Jacques Germain Administrateur en chef des Affaires d’Outre-Mer (ER) Guinée. Peuples de la Forêt

CHAPITRE III
LES SIECLES OBSCURS DE LA REGION
FORESTIERE DE HAUTE-GUINEE


Introduction

On peut hésiter à nommer un tel chapitre « Histoire de la Région forestière de Haute-Guinée », étant donné l’indigence de la documentation sur ce sujet et le caractère largement hypothétique de ce que nous pouvons avancer dans l’état de nos connaissances.

L’expression les « Siècles obscurs » nous semble mieux adaptée. Elle a été utilisée pour la première fois semble-t-il par E.F. Gauthier, à propos du Maghreb et reprise par R. Mauny au sujet de l’Afrique Noire. Si elle reflète bien la réalité, spécialement dans le second cas, combien plus est-elle adaptée au sujet quand ce ne sont plus même les empires soudanais qui sont concernés mais les peuples occupant actuellement la Région forestière de Haute-Guinée

Si l’on peut dire, c’est par l’histoire périphérique de la Région forestière que nous commencerons : ce sont les mouvements de population sur son pourtour proche ou lointain qui nous permettent d’échafauder quelques hypothèses sur les dépôts successifs des différentes strates humaines et sur les mouvements ayant entraîné leur remaniement, leur brassage selon un processus que seule sans doute l’arrivée des troupes et de l’Administration françaises a stoppé. Le dernier événement a mis fin à une ère au sujet de laquelle on a évoqué le mouvement brownien des tribus. Celles-ci, ou leurs diverses composantes, ont effectué des déplacements dans toutes les directions pour revenir parfois à leur point de départ après s’être heurtées à d’autres migrants arrivant en sens inverse.

Des îlots témoins permettent de se faire une idée des points atteints par ces migrations. L’étude de la linguistique et de l’anthropologie permet aussi d’apporter quelques lumières susceptibles d’expliquer la formation de ces peuples à défaut de faire connaître en détails et avec précision comment se sont déroulés les événements.

L’Histoire interne de la Région forestière, elle, n’est connue que sur une période couvrant au maximum les deux derniers siècles. R. Cornevin a reproché aux auteurs qui se sont penchés sur le passé de l’Afrique Noire, de ne l’avoir fait que de l’extérieur, c’est-à-dire dans l’optique du contact entre le colonisateur européen et l’Afrique. C’est regrettable, mais comment éviter une disproportion entre une période s’étendant sur quelques dizaines d’années et celle qui s’étend sur plusieurs siècles, sinon sur plusieurs millénaires, quand dans le premier cas les sources écrites abondent relativement et ont été établies avec le souci de fixer les événements et que dans le second, on en est réduit (à l’exception des empires de la zone soudanaise) à des conjectures, à la tradition orale et à l’utilisation de sciences annexes et non de l’Histoire elle-même.

L’époque française a clos une ère de mouvements, elle n’a point pour autant figé ces populations dans un immobilisme qui les momifierait. A un mouvement dans l’espace a succédé un mouvement dans le temps, une évolution interne des peuples eux-mêmes dans les conditions nées de l’établissement d’une paix qu’ils n’avaient jamais connue. Mais notre propos n’ira pas au-delà du début de l’époque dite coloniale, laissant aux sociologues le soin d’étudier cette évolution et nous bornant à essayer de brosser les grandes lignes du passé de cette Région en y intégrant ce que deux années de séjour nous ont permis d’y apprendre nous-même.

L’ANTHROPOLOGIE PHYSIQUE

Une étude d’anthropologie physique ferait ressortir des types humains différents dans la composition des populations de la Région forestière de Haute-Guinée.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit au sujet des traces pygmoïdes dans ces populations à défaut d’un type pygmée que l’on trouverait en proportion suffisante pour pouvoir en déduire avec certitude un peuplement de la région par des négrilles puis un métissage avec les nouveaux arrivants.

Les descriptions faites par les auteurs lorsqu’ils abordent l’étude de l’une de ces populations présentent à la fois des points de convergence et des divergences.

Si les langues parlées sont du groupe mandé pour la majeure partie, le type physique ne permet pas un rattachement aux Manding 60.

Le type sylvestre serait caractérisé par une taille moyenne ou au-dessous de la moyenne plus petite chez la femme que chez l’homme, de même que le teint serait plus clair chez elle que chez l’homme.

Ce teint semble très variable d’un peuple à l’autre et aussi à l’intérieur du même peuple.

Depuis le teint jaune sale que le Capitaine Gamory-Dubourdeau attribue aux Toma jusqu’au teint foncé observé par l’Administrateur Tauxier en pays gouro, toutes les nuances sont notées : couleur de peau brune plus ou moins foncée chez les Dan d’après B. Holas, teint plutôt clair chez les Kpellé d’après les R.P. Casthelain, et finalement tégument chocolat foncé chez les Kissi suivant le Médecin-major H. Neel !

En fait, seule une étude systématique et statistique du tégument par rapport à une échelle de nuances donnée, pourrait amener un peu de clarté, si l’on peut dire, parmi ce qui est souvent une impression.

On peut dire sans se tromper que, dans l’ensemble, le teint des sylvestres est plutôt plus clair que celui des soudanais et que les femmes ont tendance à être moins foncées que les hommes.

Notons une observation faite chez des populations éloignées l’une de l’autre et à cinquante ans de distance.

Chez les Kissi le Docteur Neel observe des yeux fendus en amande et souvent un peu bridés et chez les Toma des pommettes saillantes, tandis que le R.P. Casthelain chez les Kpellé voit la caractéristique la plus frappante dans le faciès mongolique, les veux bridés et les pommettes saillantes.

Nous avons nous-même observé la mêrne chose en pays Tenda (Coniagui, Bassari) lorsque nous commandions la subdivision de Youkounkoun.

Comme le R. P. Casthelain nous nous gardons bien de conclure à une quelconque origine asiatique mais il y a tout de même une question posée.

Souvent, les qualificatifs de petit, râblé, trapu, reviennent sous la plume des auteurs (gouro, kpellé, toma) mais par contre, chez certains, la musculature est modérée (Dan) et les membres même grêles (Toura-Guéré-Kissi du Nord).

L’indice céphalique montre une dolicocéphalie (Dan) sous-dolicocéphalie (Toma), mésaticéphalie (Kissi), parfois une tête courte ou moyenne (Gouro).

La face présente un prognathisme accentué (surtout le prognathisme supérieur), les lèvres plus épaisses chez les toma que chez les kissi, des arcades sourcilières assez proéminentes, le nez camus, parfois busqué, avec un élargissement remarquable des os propres du nez. Le Docteur Neel complète le portrait du Toma en décrivant son front haut et droit et des bosses frontales très nettement dessinées 61.

