Isto Kéïra:  » nous connaissons qui est qui dans ce pays… »

La culture et le sport, c’est sa première langue. L’homme s’y connait. Et Fodéba Isto Kéïra vient de le prouver dans un entretien accordé à nouvelledeguinee.com. Le secrétaire général du ministère de la Culture, des Sports et du Patrimoine Historique n’a pas voulu verser dans la langue de bois. L’ancien ministre du CNDD a abordé avec sérénité et aisance toutes les questions relatives à la vie culturelle et sportive de la Nation. JO de Rio, Guinée 2023, création de la Ligue de Football Professionnel, état actuel de la culture en Guinée, Fodéba Isto Kéïra n’a occulté aucune question. Interview !

Nouvelledeguinee: bonjour monsieur le ministre. Avez vous des nouvelles des sportifs Guinéens présents aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro ?

Fodéba Isto Kéïra: oui, effectivement. Les nouvelles sont bonnes. Nous avons le ministre Siaka Barry qui conduit une délégation de quinze personnes. Il faut préciser que nous compétissons dans trois disciplines: l’athlétisme, le judo et la natation. Donc, c’est le principe d’universalité, en fait, qui a été respecté. Parce qu’il y a les pays qui se qualifient sans qu’ils ne compétissent de façon préliminaire. Donc, grâce à ce critère de l’ universalité notre pays est présent à Rio. C’est une fierté pour tout les Guinéens d’être présent dans la plus grande compétition au monde.

Nouvelledeguinee: est ce que l’ Etat a pu mobiliser les ressources nécessaires afin de permettre à nos sportifs de mieux défendre le Rouge, Jaune, Vert ?

Fodéba Isto Kéïra: oui. Il faut avoir l’honnêteté de dire qu’on a eu beaucoup de problèmes au niveau de la préparation des athlètes parce que, qui parle de natation parle de piscine olympique. Vous savez que nous n’avons qu’une seule piscine qui date des années 60 et qui ne répond plus aux normes olympiques. Mais, malgré cela, il y a un embryon d’équipe nationale parce qu’il y a une Fédération Guinéenne de Natation qui se bat. Nous sommes en train de trouver les possibilités de construction des infrastructures sportives pour répondre aux normes et parmi lesquels, justement, figure la construction d’une piscine olympique. Il en est de même pour les autres disciplines comme le tir à l’arc, des nouvelles disciplines qui viennent de naître dans notre pays. Malgré cela, le gouvernement s’y est investi matériellement et financièrement dans la préparation des athlètes/ Vous savez, les Jeux Olympiques, c’est le haut niveau. Mon rêve, que la Guinée aie au moins une médaille. Mais, il ne faut pas rêver lorsque vous avez de grands athlètes confirmés, qui, en plus de leur expérience, la compétition dans les jambes comme on le dit dans la jargon sportif. Moi, je pense qu’il ne faut pas s’attendre à grand chose. Mais, l’important chez nous, c’est de participer. D’ailleurs, l’un des objectifs de l’ Olympisme, c’est d’abord la solidarité, la fraternité entre les peuples. Donc, sur ce plan, je pense que nous pouvons nous estimer heureux.

Nouvelledeguinee: vous venez de parler de l’arrivée de nouvelles disciplines sportives dans notre pays. Que faites vous, concrètement, pour promouvoir des sports traditionnels comme la lutte ?

Fodéba Isto Kéïra: vous savez que nous sommes là depuis mars 2016 comme secrétaire général du ministère en charge des sports, de la culture et du patrimoine historique. Il y a eu une demande de la Fédération Guinéenne de Lutte Nous avons pris acte de cette correspondance. Donc, ça été quelque chose d’extraordinaire pour eux que l’ Etat accepte, pour une fois, que notre équipe nationale de lutte puisse partir compétir sur le plan international et qui, d’ailleurs, ça va vous surprendre, nous a ramené des trophées, des médailles. Donc, c’est pour dire qu’il y a des disciplines qui sont ségréguées aujourd’hui.Pourtant, si elles sont aidées, elles pourraient ramener beaucoup de trophées à la Guinée. J’en ai pour preuve le Karaté, le judo, la boxe. Nous avons beaucoup de médailles dans ces disciplines. Nous sommes en train de mieux structurer la lutte traditionnelle et, surtout, la professionnaliser. mais, en attendant, il faut la vulgariser et faire en sorte que la Fédération Guinéenne de Lutte puisse avoir les moyens de sa politique et bénéficier du soutien matériel, moral et financier du gouvernement. Nous sommes sur cette lancée.

