anciens amis sont devant le juge. Est-ce que cela ne pouvait être régler à l’amiable entre politiciens ?
 
Non ! Ce n’est pas parce qu’on a travaillé ensemble hier, qu’on va dire du n’importe quoi l’un sur l’autre. Je suis en politique lorsque j’ai une information je la vérifie comme les journalistes le font. Je suis l’un des plus critiques à l’égard du Pr Alpha Condé. Il y a parfois des menaces, on va l’arrêter.
 Mais il faut bien qu’on trouve la raison pour laquelle on va m’arrêter. Je suis en conformité avec la loi quand je parle, je sais choisir mes mots.
Donc c’est ce que je vais faire. Ce sont les politiques qui détruisent ce pays, il faut le dire, malheureusement je suis politicien. Mais je ne suis pas du genre de politique qui est en train de détruire ce pays. C’est pour cette raison nous avons besoin de faire notre propre un mea culpa également et aider cette Société à s’améliorer en nous améliorant nous-mêmes.
 
Le leader de GPT, Kassory Fofana vient d’être nommé à la tête d’un important ministère ? Votre réaction.
 
Je lui souhaite bonne chance, je lui félicite. La seule chose que je déplore par rapport à cette nomination, ce que Jean Jacques Rousseau a dit que « l’homme public ne produit pas, il consomme le superflu du peuple qui devient le nécessaire du public ». En Guinée,  le nécessaire n’existe pas, rappelons-le. Donc, on ne peut pas parler de superflu quand le nécessaire n’existe pas. La Guinée n’a pas besoin d’un gouvernement de 50 ministres, ça coûte cher. Il y a des pays les plus développés au monde qui n’ont pas 20 ministres. Si vous posez la question à Monsieur le président de la République comment de ministres il a, ça sera un attrape nigog il ne pourra pas répondre exactement combien de ministres il a déjà nommé et qui sont en train de prendre, d’émarger au budget de l’Etat. Ça se comprend que la présidence devient tous les jours plus nécessiteuse d’argent et on enlève où ? A la santé, à l’éducation, à la justice pour envoyer à la présidence. Ça, c’est un Etat qui est en train de marcher sur sa tête, à l’envers. C’est ça que je déplore dans cette nomination, parce qu’on a des structures qui  peuvent s’occuper de ça, pourquoi en créer d’autres ? Pourquoi faire faire une seule activité à 20 personnes à la fois ? Qu’est ce que ça nous donne ?
Vous savez, la plus grande misère des hommes polygames, c’est lorsque chaque femme dit l’autre va lui donner. Finalement vous risquez de ne pas trouver à manger parce que si tout le monde dit la même chose, lorsque vous nommez 20 personnes de faire la même chose, les 19 personnes, chacun va dire l’autre va faire, finalement personne ne fera et c’est le peuple qui souffre.
 
Est-ce que vous ne craignez pas un conflit de compétence entre Kassory Fofana et le premier ministre qui assure la Coordination de l’action gouvernementale ?
 
Ça sera la faute du président ! Il n’y a pas seulement là où il y a conflit de compétence. Prenez la compétence qu’on appelle « emploi jeunes ». Il y a beaucoup de départements qui ont dans leurs attributions « emplois jeunes ». Combien d’emplois ont été créés pour les jeunes ?
La Guinée n’en a pas besoin, la Guinée a besoin d’un gouvernement formé sur la base d’une vision claire, de laquelle vision découle le choix des vraies priorités de ce pays s priorités on peut avoir structure restreinte où on va avoir des hommes compétents. C’est le président même qui dit que ses ministres ne sont pas compétents. Il n’a qu’à nous laisser dire ça, nous qui sont dans l’opposition. C’est qui est pouvoir, il est le président de la République, il n’a pas besoin de dire aux guinéensns  ceux que j’ai nommé ne sont pas compétents, mais je les garde.
 
La session budgétaire poursuit son cours normal à l’hémicycle. Selon le ministre du Budget les recettes de l’Etat ont baissé de 630 milliards de francs guinées, à cause de la fièvre Ebola. Par contre, on constate une augmentation de plus 23 pour cent du budget alloué à la présidence de la République au détriment de celui de la santé. Quel est votre commentaire ?
 
