Ibrahima Bomboli Bah: « Notre mission est de regrouper tous les guinéens »

Au cours de notre séjour au pays du soleil levant, www.kababachir.com est allé à la rencontre du Président de la communauté guinéenne du Japon.

Ibrahima Bomboli Bah, fraichement élu à la tête de la diaspora guinéenne du Japon, compte s’investir  activement pour l’unité des tous les guinéens et appelle à une prise de conscience collective afin d’œuvrer en faveur du développement socio-économique de notre pays, dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu accorder à votre quotidien électronique.

www.kababachir.com: Bonjour M. Bah,

Ibrahima Bah : Bonjour M. Barry

Veuillez vous présenter à nos lecteurs.

Je suis Ibrahima Bomboli Bah, je suis originaire de Pita, dans un petit village qu’on appelle Bomboli, je suis né là et je vis au Japon ici depuis 23 ans.

Vous avez été élu récemment, Président de la Communauté guinéenne du Japon, qu’est ce que cela représente pour vous ?

Je sens une certaine fierté à moi. J’ai été plébiscité par la majorité des guinéens, qui ont eu confiance en moi, ils m’ont confié leur situation pendant au moins les deux premières années. C’est un sentiment de réconfort.

On imagine que vous n’étiez pas seul sur la liste des candidats. Qu’est ce qui a joué en votre faveur, selon vous ?

 Tout à fait. Je n’étais pas le seul comme vous le dites. Il y avaient deux candidats pour la présidence. Mais je crois que le programme a un peu joué sur la balance et surtout la popularité, il y a aussi cet aspect là qu’il ne faut pas perdre de vue.

Maintenant que vous êtes élu pour un mandat de deux ans, quels vont être vos priorités ?  

Nos priorités sont multiples. La première priorité est d’abord de chercher à ramener le tissu social en place. Il faut remettre les guinéens en confiance, il faut rétablir l’amour entre les guinéens. La Guinée d’avant et la Guinée d’aujourd’hui, je pense qu’il y a un peu d’écart. Pour qu’il y ai quelque chose qui peut être bénéfique pour notre pays, il faudrait que nous conjuguions le même verbe, tous les guinéens. Il faudrait qu’on se donne les mains, qu’ensemble on puisse faire quelque chose pour notre pays.

Comment vivent les différentes communautés guinéennes ici ?

Vis-à-vis du gouvernement Japonais, les guinéens n’ont pas tellement de problèmes dans la mesure où ils savent que les guinéens ont deux problèmes majeurs. Premièrement,  chercher du travail et en seconde position, chercher femme. Pourquoi femme? Parce que c’est le papier. On ne gagne de papier au Japon qu’à travers les femmes. Les japonais sont convaincus que les guinéens ne sont pas dans cette affaire de criminalité ou dans des affaires louches.    

Ya-t-il des contacts entre les guinéens ici?

Il y a des contacts mais je pense que nous devons mieux faire parce que les choses ont changé. Avant et maintenant il y a une certaine différence. Nous devons beaucoup travailler la dessus pour que la confiance revienne entre nous.

Au delà de Tokyo il y a des guinéens en région, notamment à Nagoya, Kyoto, etc…  Est-ce qu’ils sont en contacts avec la forte communauté guinéenne de Tokyo ? 

Une très bonne question. Nous venons à peine aux affaires, nous avons pour mission d’abord de récapituler, faire un recensement général de tout guinéen vivant dans ce pays, où qu’il soit, qui qu’il soit. Notre mission est de regrouper les guinéens pour qu’ensemble on puisse se donner les mains et travailler notre pays. On en a besoin, la Guinée en a besoin et chacun de nous constitue une pièce maitresse pour le développement de notre pays.

Vous avez sans doute des rapports avec l’Ambassade de la Guinée au Japon. Mais est-ce que vous avez une idée sur le nombre de guinéens vivant dans ce pays ?

  D’abord je commence sur le premier volet de la question. Effectivement nous sommes régulièrement en relations avec l’Ambassade. Il faut reconnaitre que l’Excellence qui est là, Monsieur Sylla, il n’a ménagé aucun effort, depuis qu’il est venu ici, il est vraiment à la disposition de la communauté guinéenne. Il a toujours cherché à réunir les gens, il veut toujours que les guinéens se partagent tout ce qu’il y a de commun. Il a toujours créé l’unité entre les guinéens et à chaque fois que l’occasion se présente, il le manifeste. Ça, nous lui restons reconnaissants.