Nouvelledeguinee: bientôt la  » Quinzaine Artistique ». Vous l’avez annoncé dernière au cours d’une conférence de presse. Quels sont les objectifs visés ?

Fodéba Isto Kéïra: il s’agit du Festival National des Arts et de la Culture. La  » Quinzaine Artistique » a déjà eu lieu l’année dernière. Elle représente les phases préliminaires et le Festival National des Arts et de la Culture, c’est la phase finale. Donc, ce sont les meilleures disciplines culturelles et artistiques des quatre régions naturelles qui vont se donner rendez-vous à Conakry du 05 au 10 septembre prochain. L’objectif recherché, c’est d’encourager la créativité de nos artistes, stimuler la culture de l’excellence. Vous savez que dans les années 60, 70 et 80, la Guinée occupait la tête du peloton dans le domaine des arts et de la culture. Après 1984, il y a eu un relâchement. Mais aujourd’hui, il y a la volonté politique manifeste. Parce que, dans la lettre de mission de monsieur Siaka Barry, ministre des sports, de la culture et du patrimoine historique, figurent en bonne place l’organisation du Festival National des Arts et de la Culture, l’organisation des états généraux pour, qu’enfin, nous puissions avoir une politique culturelle qui est absente depuis 1984. Donc, c’est véritablement un retour de la Guinée sur la scène culturelle internationale.

A côté des spectacles qui vont être organisés, la dimension réflexionnelle qu’il faut mettre en exergue. C’est-à-dire: les sessions de formations, les ateliers et des rencontres professionnelles entre les acteurs de la culture sur des thèmes aussi importants que celui de la problématique de la circulation des artistes, la problématique de l’ingénierie du son et des lumières, la gestion scénographique, mais aussi les livres et les droits d’auteur. En 2017, la Guinée est désignée par l’ UNESCO comme étant la Capitale Mondiale du Livre. En prélude à tout cela, nous avons voulu que le Festival National des Arts et de la Culture regroupe toutes les activités et les projets proposés par les Directions Techniques relevant du Ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine Historique.Toujours dans le cadre du Festival National des Arts et de la Culture, une place de choix sera donnée à l’art culinaire; Les spécialités de la Guinée Maritime, de la Guinée Forestière, de la Haute Guinée et du Fouta, le ‘ latchiri », les vertus du maïs et des tubercules qui peuvent aider les Guinée à garantir la sécurité alimentaire au lieu d’attendre le riz au Port de Conakry. Nous avons beaucoup de choses à exploiter. Rien qu’avec les tubercules, nous pouvons créer plusieurs recettes pour garantir la sécurité alimentaire. Il y a aussi le côté vestimentaire. Le textile guinéen que nous allons valoriser cela, grâce à notre partenariat ‘ Public-Privé », le principe des  » trois P » dans le domaine de la culture avec les professionnels du textile, c’est-à-dire l’ Association Guinéenne des Stylistes. Il y’aura des séances de défilés de mode, histoire d’essayer de mettre en relief le  » Léppi » du Fouta, le  » Kindjéli » de Kindia, et pourquoi pas l’indigo de Pita ou de Popodara. Nous sommes en train de travailler dans ce sens. Et les résultats attendus, c’est absolument ça. Parce qu’il nous faut l’émergence d’une nouvelle catégorie de jeunes promoteurs culturels pouvant parler de la chose culturelle. Parce que, le milieu culturel et sportif guinéen, d’ailleurs, est beaucoup caractérisé par un certain amateurisme. L’objectif primordial, c’est de professionnaliser et de mieux structurer le milieu de la culture et du sports dans notre pays.

Nouvelledeguinee: quel est le rôle joué par votre ministère pour mettre fin à la crise qui rongeait la FEGUIFOOT et à la nomination de Lappé Bangoura à la tête du Syli National ?

