GESTION OPAQUE DES FONDS ANTI-EBOLA : Dr. Sakoba passe aux aveux !

Ces derniers temps, au sein des médias, mais aussi dans la société civile guinéenne, des voix s’étaient élevées pour dénoncer le peu de transparence qui entoure la gestion des fonds dédiés à la lutte contre Ebola. Constatant que certaines personnes faisant partie, soit du comité interministériel, soit de la cellule de coordination, avaient subitement changé de train de vie, ces alerteurs mettaient en garde contre ceux qui s’ingénient à tirer des profits du contexte malheureux amené par Ebola. Eh bien, ces soupçons se seront révélés fondés. Parce que reconnus par Dr. Sakoba Keïta, lui-même.

 

Au cours de la conférence de presse qu’il a animée à Conakry, le coordinateur national de la lutte contre Ebola n’est pas passé par quatre chemins. Selon lui, son équipe a eu le regret de constater  que dans certaines zones où des ONG ont dit avoir fait de la sensibilisation, « le taux d’appropriation ne dépasse pas 15% ». En conséquence, flétrissant ceux qui, sous le couvert de la sensibilisation, se borne à donner l’information de manière lapidaire, comme le ferait un présentateur d’un journal, il a poursuivi : « On veut la présence du dispositif et quels sont ceux qui pratiquent, c’est l’impact que nous voulons, plus de mamaya (folklore, NDLR) à ce propos. C’est ce  qu’on veut arrêter ». Voilà qui est clair !

 

Mais si l’on s’en tient à d’autres aspects de la communication du coordinateur national, la détermination des ONG qu’il dénonce n’est pas à minimiser. En effet, certains responsables qui veulent disposer de l’argent le menaceraient. C’est en tout cas ce qu’il a révélé à travers les propos que voici : « J’ai reçu des SMS, de la part d’inconnus, qui menacent de m’attaquer si je ne leur donne pas assez d’argent pour faire leur sensibilisation. Ils disent que j’ai mis trop de temps pour traiter leurs dossiers. C’est pour cela que les services de sécurité m’ont affectés deux gendarmes pour ma protection. Cet argent ne m’appartient pas c’est pour l’Etat. Maintenant s’il y a des ONG qui veulent tordre ma main pour que je donne deux milliards pour leur sensibilisation à Conakry, moi je ne peux pas cautionner cela ».

 

La Cellule de coordination ne semble pas pour autant céder à l’intimidation. Les risques, comme l’attestent les menaces, sont à la fois réels et énormes. Mais pour autant, l’institution de Dr. Sakoba Keïta voudrait s’en tenir aux principes et surtout n’obéir qu’à la logique de l’efficacité. C’est ainsi qu’une sorte charte pour les ONG souhaitant bénéficier des fonds anti-Ebola vient d’être élaborée. Dorénavant, si une ONG veut avoir de l’argent avec la Cellule nationale de coordination de lutte contre Ebola, elle devra se soumettre aux exigences suivantes :  

Ø  Avoir un agrément en cours de validité délivré par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation,

Ø  Avoir une expérience avérée dans le domaine de la sensibilisation prouvée par un rapport d’activité certifié par le bailleur,

Ø  Avoir un compte bancaire approvisionné à hauteur de 5 millions au minimum,

Ø  présenter un projet dont le montant n’excède pas 10 millions pour la ville de Conakry, et 30 millions pour l’intérieur du pays.

Ø  Le payement de la subvention se fera en deux tranches, 60% à la signature avec la coordination, les 40% restants au dépôt du rapport accompagné de l’appréciation du directeur préfectoral ou communal de la santé de la zone d’intervention.

Ø  La coordination ne procédera à aucun remboursement  d’une activité préfinancée

Anna Diakité, Kabanews

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