Le système pileux est en général abondant spécialement au niveau de la poitrine et des membres inférieurs. Les cheveux sont abondants et relativement peu crépus nous dit le Docteur Neel en parlant des Kissi.

Un trait distinctif est l’absence ou la présence de molets bien marqués : la première étant caractéristique du type soudanais, la seconde du type sylvestre.

Nous avons nous-même en pays kono du cercle de Nzérékoré, effectué des mensurations sur cent individus dont nous donnons ci-dessous les résultats.

Sauf pour la stature, ils doivent cependant être interprétés avec prudence étant donné le caractère artisanal des instruments de mesure utilisés.

Stature
Pygmée Petite Moyenne Grande Très grande
h < 1,50m 1,5om < h< 1,59m 1,60m < h < 1,69m 1,70m < h < 1,79m h > 1,80 m
1% 15% 55% 29% 0%

Tête
Dolichocéphale
Mésocéphale
Brachycéphale
Indice crânien < 75
75 < Indice crânien < 79
Indice crânien > 80
51%
38%
11%

Nez
Nez étroit Nez moyen Nez large Nez très large
55 < Indice nasal < 69 70 < Indice nasal < 84 85 < Indice nasal < 99 Indice nasal > 100
0% 8% 36% 56%

En définitive, mises à part les traces pygmées, on peut distinguer un type campestre soudanais plus grand, plus élancé, à la musculature moins puissante, de teint plus foncé, spécialement dans la zone nord de la forêt au contact de la savane (Kissi des cantons nord, Kono de Nzérékoré, Dan) et un type sylvestre guinéen petit, râblé, trapu et musclé, de teint plutôt clair (Kissi du sud, Toma, Kpellé, Manon).

Bien entendu, chacun de ces types n’est pas représenté d’une façon générale à l’état pur mais les traits de l’un et de l’autre peuvent se trouver mélangés dans nombre d’individus. Cependant, à travers ces caractéristiques diffuses, on peut, par comparaison avec les peuples environnants, déterminer les composantes du peuplement.

La linguistique et l’histoire sont deux autres éléments de cette analyse.

LES LANGUES

Depuis les travaux de Delafosse, Westermann et Homburger qui demeurent le fondement de la classification générale des langues en Afrique de l’Ouest, de nombreux linguistes se sont penchés sur le problème et ont redressé certaines erreurs et affiné le classement effectué par les auteurs précédents. Certains, tel le R.P. A. Prost, ont mis en doute le bien-fondé de la distinction opérée parmi les langues mandé en mandé-tan et mandé-fu sur la base de la désignation du nombre dix.

Cependant quels que soient les critères retenus et mise à part l’erreur commise par Delafosse et reprise par Westermann au sujet de la langue guéré qu’ils avaient incluse dans le groupe mandé, notre région forestière de Haute-Guinée et de la partie de la Côte-d’Ivoire qui la jouxte, apparaît du point de vue linguistique comme un bloc mandé qui présenterait à chacune de ses ailes une exception: le Kissi, appartenant au groupe Sénégalo-Guinéen à l’Ouest, le Guéré appartenant au groupe Kru à l’Est.

Quant au groupe mandé, il présenterait une division entre le Nord-Est et le Sud-Ouest, les langues de l’un et l’autre appartenant au mandé-fu, si l’on continue à admettre cette classification, tandis que le pourtour montre au nord des langues mandé-tan et au sud un mélange de langues sénégalo-guinéennes, mandé-tan et Kru.

Tout se passe comme si un vieux fonds différencié entre l’Ouest et l’Est avait été recouvert par une couche mandé plus récente, les exceptions notées étant les témoins de l’ancien état de choses.

Le Kissi est l’un de ces témoins. Géographiquement, il est séparé des autres langues du groupe sénégalo-guinéen (ou Atlantique occidental selon la classification de Westermann reprise par J. Greenberg) 62 qui sont des langues à classes, par des langues mandé ou par le peul.

C’est ainsi qu’entre le Kissi et le groupe compact des langues sénégalo-guinéennes (représentées en Guinée par les Baga, Nalou, Landouman-Tyapi, etc. ainsi que par le Peul) se sont enfoncées des langues mandé comme le Kouranko, le Kono 63 le Mandé, le Djallonké, le Susu et que cette strate recouvrait également le Sud avec le Vaï, le Gbande, là où, nous le verrons, s’étendait un vaste ensemble Ouest-Atlantique Kissi-Krim-Bulom-Sherbro-Gola.

Cet ensemble a été fractionné par l’invasion mandé puis les îlôts ont eux-mêmes été grignotés et réduits pour ne plus laisser subsister outre le Kissi de la Haute-Guinée débordant légèrement sur la Sierra-Leone et le Libéria, qu’un ilôt Gola-Bele au Sud auquel est adossé un autre noyau Kissi à cheval sur la frontière libéro-léonaise concrétisée par la rivière Morro, et une enclave Krim sur la côte à l’embouchure de la rivière Sewa. A l’Ouest, un îlot plus important avec le Bulom sur la côte, le Timné et le Limba à l’intérieur a résisté à la poussée Mandé.

Inversement, on trouve enkysté dans le Kissi, une langue Lélé qui provient de l’assimilation d’une fraction Kissi par un envahisseur Kouranko (phénomène identique à l’assimilation de Sherbro par des Kouranko pour donner les Kono, mais réduit, contrairement à ces derniers, à une enclave).

Il ne semble donc pas, en se basant sur la carte des langues, que les Kissi aient été récemment expulsés du Djallon par une invasion mandé ainsi qu’on l’a longtemps pensé, mais qu’ils faisaient partie intégrante d’un ensemble archaïque OuestAtlantique submergé, disloqué et réduit par les invasions mandé et peul 64.

Bien entendu, la diffusion d’une famille linguistique sur une aire aussi étendue que la façade Ouest-Atlantique du Continent africain et son arnere-pays, ne va pas sans de notables différences entre les divers groupes le composant. Nous laisserons aux linguistes le soin de les démêler, mais il faut noter avec Y. Person qui semble avoir été le premier à le faire (40), que la partie Est du sous-groupe D des langues sénégalo-guinéennes dans la classification de De Lavergne de Tressan, est couverte en grande partie par une aire culturelle, celle des statuettes en stéatite dénommées « Pierres Kissi » ou Pòmta dont nous avons déjà parlé (cf. ch. II, p. 28). Certes, cette aire culturelle couvre aussi le pays mendé qui est actuellement mandéphone et n’englobe pas les Gola qui appartiennent pourtant au sous-groupe D. Elle intéresse aussi les Bélé que Y. Person classe dans les pays Kru tandis que de Lavergne les inclut dans le même groupe que les Kissi.