Fodéba Isto Kéïra: je n’aime pas remettre en cause que ce nos prédécesseurs ont fait, vous savez, ça, c’est le propre des cadres Guinéens. Nous allons travailler avec la méthode de Socrate dans l’ Histoire de la Philosophie. C’est-à-dire que nous allons prendre de la main droite les côtés positifs et de la main gauche les côtés négatifs. Nous allons faire en sorte que les côtés positifs soient maintenus pour notre pays. Malheureusement, au niveau du football qui était caractérisé par un amateurisme et un clientélisme qui ne disent pas leurs noms, c’est qui est à l’origine de cette crise que nous déplorons. Il a fallu l’intervention de la FIFA et de la CAF sur notre demande – parce qu’il fallait éviter l’immixtion de la politique dans le football – nous connaissons bien les textes. C’est ce qui fait que, en parfaite intelligence, nous avons cru bon d’écrire aux instance internationales, la FIFA et la CAF pour qu’une mission soit dépêchée en Guinée pour essayer de résoudre ce problème.Nous avons tenté de résoudre la crise à l’amiable, ça n’a pas marché. Le ministère a tenté. Le Comité Olympique a tenté. Même la délégation conjointe de la FIFA et de la CAFa tenté une médiation entre les parties. Donc, c’est au terme de toutes ces tentatives qui n’ont pas marché que la FIFA et la CAF ont décidé de dissoudre le bureau exécutif de la Fédération Guinéenne de Football et a décidé de la mise en place de ce Comité de Normalisation qui est chargé de gérer notre football, je crois, jusqu’en février 2017. Le Comité a pour mission d’organiser les élections. C’est comme un gouvernement de transition qui fait le toilettage des textes, qui prépare les élections dont les membre ne sont ni éligibles, ni électeurs. A ce titre, ils sont en train de faire ce travail. Cette pagaille au sein de la FEGUIFOOT a été conclue par l’élimination  » foutaise » du Syli National par le Swaziland. Depuis que le Swaziland est Swaziland, il n’a jamais battu une équipe. Sauf la Guinée, le premier pays africain à avoir remporté trois fois un trophée continental. Jusqu’à présent, nous avons cette défaite dans la gorge. Il faut dire que cette humiliation est la suite logique de beaucoup d’incompréhensions depuis la Guinée Equatoriale à la dernière Coupe d’ Afrique des Nations, qui a même entraîné la démission de Michel Dessuyer et de beaucoup de tensions entre les joueurs. Nous sommes en train de corriger cela. Au moment où je vous parle, il y a une mission conjointe Ministère de la Culture, Sports, Patrimoine Historique, Ligue Professionnelle et Comité de Normalisation en Europe plus l’entaîneur Kanfory Lappé Bangoura. Elle est en train de rencontrer les joueurs susceptibles d’être appelés en équipe nationale. Donc, le choix de Lappé Bangoura est aussi une suite logique de cette déstructuration et de cette anarchie au sein de l’équipe. Vous avez vu le cas Fernandez. Il a fallu une négociation pour qu’on se sépare à l’amiable sans résultats. Sur quinze points prenables, la Guinée n’avait que cinq points au moment où nous sommes venus aux affaires. Il a fallu, un moment, que je lève le ton pour lui dire qu’il a des obligations de résultats et que nous aussi, en tant qu’administrateurs culturels et sportifs, nous avons des obligations de résultats. S’il n y a pas de résultats, nous sommes obligés de tirer les conséquences. Et une des conséquences, justement, c’est le départ de Fernandez. Et après son départ, il fallait respecter les règles de l’art. C’est-à-dire; lancer un appel à candidatures internationales. Suite à cet appel à candidatures internationales – il y a eu 43 postulants – il y a un comité technique qui s’occupait de la sélection. Il y a eu une première sélection. Cette première sélection a retenu quinze. Après, cinq ont été retenus pour la phase des interviews. Et parmi les cinq, il y’ avait un Guinéen: Kanfory Lappé Bangoura. Je précise qu’il n y a pas de diplôme spécial pour les Blancs. Un diplôme  » A » est égal à un diplôme  » A ». Ce sont les mêmes écoles. Je crois qu’il faut mettre ce complexe de côté et privilégier le côté formation. Au delà du diplôme d’entraîneur, Lappé Bangoura est un produit de l’ université guinéenne. Il est titulaire d’une maîtrise en Géographie. Il donne des cours de géographie. Donc, c’est un pédagogue. La pédagogie, selon Emile Durkheim, c’est la socialisation de la jeune génération. Il y a un principe d’encadrement, de fabrication de vedette. je crois que Kanfory Lappé Bangoura en est conscient. Je suis heureux, en tant que Guinéen, en tant que quelqu’un qui a fréquenté la même université que Kanfory Lappé, qu’un Guinéen soit à la tête de la sélection nationale. A nous tous de le soutenir. A nous tous de mettre les moyens à sa disposition. Je précise qu’il va être payé comme un expatrié. Il sera dans toutes les conditions et va vivre à Conakry. Il aura l’occasion de sillonner les capitales régionales pour aller chercher les oiseaux rares du football guinéen et faire en sorte que les meilleurs sur le plan national soient retenus et que les plus performants, pas ceux qui se promènent en Europe, les vrais professionnels puissent appartenir à la sélection nationale. Une sélection nationale est différente d’une équipe nationale. La sélection nationale, ce sont les meilleurs du moment. Donc, si vous n’avez pas de clubs, il ne faudrait même pas rêver d’être sélectionnés au sein du Syli National, en tout cas, tant que nous serons là. J’ai tenu à avoir un programme planifié, bien structuré de la FEGUIFOOT et du sélectionneur national. Cela nous permet, au niveau de l’ Etat, en amont, de préparer les soutiens financiers et administratifs pour éviter les improvisations. On ne peut pas prétendre remporter une Coupe du Monde ou d’une Coupe d’ Afrique si vous n’avez même pas le B.A.B de l’ organisation et de la structuration d’une équipe nationale. Donc, nous comptons entièrement sur Kanfory Lappé Bangoura. J’invite tous les Guinéens à soutenir Lappé Bangoura. Dans ce cadre d’ailleurs, le 30 août, nous devons faire un match amical contre les Pharaons en Egypte, au Caire et un autre match, sans enjeu, va être celui de notre confrontation contre le Zimbabwé. C’est un match sans enjeux, mais qui va nous permettre de voir la performance de nos joueurs, jauger leur niveau. Nous allons mettre tous nos efforts au niveau du Syli National A et faire en sorte que nous puissions avoir des résultats qui donnent de l’espoir au peuple de Guinée lors des éliminatoires de la Coupe du Monde Russie 2018.