Pour ce qui est du nombre exact des guinéens, on peut estimer à 500 guinéens environs. Bien sûr on n’est pas dans le même coin, parce qu’il y a différentes régions, les uns sont par là, les autres de l’autre côté. Mais en général, si on parvient à faire ce recensement, on parviendra à retrouver au minimum 500 Guinéens dans ce pays. Bien sûr il y a des gens qui viennent de temps en temps, des boursiers, des stagiaires, …Il y a également ce genre de guinéens qui sont ici. Certains ne sont pas vraiment récapitulés dans la communauté. Souvent il y a en a qui viennent ici, mais on n’est même pas informé. Mais à chaque fois que nous sommes informés on tente de les joindre.

Est –ce qu’il y a une difficulté d’intégration, parce qu’on le sait bien tous ne sont pas en règle vis-à-vis des autorités japonaises et les statuts sont différents d’une manière générale?

L’intégration, ça pose problème. Pourquoi ? Nous avons différentes cultures. Le pays hôte est un pays qui vraiment joue trop sur cette affaire de papier. Quand tu n’es pas en règle dans ce pays, joindre les deux bouts, ça te pose vraiment de problème. Ici, c’est le papier d’abord, la pièce maitresse, c’est le papier. Il faut être régulier. Tu n’es pas régulier, même avoir du travail ici, ce n’est plus comme avant. Les choses ont changé de sorte que désormais il faut absolument être en règle pour pouvoir travailler dans le pays. Tu n’es pas en règle, tu ne peux rien.  

Mais on image qu’il y a quand même une opportunité de travail pour les expatriés ?

Les expatriés en règles, oui. Quand tu es dans les normes, tu peux travailler, il y a beaucoup d’opportunités.

Le Japon est loin de l’Afrique ce qui fait que le japonais ne connait pas beaucoup l’Africain. Quelle perception le japonais garde-t-il du noir ?

J’avoue que c’est comme si on parle d’un nouveau continent. Le japonais prend l’Afrique comme un nouveau continent. C’est maintenant que les japonais ont les yeux sur l’Afrique. Et Maintenant, ils ont compris ce que sait que l’Afrique et ils cherchent davantage à y être et à s’implanter, ils tiennent maintenant à l’Afrique. Ils ont compris qu’ils ont besoin de l’Afrique et que l’Afrique est une partie intégrante de ce monde. Je vais ouvrir une parenthèse. Vous avez vu comment la Chine s’est implanté en Afrique avec force. Et c’est surtout ce qui a motivé le Japon qui a compris qu’étant là, la Chine a fini par occuper les grandes places. Il faudrait aussi que le Japon aussi cherche à se positionner. Ça devient une certaine concurrence entre eux. Ce sont des voisins, mais la Chine est déjà loin en Afrique, c’est pourquoi aujourd’hui le japon lutte par tous les moyens à travers les investissements, la coopération, les grandes compagnies cherchent à tout prix à s’implanter.     

A travers le TICAD, le Japon s’est rendu compte qu’il est distancé par les Etats-Unis, l’Union Européenne et la Chine, en termes d’opportunités d’affaires. Mais malgré son réveil tardif, le Japon laisse encore planer le doute car des obstacles existent encore quant aux procédures l’intégration des expatriés. Est-ce qu’il n’ya pas une incohérence ?

Vous savez, le Japon n’est pas un pays d’immigrants. C’est surtout ce qu’il ne faut pas perdre de vue.  Ce n’est pas comme l’Europe ou les Etats-Unis C’est maintenant, par la force des choses, que le Japon est en train de comprendre qu’il faut une certaine ouverture, il faut le frottement, il faut d’autres, en dehors des japonais dans leur pays, il faut qu’ils se mêlent aux autres pour pouvoir continuer. Vous avez vu, le Japon était la deuxième puissance économique mondiale, mais la Chine occupe désormais la 2ème place et le Japon est 3ème. Tout ça là les a motivés et le Japon a compris qu’ils sont en train de reculer. Le TICAD là, ce n’est pas pour rien. C’est une manière de récupérer ce qu’ils ont perdu. Ils ont perdu beaucoup de choses, surtout vers l’Afrique qu’ils ne connaissaient pas. Si je me réfère par exemple à la Guinée, c’est depuis au temps du premier régime que les japonais ont voulu s’implanter en Guinée. Mais par la force des choses, ça n’a pas marché comme ils envisageaient. Ce qui fait que quand ça échoué du côté de la Guinée ils se sont braqués du Brésil. Donc les différents projets qui devaient être réalisés en Guinée ont été orientés au Brésil.