C’est que nous arrivons là à la zone de contact du sous-groupe B comprenant les Guéré, les Ouobé, les Sikon et les Basa de la famille Kru, lesquels occupent la zone forestière au Sud-Est de la nôtre. Tous les auteurs sont maintenant d’accord après que Delafosse eut en premier lieu commis l’erreur de classer le Ouobé et le Guéré dans le Mandé-fu, erreur reprise par Baumann et Westermann, alors que Delafosse avait rectifié sa première position et rétabli ces deux langues dans la famille Kru. Nous devons à De Lavergne, au Père Bertho et à J.L. Doneux d’avoir fait le point de la question 65, en particulier sur les rapports du Geh et du Guéré.

Le pays Geh est situé à la frontière du Libéria et du cercle de Man (Côte d’Ivoire). Cette tribu fait partie des Dan dont elle parle un dialecte et il en va de même pour les Gio de la même région.

Une confusion a pu s’établir car les Guéré sont aussi appelés Gee par les Dan et nous avions nous-même remarqué qu’il nous était difficile de savoir en pays manon ou kono si tel ou tel clan avait une origine guéré ou dan, par suite de l’emploi des termes gee ou geh proches l’un de l’autre.

Cette confusion a pu aussi être entretenue par les rapports étroits existant entre Guéré et Dan, même s’ils n’étaient pas toujours pacifiques et que J.L. Doneux nous dit avoir pu laisser leur marque dans les langues comme dans les représentations mentales ajoutant :

« je me garderai de trancher le sens dans lequel l’emprunt a joué, d’autre part de décider s’il n’y a pas un fonds commun mandé-kru qui expliquerait certaines ressemblances ».

Entre ces deux pôles, le Kissi et le Guéré, la marée mandé a recouvert le vieux fonds archaïque tout au moins du point de vue linguistique car sur le plan culturel, c’est la civilisation forestière qui l’a largement emporté.

Tandis qu’à l’Ouest, le Mandé-tan dit résiduel (Kouranko-Kono et Vaï au Sud) contourne et entame notre Région, au Centre et à l’Est on considère les langues parlées en Forêt comme appartenant au Mandé-Fu. Toutefois, on fait une distinction entre les Mandé-Fu du Sud-Ouest et ceux du Sud-Est.

Ces derniers sont appelés Mandé-Sud, groupe Mana-Busa, par le R.P. Prost qui, nous l’avons déjà signalé, met en doute le bien-fondé de la classification de Delafosse basée sur la manière d’exprimer le nombre dix 66 et lui substitue une classification basée sur l’étude des radicaux.

Quoiqu’il en soit, les peuples qui nous intéressent sont classés en Mandé-Fu du Sud-Ouest pour les Kpellé et Toma avec les Gbandé, Gbundé et Mendé à l’Ouest, et en Mandé-Fu du Sud-Est pour les Manon, Dan, Wein ou Toura, Gyo ou Mahou.

Il est intéressant de noter que les Kpellé et Toma se trouvent dans le même groupe que les Diallonké ; ce qui semble confirmer que ceux-ci constituent bien, ainsi que nous le livre la tradition, le premier véhicule de l’apport mandé aux peuples de l’Ouest de la forêt, même si par la suite les Malinké ont eux aussi pénétré dans la Région forestière

A vrai dire, les Diallonké auraient vraiment apporté un élément constituant ancien, alors que l’action des Malinké se serait plutôt exercée dans le sens du refoulenient, sinon de la destruction.

Dans le second groupe, celui des Mandé-Fu du Nord-Est, on trouve à côté des peuples déjà cités, de nombreuses tribus s’étendant fort loin vers l’Est jusqu’aux Boussansé sur le Niger en passant par les Bobofing.

Mention spéciale doit être faite des Lo comprenant les Kweni ou Gouro et Gban ou Gagou qui ont retenu notre attention en étudiant l’hypothèse d’un peuplement négrille ancien en forêt dense tropicale humide de l’Ouest africain, dont ces derniers représenteraient un Îlot témoin, très métissé, si ce peuplement a existé. Deux petits groupes sont comprimés entre les Dyula-Malinké du cercle de Seguela et les Gouro, ou si l’on veut constituent l’avant-garde de ceux-ci vers le Nord, à la lisière de la forêt. Ce sont les Mwã ou Mona autour de Bambalouma et les Nwã ou Ouan établis principalement sur la subdivision de Mankono mais aussi dans deux villages de la subdivision de Beoumi à l’Ouest du Bandama. Les Ouan possèdent le principal marché de la région, Trapla (ou Trafesso en Dyula) dont l’importance s’explique justement par cette position au contact de la forêt et de la savane.

Cette orientation vers l’Est des peuples dont les langues sont parentes semble indiquer un autre apport mandé ou une autre voie de pénétration même si en définitive elle dérive d’une façon lointaine de la même souche qui a donné naissance aux Diallonké.

Ainsi, que ce soit sur le plan anthropologique ou sur le plan linguistique, il apparaît que la Région forestière de Haute-Guinée et des zones limitrophes de Côte-d’Ivoire, du Libéria et de Sierra-Leone, présente deux strates :

  • l’une que nous appellerons archaïque, correspondant au type humain sylvestre et aux langues Ouest-Atlantique ou sénégalo-guinéennes et Kru
  • l’autre que nous appellerons secondaire correspondant à un type humain soudanais et aux langues Mandé.

Mais il n’est pas possible de déterminer avec certitude, là où le Mandé a recouvert le fonds ancien, de quoi celui-ci était constitué au point de vue linguistique, encore qu’on puisse supposer qu’il s’agissait de langues des familles des deux groupes archaïques avec une frontière évidemment incertaine entre elles.

LE PEUPLEMENT ANCIEN

Les plus anciennes légendes font état tant chez les Kpellé que chez les Manon de la descente d’un ancêtre sur une montagne.

Deux « points de chute » reviennent le plus fréquemment : ce sont la région de Boola pour les Kpellé et la montagne de Karana pour les Manon.

En ce qui concerne les Kpellé, leur ancêtre serait descendu du ciel (ou de la lune plus précisément, selon certains) sur une montagne soit entre Beyla et Boola 67 soit au Sud-Est de Boola 68. La tradition que nous avons nous-même recueillie est conforme à cette dernière localisation. Son nom aurait été Niama. Chasseur, il aurait rencontré un jour une femme nommée Gama de la Tribu Geh ou Guéré qui l’aurait emmené dans sa famille, laquelle occupait un campement de chasse dans cette région, au NordOuest de son habitat qui couvrait à l’époque tout l’Est du cercle de Nzérékoré. Il se sépara des Guéré ou des Geh par la suite et remonta vers le Nord avec ses enfants et sa femme.