Nouvelledeguinee: peut on connaître l’objectif de la mission de votre département qui séjourne en Europe ?

Isto Kéïra: l’objectif de cette mission, c’est d’abord aller présenter le nouveau projet aux joueurs, présenter le nouvel entraîneur aux joueurs; présenter le nouveau Comité de Normalisation aux footballeurs, parce qu’on n’a pas eu cette occasion de rencontrer tout le monde. Lorsqu’on venait, il y avait beaucoup de dissensions, beaucoup de défections au niveau de l’équipe nationale. Nous avons compris cela à travers cette mission qu’il y avait beaucoup de problèmes internes qui n’étaient pas à la surface. je crois que c’est une très bonne chose que le ministère, le comité de normalisation et l’entraîneur fassent le déplacement sur l’ Europe. Un joueur comme le jeune Diawara, qui a été déniché ici dans la poussière comme il l’a dit par Kanfory Lappé, il l’appelle même son père, on a souvent dit qu’il ne veut pas jouer pour l’équipe nationale. Je suis heureux de dire aux Guinéens aujourd’hui qu’il a donné son accord d_s que son différend judiciaire sera réglé, je crois entre Bologne et l’ AS Roma ou le Milan AC. Il va rejoindre l’équipe. Il y a le cas Florentin Pogba qui a été aplani, il est décidé à venir. Razagui, c’est réglé. Ibou Traoré, c’est réglé. Ils sont tous décidés aujourd’hui à mouiller le maillot pour la Guinée. Le jeune Sadio Diallo aussi a donné son accord. Il va être contacté au niveau de Bastia, son club. Et puis, le jeune François Kamano. Tous les joueurs susceptibles d’être contactés, nous irons jusque dans leur famille. L’objectif, c’est de faire une politique de proximité avec les joueurs. Et cela se fera régulièrement. Certes, Lappé réside en Guinée. Maison, nous lui donnerons les moyens pour qu’il puisse aller superviser les joueurs dans les différents championnats. Il ne sera plus question de s’asseoir ici et de fabriquer des trucs à partir des tablettes. Cela ne marchera plus. maintenant, tout le monde suit la télévision, tout le monde sait qui est qui. Tout le monde sait qui joue et où. A ce titre là, nous allons nous mettre au travail pour superviser les joueurs et faire en sorte que tous les Guinéens capables de défendre les couleurs nationales, nous allons les voir et leur exposer notre projet, la vision que nous avons, d’abord, pour le Mondial Russe en 2018, mais aussi pour la CAN Guinée 2023 parce que nous sommes candidat pour l’organisation de la Coupe d’ Afrique.L’équipe junior a déjà sa qualification pour Zambie 2017. Nous sommes en train de préparer les cadets aussi. Ce sont eux qui vont prendre la relève pour 2023. Il ne faut opas rêver. C’est maintenant qu’on doit préparer 2023. Qui veut aller loin ménage sa monture.

