‘’Il faut que les guinéens se réveillent pour tourner la page de M. Alpha Condé’’ (Hamidou Barry)

Dissident de NFD de Mouctar Diallo porté à la tête d’une formation politique, Hamidou Barry, Président du Parti Citoyen pour la Défense des Intérêts Collectifs (PCDIC) analyse la situation sociopolitique en Guinée, à 4 mois de la présidentielle, prévue en octobre prochain.

Ce jeune leader politique qui nous a accordé un entretien, comme beaucoup des membres du FNDC, pose des conditions préalables pour la participation de sa formation politique à la prochaine présidentielle guinéenne, dont le retrait du président Alpha Condé de la course pour le fauteuil présidentiel.

Lisez ….

Trois mois après le double scrutin contesté du 22 mars dernier, quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle du pays ?

Hamidou Barry : Comme vous le savez bien, nous étions opposés à la tenue de ce double scrutin (législatif et référendaire). Pour la simple raison que le cadre idéal ne s’y prêtait pas. Malgré notre opposition, le pouvoir s’est entêté en organisant ces élections qui étaient inopportunes, et imposer cette Constitution qui n’a jamais reflété d’ailleurs la volonté populaire.

  A partir du moment où la majorité de la population guinéenne était opposée à la tenue de ce scrutin, il ne fallait pour y aller sans les ténors de l’opposition. Mais le pouvoir a copté des nains politiques qui voulaient profiter des avantages et privilèges liés à la fonction de députation au détriment de la population. On a estimé que cela n’était pas opportun.

Malgré le rejet des ténors de l’opposition et l’appel de la communauté internationale, Alpha Condé a fait le forcing en organisant le double scrutin pour faire passer le fameux projet de reforme constitutionnelle. Y a-t-il un agenda caché selon vous ?

Cette constitution nous a seulement été imposée dans le seul but d’octroyer à M. Alpha Condé une présidence à vie. Il ne faut pas se voiler la face par rapport à ça. Et vous avez suivi le débat sur la nouvelle Constitution qui est sur la toile aujourd’hui. Il est même inopportun qu’on se prononce sur une Constitution qu’on ne reconnait pas.

Mais qu’à cela ne tienne, nous suivons l’actualité et nous participons au débat pour la construction d’un Etat de droit dans notre pays. Vous avez suivi récemment le débat sur la nouvelle Constitution dans une émission de RFI. Vous voyez le pouvoir est en manque d’arguments. Et le pire, on nous propose une mouture de Constitution et le Président Alpha Condé promulgue une autre constitution. Nous sommes dans quel pays ?

Cela dénote une trahison au peuple de Guinée au sommet de l’Etat. Dans un pays normal les auteurs de ce coup d’Etat constitutionnel devraient  répondre de leurs actes devant les juridictions pour que des tels actes ne se reproduisent plus. Mais, figurez-vous, ils sont là pour juste amuser la galerie, ils sont là au service d’un homme au lieu d’être au service de la nation. Or, comme vous le savez, les hommes passent, mais la nation reste. C’est pourquoi, nous interpellons les acteurs à tous les niveaux de se battre pour servir la nation et non pour servir un homme.

Aujourd’hui la question de la candidature du président Alpha Condé se pose. L’opposition rejette déjà la date du  18 octobre pour le scrutin présidentiel et exclu toute participation du Président sortant. Craignez-vous une nouvelle fois le scénario du 22 mars dernier, où l’opposition s’est exclue d’elle-même au double scrutin ?

Je pense qu’il est temps que l’opposition et l’ensemble de peuple de Guinée résistent face à ce clan qui est en train de tout faire pour  imposer une dictature en Guinée.Parce que tant que ce clan est là, nous irons du mal en pire. Ce sont des gens qui sont en train de se servir de nous pour dérouler leur agenda machiavélique.

Nous pensons qu’il est temps que la jeunesse guinéenne se réveille pour barrer la route à une dictature comme c’est le cas au Mali actuellement. On a vu, il ya eu des manifestations de grandes envergures, il n’ya pas eu de casses, ni des morts. En Guinée à chaque fois qu’il y a une manifestation, on a l’impression que ce gouvernement est sans foi ni loi. Un gouvernement qui tue, qui assassine, qui fait la terreur partout.

Qu’est-ce que ce dernier remaniement ministériel du gouvernement vous inspire ?

C’est juste une façon d’approcher Amara à la place de Zaoro pour rouler les uns à la place des autres. Mais pendant ces dix dernières années, on n’a pas eu une équipe neuve capable de conduire correctement les destinées du pays. A l’arrivée de du Premier ministre Kassory, on avait dit que c’était un gouvernement proche du peuple. Mais à la lumière de ce qu’on a vu, on s’est rendu compte que c’était un gouvernement qui était d’ailleurs très loin des attentes des populations.

C’est pour vous dire qu’on a rien vu de nouveau. M. Condé approche juste des gens pour dérouler son agenda caché, qui est celui de vouloir s’octroyer une présidence à vie. Donc ce sont des gens qui sont là juste pour s’enrichir et servir le Président Condé au lieu de servir la nation.

Nous pensons qu’il est temps que cette façon de gouverner change dans ce pays.

Que pensez-vous de la main tendue du gouvernement pour un dialogue avec l’opposition, en prélude des prochaines consultations électorales ?

Nous pensons que cette main tendue n’est pas une main franche, c’est une main noire pour tenter encore à rouler l’opposition dans la farine.