Alors que Duffner fait descendre du ciel le premier Manon nommé Damé sur la montagne Sango au Sud de Boola, nous avons pour notre part retenu que le premier Manon serait descendu sur la montagne Kohiré et aurait fondé le village de Karana, centre de dispersion des Manon.

Le Père Lelong 69 selon un manuscrit de 1912 que nous avons également eu entre les mains au poste de Nzérékoré, tout en faisant également arriver le premier Manon sur la Montagne Sango, considère celle-ci comme le centre de dispersion des Manon sur toute une partie de l’Ouest et du Centre du cercle de Nzérékoré. Une fraction sous les ordres de Ga descendant vers le Sud fonda Karana et peupla l’actuel Manaleye.

L’appartenance ethnique de la femme à laquelle s’allia le premier manon n’est pas précisée et ce n’est que le fils de Ga, Yopia, qui ayant traversé le Mani, entra en contact avec les Guéré qui sont des Kru ou avec les Geh qui sont des Dan (ou parents des Dan).

Une autre légende recueillie par B. Holas 70 fait du fondateur du canton Kono du Vépo (il ne faut pas confondre, rappelons-le, les Kono de Guinée avec ceux de Sierra-Leone) un Manon, Kossiré, venu effectivement de Karana s’établir dans une savane au Sud du Nimba et prenant femme dans une tribu autochtone dont l’ethnie n’est pas précisée. Leur fils Somia, serait l’ancêtre des Kono.

On peut supposer, étant donné ce que nous avons rapporté que les autochtones étaient des Guéré ou une tribu apparentée.

Ces Guéré, dont l’importance semble certaine dans l’élaboration des peuples de la Région Forestière de Haute-Guinée, disent eux-mêmes venir de l’Est. Ils font partie d’une de ces vagues que les coups de boutoir des suivantes envoya-‘elit plus à l’Ouest : rejetés par les Beté derrière la Sassandra, ils s’étaient répandus dans la vallée du Nzo dans le Nord-Ouest où ils se heurtent aux Dan, eux-mêmes refoulés vers le Sud par les Mandé. Ils se rabattent vers le SudOuest, couvrant la partie Est (au moins) du cercle de Nzérékoré jusqu’à ce que Kpellé, Manon et Kono, tout en s’alliant à eux par le sang, les refoulent sur ce qui devait être la Côte-d’Ivoire. Les Dan accentuant leur pression les cantonnent sur Duékoué – Toulepleu Guiglo soit entre Sassandra et Cavally et au Sud du 70° de latitude Nord.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

D’autres légendes donnent bien la montagne comme lieu d’élection des ancêtres de nos populations, non pas le sommet mais ses entrailles. Telle est l’origine des Dio, ou Guio, ancêtre des Dan 71 sortis de la montagne Gouin près de Touba en Côte-d’ivoire.

Ces légendes ou tout au moins ce qu’on peut en tirer après les avoir débarrassées du merveilleux qui les entoure, cadrent assez bien avec ce que l’on sait de certaines rnigrations.

D’après J. Richard-Mollard la forêt aurait été vide ou très peu peuplée 72 et il voit dans l’existence de certaines savanes guinéennes préforestières la confirrnation d’une invasion par la bordure intérieure de la forêt car c’est en effet par sa lisière nord que la grande forêt, pour des motifs climatiques, est la moins stable. Avant de s’y enfoncer sous la pression des peuples mandé du nord, les paléonigritiques qui allaient devenir sylvestres occupent les massifs montagneux de Haute-Guinée ou de l’Ouest de la Côte-d’Ivoire où ils se jugent plus en sécurité. Par la suite les uns s’y accrochent comme les Dan et les Wein ou Toura, les autres se réfugient dans la sylve.

Remarquons que ces migrants ou envahisseurs ne trouvent pas la forêt vide et les populations autochtones, personnifiées par la femme qu’épouse l’homme de la montagne, si elles ne sont pas nombreuses, se trouvent en place. Peut-on les appeler aborigènes ? Sont-elles déjà le résidu d’une première vague qui aurait elle-même trouvé sur place d’hypothétiques négrilles qu’elle aurait réduits et avec les femmes desquelles elle se serait unie ? On a vu ce qu’on pouvait en penser.

A l’intérieur-même de la Forêt, l’habitat montagnard a laissé maintes traces qu’il fut soit un habitat permanent soit un habitat de refuge, d’où le caractère sacré de ces montagnes pour les descendants de ces anciens occupants.

R. Schnell a rapporté l’existence de traces d’occupation humaine aussi bien sur le massif du Ziama à l’Ouest que sur le mont Nienokoué au Sud-Est. Sur le Ziama à 900 m d’altitude, il a découvert un cercle de pierres plates comme il en existe dans les villages actuels de la région.

Sur le Nimba, vers 700 m, il a noté les traces de hameaux de refuge avec une végétation dégradée.

S’il existe de nombreux abris sous roche tant au Nienekoué près de Tai qu’au Ditrou près de Tinhou (subdivision de Toulepleu, Côte-d’Ivoire) évoquant un habitat d’hommes des cavernes, on a trouvé des terrasses circulaires en pierres plates de quatre mètres de diamètre qui ont pu servir de soubassement à de véritables cases et sont donc les témoins de la présence d’anciens villages.

Les cavernes ou abris sous roche, tels celui de Blandé près de Nzo, ont pu servir à nouveau de refuge en des temps plus récents.

Ces montagnes passent pour abriter des génies, incarnation des premiers habitants, qui revêtent diverses formes. Souvent, c’est sur le sommet qu’on place le village des morts, ce qui semble également indiquer que là vivaient les ancêtres. Elles sont le siège d’un culte et le lieu de sacrifices. Duffner rapporte que les Kpellé y offraient des sacrifices humains dont les captifs de guerre étaient les victimes.

Sur le Tonkoui d’après Ph. Bouys 73 on offrait des sacrifices à l’esprit qui l’habite pour obtenir de bonnes récoltes. Les habitants de Nzo faisaient de même sur le Nimba.

R. Schnell en pays Guéré a recueilli des traditions selon lesquelles les montagnes étaient habitées par les premiers hommes qui y avaient été refoulés par les Guéré 74. On ne les voyait pas mais on les entendait il y a trois générations (?).

On peut imaginer un peuplement très ancien peu dense et dispersé, fixé sur les différents massifs dont les habitants se faisaient réciproquement la guerre. Une légende du pays Kono-Manon incite à l’admettre.

On raconte que le Mont Nimba et la Montagne Blon se battirent un beau jour et que le Blon cassa deux dents au Nimba lequel cassa un pied au Blon. Le Nimba, qui passe pour avoir un caractère maléfique, criait lorsque les habitants de la plaine se réfugiaient sur ses pentes ce qui signalait leur présence aux agresseurs ; il s’est également battu contre le Mont Gonotou près de Séringbara. Le Mont Blon au contraire avait un caractère bénéfique et par son silence protégeait ceux qui cherchaient refuge sur lui.

