GOUVERNANCE : Alpha Condé avoue les nominations-récompenses

S’il est réceptif aux conseils, on suggèrerait une nouvelle fois au chef de l’Etat de sortir de sa logique de justification de son discours du 28 mai et de cesser de se rendre au siège de son parti. Car au lieu de réparer le mal qu’il a commis, ses tentatives de rectifications en rajoutent au problème et pourraient davantage l’enfoncer. Pour preuve, ce samedi, venant tout droit de la coordination mandingue où il est allé s’excuser, Alpha Condé, dans le souci de démontrer qu’il a eu raison de retracer l’histoire du parti et que par ailleurs il est loin d’avoir oublié ceux qui se sont battus pour le hisser où il est, s’est amusé à justifier ce pourquoi il nomme certains cadres issus de la diaspora guinéenne. Et certainement sans le savoir, il avoué ce qu’il s’était jusqu’ici borné à nier, à savoir ses nominations obéissent à la logique des récompenses politiques.
Devant les militants puissamment mobilisés, le chef de l’Etat a notamment déclaré : « Nous nous sommes battus avec des personnes qui ne sont plus de ce monde, mais qui ont des enfants. Aujourd’hui que nous sommes au pouvoir, il ne faut pas que les gens soient étonnés que je nomme leurs progénitures à des postes de responsabilité en récompense du combat mené par leurs parents pour le progrès du RPG ». Il est juste à préciser que ce discours est aussi destiné à apaiser ceux qui ne décolèrent toujours du fait de la nomination au compte du gouvernement actuel de jeunes cadres issus de la diaspora guinéenne et qu’ils ne connaissaient pas nécessairement. On se rappelle qu’au sein du RPG-arc-en-ciel, la première fronde de la part des jeunes cadres est justement partie du fait que ces derniers ne se sentaient nullement représentés dans la composition du gouvernement actuel.
Dans la même logique, le président Alpha Condé a indiqué que la promotion des femmes au sein de sa gouvernance n’a aucun lien avec une quelconque nécessité de prendre compte l’approche genre. Là aussi, il a été conséquent et avoué que c’est parce que ces dernières s’étaient dévouées pour lui au point que certaines d’entre elles n’avaient pas hésité à donner de leur argent en sacrifice pour que lui soit président.
Le non-dit dans ces propos c’est que la compétence n’a rien à voir dans les choix du président. Le dévouement politique des promus ou de leurs parents décédés est l’élément central. De la bouche d’un chef d’Etat, de tels aveux sont si graves qu’on peut comprendre qu’il ait délibérément choisi de s’exprimer en langues nationales, soussou et maninka. Ce qui, à coup sûr, ne le sauvera pas pour autant.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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