Pour notre participation à la prochaine présidentielle, il faut d’abord qu’il y ait des préalables, à savoir : un fichier électoral propre, qui reflète la représentativité de la population guinéenne, il faut également libérer tous les détenus politiques issus des rangs du FNDC, dissoudre l’assemblée nationale et le retrait de la Constitution qui a été imposée au peuple de Guinée et que le Président Alpha Condé ne se représente pas candidat à la présidentielle.

Si ces conditions sont réunies, il n’y a de raison qu’on n’aille pas à des élections inclusives.

Mais à ce stade, il est hors de question qu’on accepte d’affronter  M. Alpha Condé parce qu’il a juré deux fois sur la Constitution de 2010, dont il est tenu obligé de respecter. Si ce n’est pas le cas, nous ne voyons pas comment participer à ces élections. 

Le FNDC projette une marche le 08 juillet prochain en pleine de période pandémie COVID-19. Pensez-vous que c’est opportun d’organiser une manifestation avec l’état d’urgence sanitaire ?

C’est opportun à partir du moment où le pouvoir profite de cette période de trêve pour faire dérouler son agenda machiavélique. Les Etats-Unis est l’un des pays les plus touchés par cette pandémie COVID-19. Mais  il y a eu combien de marches là-bas ? Le Mali voisin, c’est pareille. Donc la Guinée ne peut pas faire exception à la règle.

Malgré la pandémie COVID-19, les arrestations des opposants se poursuivent. 

A partir du moment où la marche demeure un droit constitutionnel, rien ne nous empêchera de marcher. Nous ferons en sorte qu’on tourne la page du RPG et de son  clan afin que le pays retrouve son élan de développement.

Le seul souci de ce gouvernement aujourd’hui c’est de se pérenniser au pouvoir, mais nous allons transformer leur rêve en cauchemar.      

Il faut que les guinéens se réveillent pour tourner définitivement la page de M. Alpha Condé.

Votre regard sur la gestion de COVID-19 par les autorités en place

Nous félicitons l’ANSS par rapport aux efforts qui sont en train d’être déployés pour en finir avec cette pandémie. Mais nous déplorons la politique qui est derrière ça pour que cette maladie ne finisse pas. Parce qu’aujourd’hui, un peu partout dans le monde, nous tendons vers le deconfinement. En Guinée, l’état d’urgence sanitaire est encore en vigueur jusqu’au 15 juillet et pourrait être même reconduit, malgré les conséquences économiques et sociales. Vous voyez les agents de sécurité continuent à racketter les pauvres citoyens. Ce sont des faits déplorables. Nous pensons qu’il est temps qu’on parte vers le deconfinement en raison de l’impact de la pandémie sur les activités économiques.

Dans le plan de riposte contre la COVID-19, le secteur de l’enseignement privé est ignoré dans les mesures d’accompagnement annoncées par le gouvernement

Oui. Cela dénote une nouvelle fois l’irresponsabilité de l’Etat de jouer pleinement son rôle. Le Chef de l’Etat doit agir en tant que père de famille, surtout quand un secteur est affecté. Mais à la surprise générale on se rend compte  que c’est un gouvernement dont la mission est de remplir les poches sans se soucier des problèmes essentiels du pays. Il y a tant de secteurs qui devaient être accompagnés.

Quel est aujourd’hui  le niveau d’implantation de votre parti, moins d’une année après votre départ de NFD de Mouctar Diallo ?

Je vous pari qu’il y a un grand engouement par rapport au leadership jeune qui est en train d’émerger. Nous pensons que nous sommes en train de faire des très bons résultats.

  A ce jour, notre parti, le PCDIC est  implanté dans une bonne partie des préfectures de la Basse Guinée. Dans d’autres localités de la région, l’implantation est encours. De même que la sous-région, notamment en Sierra Léone, au Sénégal, en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire, on a des antennes. Au niveau international, on est présent dans la plupart des pays Européens. On est représenté aussi aux Etats-Unis et en Chine.

Nous invitons les populations guinéennes de venir massivement au sein de notre formation politique afin d’épouser les valeurs qu’incarne le PCDIC et voir ce qu’on a à vendre en termes de projet de société.

D’aucuns pensent en tant que ‘’petit parti’’, membre du FNDC, vous êtes en train de vous abriter derrière les grands formations politiques pour se faire connaitre. Que répondez-vous ?

 Loin de là. Quand le FNDC appelle à une réunion, nous venons, nous participons au débat. Mais, rassurez-vous qu’après la réunion, nous nous retranchons derrière la base pour travailler à l’interne.

Si vous constatez sur les réseaux sociaux, chaque weekend, nous continuons l’implantation du parti. Le dernier cas remonte le weekend dernier à Sonfonia centre 2, où nous avons mis en place, une section de base et le weekend prochain, nous serons à Matam pour mettre en place la première Fédération de PCDIC à Matam.

C’est pour vous dire que c’est un parti qui se battra pour unir les guinéens autour des idéaux de paix, de justice et du développement afin de favoriser une alternance démocratique en Guinée.

 Votre mot de la fin

Nous pensons qu’il est temps qu’on apporte du sang neuf à ce pays pour montrer ce de quoi nous sommes capables. C’est pourquoi, dans notre projet de société, nous misons beaucoup sur la formation, la promotion et le développement du leadership de la jeunesse et du genre. Si les guinéens nous accordent leur suffrage, nous œuvrerons en faveur d’une justice indépendante.

Nous ambitionnons également de nous investir afin d’accompagner le programme de développement de tous les secteurs socio- économiques du pays, à savoir la santé, la sécurité, les infrastructures, l’environnement, l’agriculture, l’élevage, la pêche l’artisanat, le Tourisme,… afin de favoriser la création de la richesse et de l’emploi.

Monsieur Barry, merci

C’est à moi de vous remercier.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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