C’est cela que je dis la criminalité d’Etat dans notre pays. Au moment où nous combattons Ebola, au moment où, nous sommes la menace du monde entier, déjà le budget exercice 2014 n’avait donné à la santé que 2, 74 pour cent. Maintenant si ce n’est que 2 pour cent, c’est grave. Il parait que le budget de l’éducation a diminué. Il parait que le budget de la justice a diminué. Pendant ce temps, le budget de la présidence a augmenté de plus de 20 pour cent. On part de 360 milliards à plus de 425 milliards de francs guinéens. Donc, maintenant, ce n’est pas le président qui travaille pour le peuple, c’est le peuple qui travaille pour le président. Ça, c’est le monde à l’envers dans notre pays et c’est ce pourquoi nous disons au peuple de Guinée, en 2015, vous devez montrez le chemin à Monsieur Alpha Condé.
 
Parlant de crise Ebola, vous êtes le président du Comité de crise sur le drame de Womey, où en sommes-nous avec la procédure judiciaire et la situation des personnes déplacées de Womey ?
 
Vous savez ce que nous vivons aujourd’hui à Womey ne se passe dans une aucune République, sauf en Guinée. Il y a eu des crimes odieux que tout le monde a condamné, la mort de nos compatriotes le 16 septembre. Mais je donnerais ma tête à couper. Ce ne sont pas les 6 000 personnes vivant dans ce village qui ont commis ce crime. Parmi les 6 000, il y a des bébés qui n’ont pas encore deux mois, il y a des vieillards, des femmes en grossesse peut-on dire de ceux-là sont des criminels ? L’Etat a commis le crime de transformer ce village en camp militaire. Et à jeter dans la nature, 6 000 personnes qui sont en train de mourir. Au niveau du Comité de crise, ce soir, nous déterminerons le jour que nous allons entamer la grève de la faim en solidarité avec ces 6 000 personnes, qui sont en train de mourir de faim dans les forêts autour de Womey parce qu’on a bien pris soin. Vous avez suivi l’intervention du ministre Makanera, du ministre Rémy Lamah. Qu’est ce qu’ils ont dit ?
Tout villageois voisin qui va recevoir quelqu’un de Womey risque plus que celui qu’il a reçu. C’est un crime contre l’humanité qui est en train d’être commis là. Qu’on chasse de sa demeure une population et on effraie les gens qui auraient pu être des bienfaiteurs qui auraient pu leur apporter une assistance, c’est pour les voir mourir à petit feu. Nous ne resterons pas les bras croisés sous nos yeux. Et c’est pour cette raison, nous invitons les compatriotes en Guinée comme ailleurs, la date que nous allons fixer pour cette grève de la faim coïncident à des manifestions un eu partout dans les capitales sérieuses du monde pour dire qu’un crime odieux est en train d’être commis aujourd’hui à womey contre 6 000 âmes parmi lesquelles des bébés, des enfants, des femmes en grossesse qui sont obligées d’accoucher en brousse. C’est déjà un grand risque pour une femme d’accoucher dans une maternité guinéenne à plus forte raison lorsqu’elle doit accoucher en brousse.
 
Au même titre qu’Elie Kamano vous êtes également dans l’œil du cyclone du parti au pouvoir, le RPG-Arc-en-ciel. De quoi on vous reproche concrètement ?
 
Si demain je suis convoqué ici sur ce que j’aurais dit, dans les médias, je viendrai à bras ouvert. Je suis respectueux de la loi. Mais vous savez, je n’écoute pas le RPG, le RPG est perturbé parce qu’ils ont perdu le terrain.
 
Mais RPG est encore majoritaire au Parlement
 
Oui ils sont là encore au pouvoir, c’est vrai, mais le RPG est perturbé à l’heure là. Parce que le RPG perd des kilomètres tous les jours. Et ils savent qu’en 2015 la récréation sera terminée. C’est ce qui fait que leurs réactions sont devenues épidermiques. Je ne les écoute pas. Quand quelqu’un est perturbé, il faut le laisser faire ce qu’il veut.
 
Justement par rapport à ces élections de 2015 dont le scrutin est d’un enjeu majeur, quelle sera la stratégie de l’opposition pour l’alternance ?
 