Ces légendes semblent faire allusion à la dispersion de l’habitat sur les massifs et à l’antagonisme des petits groupes qui y vivaient. Ce fait n’a rien de rare en Afrique : on retrouve un tel état de guerre entre pitons et massifs en pays Kirdi du Nord-Cameroun et plus près dans le Massif Man-Touba entre villages Toura accrochés à leurs escarpements.

Ces vagues successives de peuplements anciens, si nous n’en discernons pas avec précision et les dates et les itinéraires et la composition, peuvent cependant être expliquées par les mouvements généraux de population en Afrique au Nord de l’Equateur. Ces mouvements sont eux-mêmes liés aux grands épisodes climatiques et l’on peut résumer les uns et les autres de la façon suivante :

Un épisode sec et froid aurait suivi le troisième pluvial gamblien, mais il aurait été de courte durée puisque vers le début du huitième millénaire avant Jésus-Christ un nouvel épisode humide commençait. Cet épisode appelé Makalien en Afrique Australe et Orientale a correspondu à l’ère du Sahara humide pendant environ deux mille ans, période que R. et M. Cornevin qualifient d’« optimum climatique saharien 75 :

« Le Sahara qui contient aujourd’hui moins du centième de la population totale du continent, tout en occupant le quart de sa surface totale, est devenu son principal foyer de peuplement attirant dans la savane arborée à végétation méditerranéenne qui le recouvrait alors en partie, les populations paléolithiques chassées des zones soudanaises trop marécageuses ou des montagnes maghrébines trop inhospitalières. Il a vu se développer une civilisation de chasseurs particulièrement remarquable par ses réalisations artistiques ».

Le dessèchement commence dès le sixième millénaire av. J.-C., mais il est lent, même très lent, puisqu’il faut attendre -2500 approximativement pour qu’il s’accélère au point de provoquer l’exode vers le Nord des proto-berbères et des populations noires vers le Sud, populations dont les modes de vie s’étaient diversifiés pendant ces millénaires : chasseurs, pasteurs, pêcheurs, agriculteurs, étaient passé du Paléolithique au Néolithique dit Saharien avec pour au moins une grande partie d’entre eux une sédentarisation parfois préalable à l’introduction d’une véritable agriculture, les populations sédentaires ou seminomades vivant des produits de l’élevage ou de la récolte et du traitement des graminées sauvages.

Peu à peu les éleveurs cherchant de nouveaux terrains de parcours capables de nourrir leurs troupeaux, les pêcheurs des cours d’eau qui ne fussent pas en voie d’assèchement, les agriculteurs des terrains cultivables, ont reflué vers une zone que R. et M. Cornevin (op. cit., p. 44) situent entre Niamey et Abéché, c’est-à-dire dans la région du Niger et de part et d’autre de cette mer intérieure qu’était alors notre lac Tchad.

Ce mouvement s’est étendu de -2500 à -500 c’est-à-dire durant deux millénaires. La Berbérie en même temps qu’elle entrait dans l’Histoire méditerranéenne était coupée du monde noir et le Sahara n’était plus qu’un terrain de parcours de nomades, en général blancs, à l’exception d’une tribu, les Toubbou du Tibesti de race noire, tandis que quelques populations résiduelles noires, sédentaires restaient dans les oasis sahariennes septentrionales, îlots témoins du peuplement ancien du Sahara et non pas, tout au moins pour tous, esclaves importés du Soudan par les nomades berbères et plus tard, arabes.

Ainsi se constituait une « zone de pression démographique » dans le Soudan Central qui, d’après les auteurs déjà cités aurait été à l’origine du « noyau bantou primitif » des linguistes. Les néolithiques sahariens auraient été à l’origine de l’agriculture soudanaise et auraient introduit des cultures comme le mil et le riz africain qui s’étaient développées dans le Sahara Méridional. C’est là aussi que serait née la métallurgie.

Le mouvement Nord-Sud aboutit à une montée de la pression démographique et, vers l’an mille avant JésusChrist, à une explosion qui aboutit à une dispersion sous forme de vagues successives soit vers le Sud où elles se heurtent à la forêt équatoriale qu’elles pénètrent en empruntant les voies fluviales soit vers l’Ouest par la lisière nord de la forêt dense tropicale humide.

Ce schéma semble coïncider avec deux observations ou hypothèses que nous avons faites ou émises précédemment : d’abord le recouvrement de l’hinterland de la façade ouest atlantique par des populations dont il ne reste souvent que des ilots témoins ou des franges littorales et dont les langues appartiennent au groupe sénégalo-guinéen, c’est-à-dire des langues semi-bantou à classes. Il faudra attendre l’arrivée postérieure des Mandé pour modifier la carte linguistique, la composition anthropologique et la carte ethnographique.

En second lieu, la légende relative aux Guio sortis de la montagne Gotlin et qui étaient des forgerons se replace dans le cadre d’une vague d’envahisseurs suivant eux aussi la lisière montagneuse nord de la grande forêt et introduisant la métallurgie.

Ces migrateurs qui étaient soit des conquérants soit des fuyards, parfois les deux ou d’abord l’un puis l’autre, sont appelés par A. Arcin 76Ethiopiens macrobiens d’une façon générale. La dernière vague qui atteignit la côte Ouest Atlantiqtie est dotée par lui du nom de Baga et déborderait très largement la tribu côtière qui porte ce nom. Il les décrit de la façon suivante :

« Excellents arboriculteurs ils apportèrent avec eux le palmier à huile et le colatier, s’établissant de préférence dans ces failles profondes des cours d’eau. Là ils trouvaient la terre noire avec laquelle ils confectionnaient leurs poteries. La famille constituait une cellule indépendante. Grands buveurs et grands guerriers, ils construisaient des monuments mégalithiques, enterraient leurs morts dans les cours d’eau ou accroupis et même debout dans des fosses profondes au-dessus desquelles étaient dressés des cromlechs. Grands féticheurs et grands sorciers ils adoraient les génies locaux ».

Bien sûr, depuis 1911, date à laquelle A. Arcin écrivait cela, nos connaissances ont progressé mais beaucoup de traits contenus dans le portrait du Baga dressé par Arcin se retrouvent dans les populations forestières d’aujourd’hui. Tout d’abord, la culture du colatier et l’abondance du palmier à huile dans la forêt secondaire et sur sa lisière nord. Puis les coutumes concernant l’ensevelissement tant chez les Guéré que chez les Kissi, où nous le verrons, se retrouvent les coutumes d’enterrer les morts accroupis ou même dans le lit de cours d’eau dans certaines circonstances, bien que d’autres auteurs aient attribué cette coutume aux négrilles.

