Guinée: Un leader politique s’insurge contre les propos d’Alpha Condé à l’endroit des malinkés (Interview)

Discours controversé du président Alpha Condé, affaire 3ème mandat, recomposition du paysage politique en Guinée, élections locales, adoption à l’Assemblée nationale d’une loi sur la cybercriminalité, le Président du parti Alliance Démocratique pour Renouveau (ADR) se confie à notre rédaction.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu accorder à Kababachir.com, Alpha Oumar Taran Diallo parle de sa formation politique, l’ADR, ses ambitions pour la Guinée et dénonce les dérives dictatoriales du régime en place.

Kababachir.com : Bonjour M. Diallo

 Taran : Bonjour Monsieur Barry

Dans un discours tenu récemment au siège de son parti, le président Alpha Condé a qualifié les cadres malinkés de « malhonnêtes ». Comment vous réagissez à cette sortie médiatique du numéro un guinéen?

Je pense que ce n’est pas le langage d’un président. Un Chef d’Etat qui est censé être un rassembleur et non quelqu’un qui s’attaque à des ethnies. S’il y a des cadres qui à ses yeux se sont mal comportés, il doit les identifier et les sanctionner et non s’attaquer à leurs ethnies parce que c’est comme si on est dans la féodalité .Cela dénote aussi le manque de respect de nos différents terroirs. Sinon la Constitution est claire la dessus, on ne doit pas promouvoir l’ethnocentrisme ou l’ethno stratégie dans les différents discours. Mais depuis que le RPG est au pouvoir, c’est ce que nous entendons, c’est ce que nous voyons. C’est même surprenant que c’est maintenant que ces cadres du RPG réagissent aux attaques du président vis-à-vis des ethnies. On se souvient dans un de ses discours tenus à Kankan, le président Alpha Condé avait dit que la Guinée appartient à trois groupes ethniques. Alors que tout le monde sait qu’il ya quatre grands groupes ethniques en Guinée sans compter les autres ethnies minoritaires. Nous pensons qu’à ce stade, il reviendra aux institutions républicaines, notamment la Cour Constitutionnelle, l’Assemblée nationale et la Cour Suprême, de recadrer le président de la République dans ses discours.

L’idée d’une éventuelle modification de la Constitution pour un 3ème mandat fait débat en Guinée. En votre qualité de leader politique, dites-nous comment avez accueilli cet effet d’annonce du Chef de l’Etat ?

Cette déclaration n’est qu’une diversion pour détourner l’opinion publique du scandale financier dans lequel son fils est cité et faire oublier les revendications syndicales, notamment la question de la réduction du prix du carburant.

La façon dont il (Alpha Condé) a parlé, il a dit que c’est au peuple de Guinée de décider. Je voudrais juste rappeler que s’il a encore ses facultés intactes, je lui rappelle juste que le peuple de Guinée s’est déjà exprimé en 2010 avant même son élection. D’ailleurs c’est l’expression de ce peuple de Guinée qui lui a permis d’être élu à travers la Constitution adoptée en mai 2010.

Dans cette Constitution au niveau de l’article 27  il est établi clairement que le président est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois et qu’en aucune façon un président ne peut avoir plus de deux mandats consécutifs ou non. Donc, s’il est en possession de toutes ses facultés, cela permet de comprendre que le peuple de Guinée s’est déterminé. Il va  arrêter cette histoire parce que j’estime que c’est une violation pure et simple de Constitution.

Récemment les députés guinéens ont voté une loi sur la cybercriminalité qui a suscité la colère et l’indignation des internautes. Est-ce que ce n’est pas une manière de restreindre la liberté d’expression dans notre pays ?

Personnellement j’ai été surpris de voir l’Assemblée nationale voté cette disposition de répression qui peut entraver la liberté d’expression. Mais je pense que la presse devrait attaquer à cette loi devant la Cour Constitutionnelle pour l’invalider, parce qu’à mon avis, cette loi peut entraver la liberté d’expression dans notre pays.

Votre parti, l’ADR  n’est pas très connu dans le paysage politique guinéen. Pouvez-vous nous en parler un peu plus de cette formation politique.

C’est vrai le parti vient de naître. Il a été créé en septembre 2015, nous avons introduit le dossier administratif pour demander l’agrément que nous n’avons pas encore. A cet instant précis, nous avons le droit que nous donne la Constitution de la République qui nous permet de nous constituer en association pour agir en ce moment là. Et nous ne savons pas pourquoi nous n’avons pas encore notre agrément, on n’a pas la réponse du ministère de l’Administration du territoire. Nous estimons que le processus continue et étant une jeune formation politique, nous sommes en train de nous implanter dans le pays et dans certains pays étrangers où il y aune forte présence de la communauté guinéenne.

Même si vous n’avez pas encore l’agrément de votre formation politique, on aimerait bien avoir une idée de votre projet de Société ?

