Guinée : Les mines un leurre pour le développement (www.madinamen.com)

La Guinée, depuis plus d’un demi-siècle exporte la bauxite par l’exploitation des usines de Fria, Kamsar (Boké) et Debélin (Kindia), Siguiri (or) et planifie l’exploitation de nouvelles unités d’extractions et de transformations de fer dans la région de la Guinée forestière.

Investissent en Guinée des multinationales (seniors) et des entités de grandes tailles (juniors).La république  de Guinée a l’avantage naturel de renfermer dans les entrailles de son sous-sol tout type de minerais de qualité supérieure convoité par les industries et joailleries des pays industrialisés. Ce scandale géologique pourrait ne jamais profiter aux populations et à l’Etat Guinéen.

Cette éventualité se vérifie chaque fois qu’une concession minière constitue le seul apport de la partie nationale contre  ceux en capitaux, savoir-faire, machinerie  provenant de l’apport en capital de l’investisseur étranger.

Dans une telle configuration, une clause léonines s’invite toujours dans le contrat en faveur du plus riche et plus savant. Après obtention du permis d’exploitation,la stratégie des groupes miniers n’est pas forcément en phase avec celle  du pays.

L’investisseur a pour stratégie d’amortir ses investissements réalisés dans d’autres mines à travers le monde avant de se lancer dans un  nouveau  plan d’investissement ou cherche à passer des ententes profitables afin de céder sa concession pour réaliser des plus-values considérables, tandis que le pays exprime des urgences budgétaires qui doivent être alimentées par les recettes fiscales qui ne peuvent attendre. Cette divergence  de stratégies est souvent source de conflits entre le minier et le pays hôte.

Rio Tinto, pour maintenir sa position de leader sur le marché du fer, doit impérativement se positionner sur la première réserve de fer du monde (mont nimba) et ne se sent pas concernée par les urgences budgétaires de l’Etat Guinéen. De cette relation, s’installe un rapport de force entre les parties.

La fermeture des  ¾  des hauts fourneaux  en chine pour cause de récession économiques avec effet conjugué en Guinée de la fièvre Ebola, ont reporté à des dates lointaines les investissements étrangers initialement programmés dans le secteur minier. Cette conjonction de situation avait détruit des milliers d’emplois actifs et potentiels  et avait tiré la pauvreté  vers des seuils dramatiques.

En théorie, l’industrie minière peut aider à réduire la pauvreté de diverses façons, principalement par la génération de revenus et par la création d’opportunités de développement d’industries latérales ou secondaires.

Dans la pratique,le partage des richesses est fonction des apports en capital et du contrôle de l’information technique et financière. Dans cette réalité, seules les recettes fiscales et les revenus des travailleurs profitent à l’économie nationale. Le solde de la valeur ajoutée créée est entièrement ventilé vers les rubriques rémunérant le capital étranger investi, les actionnaires, et le savoir technique.

Dans ce contexte, la part approximative du secteur minier est une des suivantes : 1) > 5-10 pour-cent du revenu fiscal ; 2) >15-25 pour-cent des revenus à l’exportation ; 3) >3-5 pour-cent du produit national brut(PNB) ou 4) >10-15 pour-cent de la main d’œuvre industrielle.

Dans ces proportions, les recettes fiscales et les revenus des travailleurs même bien réinvestis dans une chaîne de valeur de création de richesses continue et fiable ne peut mener la Guinée vers la richesse et la stabilité économique.

A titre d’illustration, l’usine de Fria, sans aucun plan de fermeture après plus d’un demi-siècle de production,avait causé un drame social et en avait provoqué la faillite de toute une ville.

La première république avait compris que le développement de la Guinée passe obligatoirement par une très bonne politique agricole et mis en marche une approche excellente, mais la mise en œuvre fit défaut (FAPA).  La nouvelle politique agricole  de la guinée doit s’inspirer des meilleures pratiques dans le monde (technique agricole d’Israël) ou rééditer celle coloniale dans une version améliorée et modernisée.

L’administration coloniale française, comprenant les enjeux de l’époque a spécialisé toutes ses colonies dans des types d’agricultures conformément aux besoins de son commerce et celle de son industrie.

Ainsi, dans cette vision coloniale, la Guinée française dotée d’autres avantages naturels et pas les moindres : à savoir les meilleures terres arables des colonies françaises et une ouverture vers la mer,devînt la principale colonie en charge de développer les filières (Ananas, Banane, Café, Cacao) tournées vers l’exportation.

Les principaux employeurs de l’époque étaient les riches planteurs français et  aidèrent la France à mettre en œuvre une politique agricole adaptée à ses besoins économiques.

Les cultures destinées à l’exportation ont été à l’origine d’une richesse considérable partagée par un Etat et des entreprises intermédiaires et cependant plusieurs décennies.

L’agriculture vivrière de l’époque permit aux populations autochtones de s’acquitter des taxes coloniales qui d’ailleurs permirent à la métropole de faire face à l’effort de Guerre (1939 – 1945).

Un programme de développement cohérent pour la Guinée.

La République de Guinée a deux avantages naturels : un potentiel minier et des terres arables. Le programme de développement le plus cohérent et le moins coûteux pour la Guinée est celui qui ancre une politique agricole à celle minière.

Autrement, le secteur minier guinéen doit être un secteur d’appel à l’investissement étranger conditionné à la mise en œuvre d’une politique agricole et énergétique intelligente.

Le concept repose sur le fait selon lequel le secteur minier ne peut être rentable économiquement que si et seulement s’il est troqué contre un secteur agricole moderne et industrialisé qui génère des richesses croissantes et bien redistribuées.

L’autosuffisance alimentaire, la réduction de la pauvreté, la redynamisation du secteur privé, la stabilité économique passera par ce concept.

Cette nouvelle approche suppose la refonte, l’adaptation et la réorientation des programmes de développement qui se sont avérés inopérants.

Les partenaires au développement traditionnels ne partageront certainement pas cette nouvelle orientation pour des raisons occultes. L’Afrique a été toujours considérée comme une réserve de matière première, laquelle alimente les industries des pays du nord.

La Chine et l’Inde offrent une nouvelle opportunité de diversification des partenaires pour la Guinée et permettent de réduire le poids économique, voire politique, des anciennes puissances. La Guinée a  beaucoup à gagner de sa coopération avec la chine et l’Inde à condition d’avoir une vision claire sur son propre développement. Elle peut orienter sa nouvelle coopération dans un sens plus conforme à ses propres intérêts, à savoir : l’accès à des technologies agricoles abordables, mais aussi à une exploitation des terres bénéfiques aux populations sans porter préjudice aux petits exploitants locaux et la formation d’ingénieurs agronomes Guinéens.

La Guinée, peut en outre s’inspirer de la stratégie indienne de développement d’un secteur privé national performant capable de tirer la croissance intérieure et rendre les entreprises locales compétitives sur les marchés à forte concurrence.

Toute forme de nouvelles coopérations devrait être bâtie autour des communautés d’intégration régionale (CIR) plutôt qu’à partir des politiques nationales.

Le Changement nécessite une vision claire, des orientations et de pouvoir faire des choix courageux et responsables.

THIAM  Mohamed Jacob Cabinet Centre de Gestion de Guinée pourwww.madinamen.com

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