Ainsi, avec l’arrivée des vagues successives la forêt est-elle au moins entamée sur sa lisière nord, même si l’intérieur ne connaît qu’une population excessivement clairsemée soit de « résiduels » soit de « refoulés ». Mais déjà sont en place au cinquième siècle avant Jésus-Christ dans la savane préforestière, forêt parc, forêt galerie, l’ensemble des tribus qui, après brassage plus ou moins prononcé avec les nouveaux arrivants, les Mandé, donneront les actuelles populations forestières de notre Région.

Un point important reste à préciser, celui du peuplement Kissi. Jusqu’à une date récente, la plupart des auteurs pensaient que les Kissi avaient été chassés du Fouta-Djallon par les Mandé et que leur arrivée dans la région forestière ne datait que de deux siècles environ 77.

Certains même donnaient aux Kissi une origine Mandé en faisant d’eux le produit du métissage de primitifs Lélé avec les Djallonké 78 alors que c’est exactement le contraire, les Lélé étant le résultat d’un métissage de Kissi autochtones par des Mandé Kouranko qui leur imposent leur langue.

Quelques années auparavant, en 1907, le même auteur Arcin, assimilait même les Kissi aux Malinké 79. C’est, croyons-nous le médecin-major des troupes coloniales, H. Neel 80, qui aurait fondé le caractère secondaire du peuplement Kissi de la forêt sur le fait que les Kissi n’étaient pas les auteurs des statuettes et que la sculpture de celles-ci devait être le fait d’une population autochtone qui les aurait précédés.

D. Paulme a repris cet argument tout en notant le caractère composite du peuplement Kissi.

« Quelques familles dans le Nord du Pays se vantent d’une origine Mandé ; plus à l’Est on se souvient d’un ancêtre qui serait arrivé de l’Est ; et dans le Sud leurs descendants attribuent volontiers une origine méridionale au lignage 81. L’auteur rapporte également une tradition transmise par quelques vieillards selon laquelle à une époque reculée, une grande migration aurait détaché les Kissi du rameau mandé et les aurait fixés au SW de leur habitat actuel où ils seraient revenus par la suite.
Ce ne serait donc plus des populations refoulées par les Mandé, mais un rameau des Mandé eux-mêmes ! Ce qui serait paradoxal si l’on rappelle que la langue Kissi n’appartient nullement à la famille Mandé.
En fait, tout ceci n’est pas absolument contradictoire si l’on admet que sur sa lisière nord le fond archaîque Kissi proprement dit a été affecté par les invasions mandé Ouest-Est (Djallonké) ou Nord-Sud (Malinké) mais que ces apports n’ont pas été suffisants pour imposer une nouvelle langue, ou bien que les Kissi ont mieux résisté du point de vue linguistique que leurs voisins de l’Est: Toma, Kpellé, Manon, etc. Les auteurs sont en effet unanimes à constater que la culture forestière malgré quelques éléments soudanais dans le Nord, est demeurée intacte et adoptée par les réfugiés de diverses origines que le pays Kissi a pu accueillir 82.

Contrairement à l’idée que les Kissi seraient des refoulés relativement récents du Fouta-Djallon, on doit noter que les Tyapi (ainsi nommés par les Peul et les Malinké) ou Landouman (selon les Soussou, les Baga et les Nalou) qui, au nombre de 1 300, se trouvent dans le cercle de Gaoual, prétendent provenir de la forêt du pays Kissi et ont une grande connaissance de la culture du colatier, ce qui pourrait confirmer cette tradition 83. Il est vrai que les bouleversements ont été tels dans cette région qu’à plusieurs siècles de distance on pourrait voir revenir une branche Kissi sur son habitat primitif – précisons que la langue des Tyapi est voisine de celle des Baga du cercle de Boké et de celle des Timéné de Sierra-Leone, toutes langues appartenant comme le Kissi à la famille sénégalo-guinéenne ou OuestAtlantique.

En fait, l’arrivée récente des Kissi dans leur ensemble sur leur territoire forestier, reposait donc sur l’opinion qu’ils n’étaient pas les auteurs des statuettes de stéatite, dont l’aire déborde d’ailleurs largement le pays Kissi, et que celles-ci (que l’on trouve en terre) n’étaient que d’une ancienneté relative puisque des instruments métalliques avaient été nécessaires pour les sculpter. D’autre part, les détails vestimentaires prouvaient sur certaines pièces sinon une influence tout au moins un modèle portugais.

Si Y. Person n’a pas été le premier à mettre en doute l’attribution de cette statuaire à d’autres qu’aux Kissi et peuples apparentés, puisque les Administrateurs P. Humblot en 1914 et G. Itier en 1926 avaient affirmé qu’ils avaient eu la preuve de la survivance secrète de cet art en pays Kissi, on lui doit une étude complète et approfondie de la question 84.

A Mafindu, village éloigné, proche du pays Toma, l’auteur a trouvé des sculpteurs de statuettes anthropomorphes dont la production est d’un style sommaire et grossier, tout en rappelant les antiques pòmta par certains traits. La question s’est alors posée à lui de savoir si c’était là le produit d’une tradition différente ou le dernier stade d’une dégénérescence.

D’après ce qui a été recueilli à Mafindu, il s’agit d’une tradition très ancienne, mais ces statues n’avaient pas de valeur rituelle. Les enfants s’y essayaient et il s’opérait une sorte de sélection parmi eux. Par la suite, on assista à une perte d’intérêt et les sculpteurs se firent de plus en plus rares. Cependant, le pays est un des plus riches, sinon le plus riche en pòmta.

La population Kissi dans son ensemble ne pense pas que le pòmdo soit fait de main d’homme, mais en allant plus en avant dans ses investigations, Y. Person a appris des vieillards qu’un pòmdo avait bien été sculpté par un ancêtre et que la découverte de la statuette est due à la volonté de cet ancêtre qui désire l’avoir pour demeure.

Cette sculpture sur pierre serait liée à la forme d’Initiation la plus ancienne le « Toma Dugba » qui aurait été détrôné dans l’Est, vers 1800 par le Toma Pokina, rite calqué sur celui des Toma, et le Toma Bendu dans le Nord et l’Ouest avec une influence malinké et l’Initiation Sokoa, purement Kissi dans l’Ouest et le Sud.

Le Toma Dugba, initiation archaïque, orientée autour de la circoncision, serait encore pratiquée dans trois villages (Kundian-Laddu et Yadu) du canton de Baïdu ; c’est pendant la période de guérison que les nouveaux circoncis recevaient des morceaux de stéatite et un sujet indiqué par le surveillant. Les talents se révélaient alors. Le produit de ces essais n’avait pas la valeur religieuse et les statuettes étaient abandonnées dans la forêt. Les jeunes gens les plus doués continuaient à sculpter sur commande, l’initiation terminée. Après la disparition du Toma Dugba, la coutume s’est perpétuée.