La première chose qui nous a motivés de nous lancer en politique c’est le fait qu’en Guinée, pour participer aux prises de décision il faut appartenir à un parti politique. Parce que les élections nationales ne sont ouvertes qu’aux partis politiques. Donc, si tu veux participer à la prise de décision, soit tu vas à la Société civile, là, tu es consulté, alors que si tu es dans un parti politique, tu es un acteur des prises de décisions. Deuxièmement, quand on a vécu ici notre enfance, on a travaillé ici dans l’éducation, on se rend compte qu’il y a des choses à changer dans notre pays. Donc on s’engage en politique pour apporter notre pierre à l’édifice nationale.

Parlant de programme de société, nous sommes l’un des rares partis à déposer la demande d’agrément accompagnés non seulement des statuts et règlements intérieurs, mais aussi du programme de société, des grandes lignes qu’on a définies. Je prendrai quelques exemples : les institutions républicaines. Vous vous souviendrez que la nomination du président de la Cour des comptes a fait beaucoup de polémique, parce que c’est quelqu’un qui est comptable de la gestion catastrophique de la gouvernance Alpha. Nous par exemple au niveau de l’ADR, nous voulons pour les institutions de ce gendre, qu’on requiert l’approbation des deux tiers des députés de l’Assemblée nationale. Ce qui permettrait au président d’être indépendant dans son travail et ceci permettrait à mon avis à plus de transparence dans la gestion des affaires publiques et amorcer les grands défis du développement.

Ensuite, nous voulons œuvrer en faveur de l’instauration d’un Etat démocratique et d’une justice équitable dans notre pays.

Cela voudrait dire qu’à ce jour, on ne peut pas savoir quel est votre bord politique ?

Nous sommes d’une tendance libérale. Mais nous n’appartenons ni à la mouvance, ni à l’opposition encore moins le centre.

Mais le centre n’est pas prévu dans la Constitution ?

En tant qu’idéologie, le centre existe. Mais en tant que positionnement à travers la charte des partis politiques, non. Parce que la Constitution dit qu’il y a deux tendances en Guinée, c’est la mouvance présidentielle et l’opposition.

Actuellement, nous nous dénonçons certaines choses par rapport à ce qui se passe sur la gouvernance du pays, puisque la Constitution nous donne ce droit en tant citoyen et en tant qu’association. Nous faisons des critiques, nous faisons également de suggestions, mais nous n’avons pas obtenu l’agrément. Mais ce qui est sûr, nous continuons le travail d’implantation du parti à travers le pays et nous comptons aussi prendre part aux futures élections communales et locales à venir, soit en tant que ADR ou autrement, parce que nous nous estimons que le développement, c’est d’abord à la base.

En tant que leader d’opinion, quelle est votre lecture des préparatifs des prochaines élections communales et communautaires ?

Nous disons que c’est très laborieux. Ce qui rend difficile les choses c’est le non respect de  nos textes de lois. Vous avez vu la mise en place des démembrements de la CENI a créé beaucoup de problèmes, parce que ces institutions ne respectent pas les textes juridiques qui régissent le fonctionnement du pays. Sinon, il est clairement établi que les membres de la CENI et ceux de ses démembrements sont constitués suivant la parité Mouvance présidentielle-Opposition ainsi que les représentants du ministère de l’Administration du Territoire et ceux de la Société Civile. Si cela est respecté, on sait qui est de la mouvance, qui est de l’opposition. Ça n’aurait pas eu de problèmes, il n’ya aurait pas eu de polémique.

Certains acteurs politiques évoquent des contraintes juridiques liées au couplage des élections communales et locales. Est-ce que c’est votre avis ?

C’est important de rappeler qu’au niveau du code électoral il est dit que l’élection des Chefs des quartiers et secteurs, se fait à main levée ou on s’aligne derrière son candidat. Or, au niveau de la Constitution, il est dit que le suffrage est exprimé par vote secret. Donc là, c’est une contradiction. Mais c’est une contradiction qui peut être corrigée parce que l’Assemblée nationale existe. Les députés sont d’ailleurs en session de lois. Tout se résume à un problème de volonté. Est-ce que la volonté d’organiser les élections est là, si cette volonté y ait, il n’ya pas de raison de ne pas pouvoir modifier ou corriger une loi.

D’ailleurs on aurait dû cesser de parler d’élections communautaires, parce qu’il n’ya plus des

Mais à côté des contraintes juridiques, la CENI exprime quelques soucis financiers

Comme on aime dire souvent celui qui n’a pas de larmes commence à pleurer très tôt. Nous avons certains moyens qui nous permettent de faire face à ces élections. Ces élections communales là il y a plusieurs circonscriptions électorales. On peut procéder de façon graduelle.

Votre dernier mot

Ce que je veux dire ce que le combat, il faut le continuer  il faut que tout le monde se mobilise et que chacun ait à l’esprit le bonheur du peuple de Guinée. Que le combat ne soit pas pour obtenir un privilège particulier, mais plutôt, qu’on mette en avant les compétences suivant les valeurs et non pour les intérêts personnels.

Monsieur Diallo merci

C’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

 

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