GOUVERNEMENT D’UNION : l’opposition divisée

Plutôt surpris par le soudain contexte de détente que la Guinée connait depuis deux semaines, des observateurs prophétisent la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale. Pour eux, cette perspective sera à la fois le couronnement du changement opéré par le président de la république et la garantie de la pérennité du dégel politique. Et on aurait pu s’imaginer que l’idée est saugrenue, tant l’opposition ne devrait pas accepter de se laisser embarquer une telle expérience qui écornerait immanquablement  son image. Mais elle n’est pas si saugrenue. Car parmi les opposants, il y en a qui saisiraient l’occasion.
Au nombre du groupe qui se soit publiquement prononcé en faveur de la solution via un gouvernement d’union nationale, on a Aboubacar Sylla, le porte-parole de l’opposition républicaine. Il l’a fait savoir récemment dans une émission de radio à laquelle il était invité. Conscient de la désapprobation qu’il risque de récolter en faisant ainsi valoir la gourmandise pour le pouvoir, il s’est exprimé sur la question avec une extrême prudence. D’abord, selon lui, il n’est pas question qu’il parte seul. Ensuite, la proposition devra venir du pouvoir sur la base de sa perception de la gravité de la crise sociopolitique et des antagonismes qui traversent la société guinéenne. Ces conditions réunies, il dirait oui à un gouvernement d’union nationale. Quitte à rompre ce consensus à la veille des prochaines échéances électorales d’envergure nationale.
Cette position tranche avec celle qu’Aliou Condé, le secrétaire général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a récemment manifestée. Ce dernier, alors que la question venait d’être posée au lendemain de l’audience que le chef de l’Etat avait accordée au chef de file de l’opposition, avait répondu qu’il n’est pas question que son parti en fasse partie, au cas où l’hypothèse venait à être envisagée. Sa déclaration était cependant destinée à rassurer les militants de l’UFDG qui redoutaient un revirement de Cellou Dalein Diallo à la manière de Bah Oury ou de Sidya Touré.
Mais il devient évident que sa vision des choses n’est pas nécessairement partagée par tous les opposants. Au risque de ruiner la crédibilité de l’opposition, il y en a qui n’hésiteraient pas à manger du cadeau empoisonné qu’on pourrait leur servir. Et c’est dire qu’ils n’ont rien retenu de l’expérience des délégations spéciales.
Fatim A. Sacko, www.kababachir.com 
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