Guinée : Le gâchis économique (43 millions USD) du projet d’électricité solaire, à Kankan

Le mercredi 8 juin, Guineenews© s’est fait l’écho de la relance du projet d’électrification de la Ville de Kankan, et qui devrait couvrir les villes de Mandiana, Kouroussa, Kérouané et les Iles de Loos au large de Conakry (lire ou relire Kankan : relance du projet d’électrification solaire après 8 mois d’arrêt).

Le correspondant de Guinéenews©, Amadou Timbo Barry dans sa dépêche, a fourni les détails dudit projet et qui se présentent comme suit :

Capacité du parc solaire : 8 Mégawatts.

Coût du projet : 43 millions de dollars US

Superficie et lieu d’implantation: 24 ha dans la commune de Karifamoriah.

 Investisseur : Une entreprise Sud Coréenne.

Si ces informations étaient confirmées par la tutelle au ministère de l’Energie, ce serait un projet qui ne résoudrait pas du tout, les vrais problèmes de fourniture du courant électrique nécessaire à la Ville de Kankan et aux 3 autres qui seraient concernées, à savoir Kouroussa Mandiana, Kérouané et les Iles de Loos. Pourquoi ?

(1) Kankan et son agglomération font plus de 450 mille habitants, au bas mot. Même en écartant les autres villes, comment de façon raisonnable, l’on pourrait imaginer que les 8 MW puissent répondre de façon significative á la fois, aux besoins domestiques des ménages et á ceux de la petite et moyenne entreprise locale ?

Une telle approche est tout simplement indéfendable techniquement, et inacceptable pour le bon sens.

(2) Venons-en au coût du projet, soit 43 millions de dollars US, pour une si petite puissance à installer (8 MW).

Comparons les ordres de grandeur du même projet avec ceux qui sont actuellement en développement au Sénégal, pour se faire une meilleure idée du coût réel de l’énergie solaire sur le marché international.

Le premier cas est celui du projet d’énergie solaire de Meouane, dans la région de Thiès à 130 km de Dakar.

La société d’investissement Meridiam et le Fonds Souverain Sénégalais (Fonsis) se sont alliés pour la construction d’une centrale solaire de 30 Mégawatts à Thiès. Le coût du projet est de 27 milliards de F CFA, soit exactement 41,16 millions d’euros, et la mise en service est prévue en décembre 2016.

Selon le contrat, cette centrale photovoltaïque va injecter 30 Mégawatts (MW) sur le réseau de La Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec), avec laquelle un contrat d’achat d’électricité d’une durée de 25 ans a été conclu en 2014.

Quel schéma de financement ?

Le projet solaire a été conçu et développé par la société d’investissement Européenne Meridiam et le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (Fonsis) du Sénégal, en partenariat avec Senergy SUARL, une société sénégalaise de développement de projets énergétiques. Meridiam est l’actionnaire majoritaire de Senergy PV SA.

Le coût de la centrale du projet est réparti comme suit : 22 milliards de FCFA sur un prêt de Proparco, filiale dédiée au secteur privé de l’Agence Française de Développement (AFD), et le reliquat apporté par les actionnaires de Senergy SUARL.

Le deuxième projet solaire est celui de la Banque Allemande de développement, la KFW.

La KFW a accordé au Sénégal un financement de 27 millions d’euros (18 milliards de F CFA ) pour la construction d’une centrale solaire de 15 MW connectée au réseau national.

Les travaux de construction vont démarrer courant 2016, pour une mise en exploitation en 2017, selon Markus Faschina, directeur du bureau dakarois de la KFW. La centrale sera implantée dans la commune de Diass, à proximité du nouvel Aéroport International Blaise-Diagne (AIBD).

Sauf imprévus, le Sénégal commencera en 2017, l’exploitation de la centrale solaire photovoltaique de 15 mégawatts (MW).

La signature du contrat de financement du projet a eu lieu le 22 décembre à Dakar entre  Amadou Ba, le ministre sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, et des officiels allemands.

Le troisième cas est celui de la Société d’investissement Française GreenWish Partners, spécialisée dans les énergies renouvelables.

GreenWish Partners, va lancer son premier projet énergétique en Afrique à partir du Sénégal. Dans un communiqué publié du jeudi 16 juillet 2015, l’entreprise basée à Paris, avait annoncé le démarrage en novembre 2015 des travaux de construction de Senergy II, une centrale photovoltaïque de 20 mégawatts située à Bokhol, dans la région de Saint-Louis au Sénégal, près de la frontière avec la Mauritanie. Son raccordement au réseau électrique du Sénégal est prévu pour Juillet 2016.

Le coût de cette centrale est estimé à 25 millions d’euros. Son financement sera assuré principalement par GreenWish Africa REN.

Pour rappel, GreenWish Africa est un véhicule d’investissement, lancé cette année, et qui a déjà levé 15 millions d’Euros (sur un objectif de 50 millions d’euros fixé pour fin 2015) principalement auprès d’investisseurs privés, mais aussi de la Caisse des dépôts et consignations du Sénégal, selon le communiqué publié par l’entreprise Française.

La Banque Africaine de Développement (BAD) est également associée au financement de la centrale photovoltaïque Senergy II, dont la construction et la maintenance seront assurées par le Français Vinci Energies.

Selon le communiqué de GreenWish Partners, cette centrale « donnera accès à l’électricité à près de 200 000 personnes […] avec un coût au kilowatt-heure inférieur d’environ 50% au prix du mix énergétique actuel. Sur la durée du contrat de 20 ans, cela représente une économie de près de 90 millions d’euros pour l’État ».

Quels sont les enseignements à tirer des projets d’énergie solaire actuellement en développement chez notre voisin Sénégalais ?

(1) En l’état actuel du projet de centrale de 8 MW à Kankan et qui devrait coûter au pays la bagatelle de 43 millions de dollars US, il faut dire tout simplement qu’il ne présente aucun intérêt pour Kankan et les autres Villes qui sont ciblées par le projet. Du moins au plan strictement économique et financier, selon toutes les observations possibles.

Il serait souhaitable que notre pays ait une fois pour toute, une politique énergétique claire et soutenable sur le long terme pour la nation. Sans une volonté politique forte et soutenue, les résultats au bout du compte, risquent d’être catastrophiques pour le pays dans les années à venir.

Car, il est clair et net que le secteur de l’électricité en Guinée, risque d’aller droit dans un gouffre financier sans un changement de stratégie de développement sur l’hydroélectricité, le thermique et le solaire.

(2) Qu’en est-il des solutions alternatives ? Pourquoi ne pas ouvrir un débat plus approfondi au niveau de l’équipe dirigeante économique nationale pour réévaluer les choix de stratégie du Gouvernement et l’orientation actuelle de ses investissements si coûteux et injustifiables.

Dans le cas présent, comme l’ont fait les Maliens pourquoi, ne pas s’orienter vers la construction du barrage hydroélectrique de Fomi pour donner suffisamment d’énergie électrique à la Haute Guinée et à la Guinée Forestière ?

Ou alors pourquoi, ne pas négocier le raccordement du réseau d’électricité de la Haute Guinée et de la Guinée Forestière sur celui de la Côte d’Ivoire ?

Pourquoi, le gouvernement guinéen ne ferait-il pas comme ceux du Mali, du Burkina Faso et du Ghana qui ont fait librement le choix d’acheter une bonne partie de l’électricité produite par la Côte d’Ivoire ?

Sans une ouverture de débat national par les experts nationaux et les grands partenaires au développement du pays, la Nation risque de déchanter amèrement même sur le court terme.

Condé Abou

Washington DC, USA

www.guineenews.com

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