Le Président Alpha Condé était au Japon dans le cadre du TICAD, mais apparemment on se rend compte qu’il n’a pas rencontré la Communauté guinéenne vivant dans ce pays 

Pratiquement, on n’a pas eu la chance de le rencontrer, nous-mêmes on pensait qu’il aurait sollicité nous rencontrer, mais on ne sait pas si c’est son calendrier qui devait être chargé, on ne sait pas, mais on aurait souhaité le rencontrer quand même, parce que c’est notre Chef.

Le renouvellement des passeports constituent un casse-tête pour la plupart des guinéens de la diaspora. Est-ce que le cas aussi  au Japon ?

Il est plus facile d’avoir de l’or ou de diamant ici au Japon que d’avoir un passeport guinéen. C’est pratiquement impossible.  

 Personnellement, avant même de venir aux affaires, j’ai plusieurs fois discuté avec l’ambassadeur, je l’en ai parlé à plusieurs reprises. Maintenant que Dieu a fait que je suis le premier responsable de la Communauté guinéenne d’ici, je m’investirais davantage.  Et à chaque fois qu’une autorité guinéenne viendra ici, si j’ai l’occasion de rencontrer cette délégation, je ne cesserai de les interpeller, parce que ça fait un grand problème aux guinéens. Les passeports sont épuisés, on ne peut pas les avoir. Il faut absolument partir jusqu’en Guinée. D’ailleurs ça fait partir de ce qui retarde certains guinéens ici. Les japonais ne peuvent pas te donner des papiers si tu n’as pas un passeport. Ça pèse sur les guinéens qui n’ont pas de papier ici, parce que tu n’as pas de passeport, tu n’as pas la chance d’avoir de séjour ici, parce que c’est le passeport qui certifie que tu es venu de tel pays.

On connait la contribution de la diaspora dans le développement socio-économique de la Guinée. Est-ce que vous avez des projets de retour ?

    Naturellement, on n’est jamais plus bien que chez soi. La charité bien ordonnée commence par soi même. Ici on est  des hôtes,  nous sommes des étrangers. Chacun de nous a dans sa tête que je rentrerai chez moi. Et pour rentrer, chacun se prépare conséquemment. Nous avons tous envie de faire ceci ou cela. Bien sûr on a beaucoup de nos compatriotes qui ont aujourd’hui un pied ici un pied là bas.  Et il y en a qui se sont mêmes investis dans ça. Le retour, ça, nous le souhaitons tous, nous le pouvons et nous sommes la dessus.

Beaucoup de jeunes sont tentés par l’aventure que ça soit en Europe ou aux Etats-Unis ou même le Japon. Vous qui avez vécu ici pendant de longues années, quels conseils pourriez vous apporter à ces jeunes ?

Pour celui-là qui est en Guinée par exemple, qui n’est pas sorti, qui n’a jamais fait l’aventure, tu ne vas jamais lui faire comprendre : ‘’écoute, ne bouges pas’’ même si tu mets tout à sa disposition là bas et qu’il te prenne au sérieux. Il va toujours te prendre comme un égoïste. Il dira parce que lui il est sorti, il a ceci, il a cela, c’est pourquoi il ne veut pas que moi je sorte. Non ! Mais ce qui est dans cette histoire d’aventure, il faut le vivre pour le connaitre. C’est plein de mystères, c’est plein de secrets.  En aventure, beaucoup de choses se passent, il vaut mieux ne pas le connaitre. Et ne pas le connaitre, c’est rester là. Il n’est jamais mauvais de rester chez soi. On a des nos frères, nos compatriotes qui sont là au pays, qui sont assis avec leurs femmes, leurs enfants, leurs papas, mamans, qui voient tout le monde chaque jour. Qui est malade ?, on sait. Qui a mangé ? On sait. Qui n’a pas mangé ? Qui a besoin de telle ou telle chose ? On le sait. Etant ici, même si tous les jours tu envois l’argent, ça ne va jamais se passer comme si tu étais présents. La vie familiale n’a pas de prix. C’est la chose la plus honorable chez un homme, vivre avec sa famille. Et surtout encore, à domicile.