Nouvelledeguinee: justement, où en est on avec la CAN Guinée 2023 ?

Isto Kéïra: là, nous sommes fin prêts. Parce que nous avons déjà introduit auprès du président de la République le projet de décrets qui va être signé. On ne peut pas parler de Coupe d’ Afrique des Nations s’il n y a pas un CO CAN, c’est-à-dire un Comité d’Organisation. Le décret va être signé. Il y a déjà la volonté politique du président de la république de signer de décret de la création du Comité d’Organisation de la Coupe d’ Afrique des Nations Guinée 2023. Et après, nous allons meubler, non pas par des affairistes, mais par des personnes capables de gérer très bien notre football, qui ont de la vision, du vécu, qui ont su atteindre parce qu’ils ont attendu, qui sont montés par les escaliers et non pas par les ascenseur. Nous connaissons qui est qui dans ce pays. Même à l’extérieur, nous allons prendre des compétences. les Guinéens de l’ étranger qui ont des relations, qui ont de l’expertise, nous allons prospecter un peu partout à travers le monde. Nous allons les faire partir tous de ce Comité de pilotage pour l’organisation de la CAN. Et je pense qu’après cela, c’est ce comité qui va lancer les appels à candidature pour la construction des stades. Nous avons quatre stades à construire, des stades de 20 000 places à N’ Zérékoré, à Labé, Kankan et Kindia. Le stade du 28 septembre va connaître une extension. Le stade a déjà commencé son toilettage avec le groupe GUICOPRESS. Le stade de Nongo a bénéficié d’un BOT qui sera géré par le Groupe Business Marketing de monsieur Antonio Souaré. Chose que certains critiquent parce qu’ils ne connaissent pas. je vous dis que même le stade de France bénéficie d’une gestion en BOT…

Nouvelledeguinee: BOT veut dire quoi ?

Isto Kéïra: BOT, c’est un contrat pour une certaine période, financé par une structure ou une personne physique et qu’au terme d’un certain nombre d’années, l’édifice ou l’infrastructure revient dans le portefeuille de l’ Etat, parce que le terrain existe déjà. Il faut expliquer clairement aux gens. Parce qu’on a commencé à parler de bail. BOT est différent de bail. Le Guinéen mélange toujours les concepts. Et à dessein. Je profite de cette interview pour éclairer la lanterne des spécialistes en confusion.

Nouvelledeguinee: pensez vous que la Guinée sera à même d’honorer ce défi, c’est à dire à pouvoir organiser la CAN en 2023 ?