Selon les informateurs, même dans les temps anciens, on distinguait des statuettes, objets d’art et des statuettes objets rituels. Ces dernières étaient gardées dans la forêt ou sur une tombe et quand le village disparaissait les statues restaient ensevelies. Découvertes en terre à l’occasion des travaux agraires ou d’une nouvelle construction, elles prenaient valeur religieuse et l’ancêtre correspondant à elle se révélait au découvreur et l’informait de son intention d’y élire sa demeure.

Il n’y a donc, semble-t-il, aucune solution de continuité entre les anciens occupants du sol et les Kissi, même si ceux-ci ne sont que les descendants métissés d’apports allogènes, de ceux-là.

Le grand nombre de statuettes découvertes à ce jour et la variété des styles amènent à penser que cet art a duré de longs siècles.

D. Paulme a étudié plus spécialement deux statuettes Kissi. Ce sont des statuettes « Janus » qui représentent l’interrogatoire du mort pendant les funérailles, ce qui est proprement un trait de la culture archaïque, qu’elle soit paléonigritique de savane ou ouest-africaine et forestière. Y. Person pense même qu’il peut s’agir de l’interrogatoire d’un pòmdo par un devin, ce qui serait non seulement sylvestre mais précisément Kissi.

La sculpture sur pierre des proto-kissi, comme la sculpture sur bois des Toma, des Kpellé et des Manon (lesquels ignorent la sculpture sur pierre) est liée à la « forêt sacrée », siège de l’initiation et donc à la très vieille civilisation forestière.

Or à trois exceptions près, l’aire des statuettes de stéatite coincide avec le territoire des Kissi-Krim-Sherbro au milieu du XVe siècle, selon ce qu’on peut déduire des récits des navigateurs portugais de l’époque.

Ces exceptions sont : d’une part le pays G’bélé où des statues de pierre sont signalées par Schwab et que Y. Person classe en Kru du point de vue linguistique mais que de Lavergne de Tressan classe en Sénégalo-guinéen, ce qui n’en ferait plus une exception ; d’autre part, la région de Manfara dans le canton de Tinki où certains villages Kissi (Firawa, Kossilan et Telebodu) disent ne pas trouver de statues sur leur territoire. Ce dernier fait ne pose pas de problème s’il est exact que ces villages ont toujours ignoré l’iniation Toma Dugba.

Même si Y. Person a raison contre de Lavergne, le fait que l’aire de la statuette déborde le cadre strict Kissi, Bulom, Sherbro, Krim, peut s’expliquer par les relations étroites qui existaient entre les G’bélé et les Kissi du Wamu sur la rive gauche de la Makona avant que l’invasion Sumba du XVIe siècle ne les séparent.

Quant aux Mani, s’ils appartiennent bien à la famille Kissi-Sherbro et qu’on ne trouve pas de statuettes sur leur territoire, ils en ont été séparés par les Temmé dès le XIVe siècle et occupent une position excentrique.

Y. Person se base également sur la toponymie pour étayer sa théorie selon laquelle les Kissi-Krim-Sherbro s’étendaient bien au-delà de leurs frontières actuelles et ce à une époque très reculée.

La démonstration est ici moins probante à notre avis. Tout d’abord, en matière de toponymie, il faut être extrêmement méfiant comme en matière de noms de clan. Il y a souvent pluralité de toponymes et les cartographes peuvent noter des toponymes qui leur sont indiqués par des interprètes qui veulent se procurer des lettres de noblesse en prenant des appellations non autochtones mais données par le conquérant dominant.

Ce ne serait pas le cas ici puisque :

« la toponymie Kissi présente un caractère exceptionnel, elle est inexplicable par la langue Kissiye actuelle », ce qui semblerait contredire la thèse, mais l’auteur ajoute « sauf un très petit nombre de formes qui intéressent heureusement un très grand nombre de lieux » 85.

Cette toponymie qui est liée au pays Kissi n’a que peu d’analogies avec celle des pays Toma et Malinké ; elle a disparu du pays Kouranko qui fut le siège d’un peuplement Kissi et Y. Person d’ajouter :

« Pour que ces toponymes aient survécu, il faut qu’un fort métissage ait eu lieu et non une élimination pure et simple comme ce fut le cas en pays Kouranko ».

L’auteur signale en outre qu’en pays Kono, actuellement de langue mandé-tan dite résiduelle, mais dont les habitants stabilisés depuis le XVIe siècle se considèrent comme cousins des Kissi, il subsiste une toponymie plus qu’à demi Kissi.

Si en pays Toma et Gbandi, les toponymes Kissi paraissent absents, en pays Mendi un quart des toponymes sont Kissi.

Plus à l’Ouest, en pays Temné, absence de toponymie Kissi mais présence dans l’Ouest du pays Vai jusqu’à l’embouchure de la Makhona ou Moa.

Là où on constate une parenté de langue évidente, pays Krim et Sherbro, il y a parenté des toponymes.

En conclusion :

« Nous voici donc amenés à présumer que la totalité du Kono, une grande partie du Mendi et une partie du Vai, c’est-à-dire une zone qui correspond très exactement à celle où l’on trouve des pòmta, a été occupée à une époque donnée par les ancêtres des Kissi-Sherbro ou du moins par des groupes ethniques étroitement apparentés » 86.

Si les artistes à qui l’on doit les statuettes n’avaient aucun rapport avec les Kissi, il faudrait supposer, puisque le fer n’est apparu qu’au vie siècle et qu’il est indispensable à cet art, et puisque vers 1300 les Kissi-Sherbro étaient en place, que le peuple auquel appartenaient ces artistes après avoir créé et fait évoluer cette statuaire, a disparu sans laisser de traces.

Les armures et les boucliers portugais visibles sur certaines pièces prouvent qu’au xve siècle, cet art éait bien vivant et concommittant à la présence Kissi. D’ailleurs, Antoine Malfante, un voyageur italien, de passage au Touat 87 signale que les peuples situés au sud des empires soudanais, idolâtres, en guerre les uns contre les autres, vénèrent des statues de pierre, et ce au mifieu du xve siècle.

Nous ne pouvons que renvoyer à la conclusion générale de Y. Person et en déduire que sinon les Kissi que nous connaissons mais des Proto-Kissi occupaient l’Ouest de la région forestière en des temps très anciens et constituent avec les Kru représentés par les Guéré, les Basa et les G’bélé, le substratum humain sur lequel les sédiments mandé vont se déposer pour donner les populations de la région forestière actuellement en place 88.