Parlant de la culture japonaise, qui est différente de l’Afrique, mais aussi de l’occident, quel lien comparatif pouvez-vous nous faire ?

D’abord j’apprécie du fait que les japonais sont trop conservateurs. Mais nos différentes cultures dans leur pays là, ils en tirent beaucoup de profit. Ils s‘en intéressent beaucoup. Même en Guinée, il y en a qui viennent vivre et apprendre beaucoup de choses,  apprendre par exemple à danser et pleins d’artistes. Et puis hormis tout ça, par le canal de la JICA, il y a pleine de choses entre l’Afrique et le Japon. Ils s’intéressent beaucoup à la culture étrangère.

Est-ce que le Japonais est raciste ?

Il y a des ces villages ici Japon quand tu viens tu te rends compte pratiquement qu’ils n’ont jamais vu un noir. Même si tu ne comprends pas la langue, mais tu vas te dire c’est peut être la première fois qu’ils voient un noir. Mais à Tokyo, ce n’est pas le cas. Ici ils ont compris que nous sommes des êtres humains comme eux, on partage tout.

En tout cas tout dans la rue comme dans les trains ou bus, on sent quand même une certaine discipline, un certain respect de l’autrui

Le Japonais, c’est l’éducation. Il a le respect du voisin. D’abord au Japon ici, peut être que vous avez du le constater, quelque soit l’urgence que tu as, tu ne peux pas décrocher un téléphone dans un train ici, tu ne peux pas décrocher ton téléphone dans un bus. C’est absolument impossible. D’abord en montant dans les trains, ils ne finissent pas de passer les communiqués que chacun mette son téléphone en mode silence. Il ne faudrait pas qu’on m’appelle et que mon téléphone sonne pour que je te dérange toi mon voisin, il ne faudrait pas que tu entendes le bruit de mon téléphone, à plus forte raison que je décroche. C’est pratiquement impossible et interdit. D’ailleurs, la cigarette tend à être quelque chose de prohibé dans le pays. Même les fous savent que maintenant la cigarette si ce n’est pas les lieux aménagés, tu ne peux pas toucher à une cigarette. Même en conduisant ta propre voiture, tu ne peux pas décrocher ton téléphone, parce que la sécurité est de rigueur et la loi est faite pour tout le monde ici.

Nous sommes au terme de notre entretien, quel est votre mot de la fin ?   

 Vraiment, la Guinée vient de loin. Mon message serait d’appeler à tous les guinéens, où que tu sois, à une certaine prise de conscience, il faudrait qu’on se rende compte qu’on a beaucoup subi et qu’on a beaucoup de talent. On a eu notre indépendance il y a une soixantaine d’années, les choses n’ont pas été comme ce qu’elles devaient être. Et cette faute, moi je l’impute d’abord à ma personne et à tout autre guinéen dans le monde. Ça veut dire que nous sommes tous responsables. Personne d’entre nous n’a fait ce qu’il devait faire pour qu’on ne soit pas là aujourd’hui. S’il y a eu ce recule là, c’est parce que nous nous sommes tous trahis nous-mêmes. Chacun de nous est responsable, on aurait dû être plus loin que ça, on aurait pu beaucoup avancer. Si on avait l’esprit patriotique, on aurait du percer plus loin. Mais nous sommes responsables ce qui nous ont arrivés. Soyons-unis pour que la prospérité revienne, pour que la dignité humaine revienne chez nous. Il ne faut pas qu’on se mette à se boxer entre nous pour gagner quoi ? Ça ne nous arrange pas, ça ne nous amèneras nulle part. Les guinéens doivent faire une prise de conscience. Nous devons tous être conscients qu’avec notre retard, nous avons failli à notre mission. Que la prise de conscience soit le moteur de notre développement.

Aux guinéens du Japon, je leur salut, je leur exhorte de redoubler les efforts. La route est longue, il faudrait qu’on atteigne notre objectif. Ici, vous n’avez pas besoin de prier quelqu’un pour travailler, parce qu’ici même votre maman ne peut pas vous empêcher de travailler. Votre fils, votre épouse vont toujours faire en sorte que vous puissiez aller au travail. Personne ne peut vous en empêcher. Ça veut dire ici que c’est le travail qui paie, donc tout le monde au travail et l’unité nationale doit être la priorité de chacun d’entre nous.

M. Bah, merci

C’est à moi de vous remercier.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, envoyé spécial Kababachir.com à Tokyo D

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