HAUSSE DU PRIX DU CARBURANT A N’ZEREKORE : la thérapie de choc du préfet

Décidément, les autorités guinéennes n’en ont pas fini avec les problèmes se rapportant au carburant. C’est ainsi qu’alors que d’aucuns tablent sur une relance très probable de la grève générale par les syndicalistes pour exiger la baisse du prix du litre à la pompe, il se trouve déjà que dans certains coins du pays, on peine même à faire respecter le prix en vigueur. C’est le cas à N’Zérékoré où, nous rapporte-t-on, le litre de l’essence, officiellement à 8000 fg, se négocierait jusqu’à 15.000. une spéculation qui, du fait de sa dure incidence sur la vie déjà pénible des populations, a obligé le préfet, Aboubacar M’bop, à intervenir. Et le remède qu’il préconise est plutôt martial.
En effet, à l’issue d’une réunion avec les responsables de la commune urbaine de N’Zérékoré, il a été retenu que cette hausse vertigineuse est du fait des spéculateurs qui évoluent sur le marché parallèle. En complicité avec certains gérants des stations, ils se faisaient l’essentiel du carburant des cuves des différentes stations de la ville. Créant ainsi une crise, ils s’en serviraient alors pour monter les enchères.
Mais c’était sans compter le diagnostic désormais établi. En effet, à l’issue de la réunion en question, le préfet a tout simplement décidé de l’interdiction du marché parallèle. Se voulant le plus persuasif possible, il a ordonné aux services de sécurité de s’emparer de toute quantité de carburant qu’un commerçant se hasarderait à  exposer au niveau des principaux carrefours. L’espoir étant qu’un un maillon important de la chaine ainsi maîtrisé, on en finirait avec les crises récurrentes et que conséquemment les prix redeviendront normaux.  
Toutefois, la démarche du préfet se heurte à deux principales questions. Tout d’abord, quelles garanties le préfet a-t-il de pouvoir mener une telle action à son terme ? Cette question tire sa source dans une démarche pareille que les autorités au plus haut ont souvent entreprise sans réussir à en faire des succès. Puis, l’autre question est celle de savoir si le préfet, de par son attitude, n’a pas ainsi incarné un Etat policier antinomique du libéralisme ? En effet, s’il est légitime de lutter contre les pratiques frauduleuses, on se demande cependant s’il n’aurait pas mieux fallu mettre en garde les stations-services dont les gérants se rendraient coupables de la complicité évoquée ?  Cette autre approche est d’autant plus appropriée qu’il n’est pas exclu que la crise en question soit vraiment une conséquence d’un dysfonctionnement de la chaine d’approvisionnement.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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