La stratégie pour nous au BL, nous avons invité tous les hommes politiques de l’opposition autour d’une table, à l’occasion des états généraux pour avoir une stratégie commune. Et pour faire des élections de 2015, des élections qui ne doivent pas avoir pour enjeu principal le départ de Alpha du pouvoir et du remplacement le remplacement de Alpha par un autre, il faut aller au delà de ça.
Je vous rappelle que lorsque le pouvoir de Monsieur Sékou Touré, paix à son âme était au crépuscule, il y a que tous les opposants disaient que le seul problème en Guinée c’est Sékou Touré, après ça sera la solution. Plus de 30 ans après on se rend compte que ce n’est pas ça. Lorsque Lansana Conté était aussi au crépuscule de son pouvoir, tous les opposants y compris mon « Koro » disaient le seul problème en Guinée c’est Lansana Conté. Six ans plus tard, on se rend compte que tout n’est pas devenu solution.
Il faut aller au delà de remplacer un monsieur par un autre monsieur ou une autre dame. Il faut s’attaquer au baobab, le système qui a fait défaut et qui est en train de nous maintenir en bas. Il faut le remuer et l’abattre. Mettre un autre système en place et pour nous au BL, nous avons une solution pour ça. Il faut qu’il ait une véritable décentralisation du pouvoir dans notre pays, enlever le pouvoir au niveau du centre pour qu’à la périphérie les gens soient en contrôle de leur devenir et il faut transférer au niveau sous régional certaines compétences. Investir dans la construction, dans la maitrise de l’eau qui va nous permettre d’avoir l’énergie en abondance pour notre consommation domestique, mais également pour la consommation industrielle. Vous savez, la première et la seule source d’énergie dans notre pays aujourd’hui c’est le charbon de bois. C’est une catastrophe, c’est qui fait que la forêt a disparu dans notre pays. Ça, c’est une calamité, nous devons y faire face. C’est pourquoi, au BL, nous disons aux gens, l’enjeu en 2015 ça ne sera pas seulement le remplacement de Monsieur Alpha Condé par Monsieur Faya Millimono, ça doit être le remplacement de Monsieur Alpha Condé par une équipe des guinéens, des bâtisseurs qui viendront changer le cours de l’évolution de notre pays.
 
Le Bloc Libéral (BL) n’a pas encore participé à une élection en Guinée, peut-on savoir si Monsieur Faya Millimono se portera candidat aux élections présidentielles de 2015 ?
 
Ça c’est une question que le BL seul peut répondre. Parce qu’à l’intérieur du BL il y aura les primaires. Si je suis candidat, je peux être opposé à quelqu’un d’autre. Vous pouvez aussi être candidat si vous êtes du BL. Mais faites vite, prenez votre carte.
 
Est-ce que vous êtes partant pour une candidature unique de l’opposition pour l’alternance en 2015 ?
 
C’est ce que je viens de vous dire. C’est-à-dire, on est en train d’enlever le focus sur l’essentiel. Pour moi ce qui compte aujourd’hui, travailler pour que les conditions soient créées pour que les élections soient libres, transparentes et crédibles. L’opposition doit se parler et toutes les questions doivent être sur la table. Si nous arrivons à des conclusions heureuses non seulement pour nous les politiciens mais aussi pour le peuple de Guinée, on aura fait un grand pas.
 
Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier mot ?
 
Le dernier mot ce que la Guinée n’a pas de capitaine à bord de son bateau. Et le bateau est en train de chavirer, Ebola est en train de nous tuer, nous sommes devenus la paria du monde. Ça c’est un fait. La pauvreté, elle a gagné toutes les familles, les guinéens ne mangent plus. La division elle a atteint des proportions inquiétantes, la corruption est encore galopante, le détournement des fonds publics se font encore de plus belle. Nous disons au peuple de Guinée, il faut attacher la ceinture car le virage de 2015 il sera important. C’est la rupture que nous vous proposons. Ce n’est pas seulement un changement. C’est une rupture avec un système qui a fait défaut. Et nous voulons des hommes compétents aux commandes de ce pays pour que la Guinée connaisse enfin le bonheur.
 
Merci Dy Faya Millimono.
 
C’est moi qui vous remercie.
 
Propos recueillis par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com
 
 (224) 628 89 66 85 

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