Isto Kéïra; oui. Je suis très optimiste. Mais, tout cela est lié à la paix. Aujourd’hui, je suis très inquiet par rapport au climat socio-politique. Je profite de votre interview pour demander à toutes les parties – gouvernement, le président de la république, et l’opposition – de privilégier le dialogue. Je voudrais personnellement demander au président de la république que j’ai soutenu pendant les élections, de faire preuve toujours de grandeur et d’avoir le dos large. Le président de la république est le père de la Nation. Il peut être victime d’invectives, il peut être victime même de bastonnade. Mais lorsqu’il accepte, il encaisse, il deviendra encore plus grand. Ceux qui se sont imposés le respect de tous par leurs points de vue et par leurs prises de position ont été des gens qui sont rentrés dans l’ Histoire comme Nelson Mandela, l’un des mentors du président Alpha Condé. On s’en souvient que le président Condé a toujours rêvé d’être le Mandela de la Guinée. Je crois qu’il a encore cette possibilité. Il a le temps. Il a cette occasion de récupérer tout le monde et de mettre tout le monde dans le bateau guinéen et de faire en sorte que l’ethnocentrisme qui commence à prendre de l’ampleur, une ampleur inquiétante dans ce pays, commence à disparaître. L’ethnocentrisme, c’est l’arme des médiocres. Nous devons cultiver l’excellence, encourager la fraternité entre les Guinéens. La Coupe d’ Afrique des Nations est possible en Guinée en 2023 s’il y a la paix dans le pays. Mais, s’il y a le désordre, s’il y a, on ne le souhaite pas, des affrontements qui, souvent, n’arrangent rien, je pense que ce ne sera pas possible. Et 2023, il faut qu’on sache que c’est aujourd’hui déjà. Demain se prépare aujourd’hui.Si aujourd’hui, on n’a pas où dormir parce qu’il y a des coups de feu, des gaz lacrymogènes par ci, par là, des édifices cassés, des pertes en vies humaines, je crois que cela ne peut pas nous permettre d’organiser une Coupe d’ Afrique des Nations.Cela ne donne même pas une bonne image au pays. Aujourd’hui, nous devons nous battre pour qu’une bonne image de la Guinée soit présentée. Le garant de cela, c’est le président de la république que j’aime tant, que je respecte tant. Nous soutenons le président Alpha Condé dans le sens de l’apaisement, dans le sens de la fraternité. les opposants, ce sont ces frères. Le président Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, et tous les autres ont appartenu à une opposition, les Forces Vives de la Nation. je crois qu’aujourd’hui, ils ont encore la possibilité de négocier, de discuter et, surtout, d’éviter de tomber dans le piège des pyromanes. Et ces pyromanes sont de tous les côtés, que ce soit du côté de la mouvance ou du côté de l’opposition. En tout cas, nous, nous nous mettons toujours au centre parce qu’un homme de culture, c’est quelqu’un qui prône la paix, la fraternité. Nous pensons que nos dirigeants actuels et ceux de l’opposition feront preuve de responsabilité pour que le climat socio-politique soit apaisé.

Nouvelledeguinee.com: la Guinée dispose désormais d’une Ligue de Football Professionnel. C’est cette Ligue qui a piloté la saison sportive qui vient de s’achever. Vos commentaires ?

Isto Kéïra: je dois commencer pa saluer la création de cette Ligue Professionnelle qui est une transition entre l’amateurisme et le professionnalisme. Pendant longtemps, on a évolué dans l’amateurisme. Aujourd’hui, on sait que de douze, le nombre des équipes va à quatorze. Vous savez: le président Antonio Souaré qui est le président de la Ligue de Football Professionnel est secondé par Bouba Sampil, KPC, Mathuring. Il faut d’ailleurs leur tirer le chapeau. En toute chose, il faut un détonateur. le détonateur de tout cela, c’est monsieur Antonio Souaré. Grâce à l’engagement de cet homme, aujourd’hui, on voit un certain relèvement du football guinéen . Au dernier CHAN, la Guinée a été demi-finaliste. Pour la petite histoire, depuis 1976, la Guinée a quitté le carré d’AS. Après Addis-Abeba, c’est Kigali. Moi, je crois qu’il y a de l’espoir. Je salue cela. Je pense que la Ligue de football Professionnel doit être soutenue. Vous avez vu lors de la cérémonie de la remise des prix, c’est la première fois que la Guinée vive cette vibration positive, que le meilleur arbitre soit récompensé, on donne même une voiture à l’espoir, c’est à dire au plus jeune joueur qui a été la révélation de l’année, les joueurs étrangers ont été primés. C’était la fête. Le Bembeya Jazz est venu agrémenter la soirée. C’était la touche culturelle qu’il fallait apporter à la chose. Cela donne une autre image de la Guinée, à côté de l’image de la Guinée qui brûle, à côté de cette Guinée où les acteurs politiques sont en train d’enflammer les populations de façon négative. Il y a une image positive de la Guinée qui vient de la culture, qui vient du football. Donc, nous encourageons la Ligue Guinéenne de Football Professionnel.

Propos recueillis par Madjariou Barry

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