L’APPORT MANDE

Les Mandé représentent l’apport néo-soudanais qui, au néolithique, refluant du Sahara en voie d’assèchement, aurait soumis ou refoulé et cantonné le vieux fonds soudanais dans les falaises (Dogon de Bandiagara), dans les marécages, sur les plateaux du Sud du Soudan, et même à la lisière ou dans la forêt dense comme nous l’avons vu.

L’origine de ces Mandé a fait l’objet d’une abondante littérature et parfois d’hypothèses bien hasardeuses.

Pour A. Arcin qui suit assez fidèlement L. Desplagnes, les Mandé seraient les descendants des peuples de la Mer qui depuis la Libye se seraient étendus sur le Sahara, se métissant de peuples noirs ou rouges d’origine nubo-éthiopienne aussi bien que soudanaise.

Pour eux, ce terme de Ma est celui qui désigne l’ancêtre commun venu de la mer et divinisé et qu’on retrouve dans le nom d’un peuple « Garamante » dont parlent les auteurs anciens.

Ils font le rapprochement avec les animaux, tous liés à l’eau que l’on retrouve dans les dyamu ou noms de clans des mandé-garamante aussi bien que Malinké : Mandé, Manding signifierait homme de la mer 89.

Le début de l’histoire de la Guinée Française d’Arcin est fourni en rapprochements hasardeux. Ces Garamantes, dont Hérodote nous a parlé, auraient été des éleveurs de bovidés et de moutons mais en même temps des pillards prélevant un péage sur le passage des caravanes et razziant les sédentaires du littoral méditerranéen. En même temps, ces Garamantes qui habitaient à dix jours de marche de l’oasis d’Aujila, faisaient « la chasse aux Ethiopiens Troglodytes sur des chars à quatre chevaux » 90.

On a assimilé les Touareg actuels aux Garamantes et les Toubou du Tibesti aux Ethiopiens Troglodytes 91, mais s’il est cetain que les noirs sahariens se soient trouvés au contact des proto-berbères dont un des éléments constituants a pu en effet être les Peuples de la Mer venus des bords de la Mer Noire et d’Asie Mineure, il semble que ceux-ci ont peut-être donné une aristocratie de chefs à certaines tribus noires du Sahara mais non un apport de sang étranger tel que la nature même de ces peuples en ait été modifiée.

M. Delafosse, beaucoup plus prudent, a rejeté l’éthymologie : les différentes branches mandé n’ont pas de totem de peuple mais seulement de clan. Mali n’a rien à voir avec l’hippopotame, ni Mandé avec le lamentin, pas plus que Banmana avec le crocodile

Le nom de Mandé donné aux Soninké, Malinké, Diallonké, l’est par nous faute d’appellation par les intéressés eux-mêmes qui connaissent un nom par branche mais pas pour l’ensemble de la famille.
En réalité, « Mandé » n’est que le nom du pays de l’une des branches 92 celle des Malinké : Mandé, Mandeng, Mandi, Manding qui deviennent Mané ou Mani dans la bouche des Ouassoulounké, Male ou Mali dans celle des Soninké, Malle, Malli, Mellé ou Melli dans celle des Foulbé, sont des variantes du nom de ce pays situé dans le triangle Siguiri-Bamako-Kita. Les auteurs arabes avaient en général retenu le terme Melli, les auteurs européens ont retenu les termes de Mandé, Manding et Mali et ont étendu le terme Mandé à l’ensemble de la faniille. En passant du plan linguistique au plan ethnologique, ils ont englobé sous ce terme des peuples qui ont certes reçu un apport physique plus ou moins important et qui ont adopté la langue mais qui, par contre, ont assimilé ces migrateurs ou envahisseurs sur le plan de la culture : tels sont la plupart des peuples de la région forestière de Haute-Guinée.

Parmi les Mandé, Delafosse distingue les Mandé du Nord dont le domaine primitif s’étendait le long du Niger à partir du Diaga et qui comprenaient les Bozo, les Soninké et les Dioula, les Mandé du Centre dont nous avons localisé le noyau primitif et qui comprenaient les Kagoro, les Banmana, les Khassonké et les Malinké ou Manding ainsi que les Foulanké métis de Foulbé et de Mandé. Enfin, nous intéressant plus particulièrement, les Mandé du Sud dont le berceau a été constitué par le Fouta-Djallon du Haut-Tinkisso à la Haute-Falémé : ils comprenaient les Djallonké, les Samo, les Samorho, les Sia et diverses tribus de moindre importance.

Ces Mandé du Sud ont dû, de par leur position géographique, se mélanger avec un fonds « vieux soudanais » plus important que chez leurs frères du Nord, et cela explique peut-être que par la suite ils se soient alliés et mêlés plus facilement avec les populations sylvestres cousines, refoulées des vieux soudanais de la lisière nord de la forêt.

Les Mandé ont contribué très largement à la formation de ces Empires Soudanais par lesquels l’Afrique Occidentale et Centrale sera connue de l’Europe et du monde musulman.

Contrairement à une idée qui a été trop largement répandue, ce n’est pas à l’Islam que ces Empires doivent leur formation même si par la suite celui-ci les a fortement imprégnés.

Parmi ceux-ci il faut citer l’Empire de Ghana situé entre Sénégal et Niger et dont la capitale a pu être identifiée avec Koumbi Saleh à mi-chemin entre Néma et Nioro. Il a été fondé avant l’Hégire par des princes de race blanche qui ne sont évidemment pas des arabes mais probablement des berbères émigrés d’Afrique du Nord à la suite des troubles religieux ou autres que connut cette région dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Ils auraient régné au nombre de quarante quatre sur des poptilations Mandé, Ouangara ou Ouakoré qui étaient des Soninké, ancêtres des Sarakollé d’aujourd’hui.

C’est vers 790 qu’a lieu la révolte des vassaux sous la direction de Kaya Maghan Sissé qui chasse vers le Tagant, le Gorgol et le Fouta les tribus berbères blanches.

L’Empire noir de Ghana prend une extension considérable, s’étend en partie sur le Hodh et le Tagant au Nord, le Diaga, le Kaarta, etc. jusqu’au Sénégal et au Baoulé, en partant de l’Aoukar.

Aux IXe et Xe siècles, les Berbères du Sahara Occidental sont soumis à une seule autorité, celle des Lemtouna qui fondent le royaume d’Aoudaghost, vassal du Ghana. Mais en 990 Aoudaghost est pris par le Tounka (empereur) du Ghana qui y installe des troupes et un gouverneur.

A cette époque, les Berbères ne sont pas encore Musulmans, ils n’en supportent pas moins difficilement la domination noire des Soninké et se groupent autour d’un chef Zenaga, Tarsina, qui se convertit et fait le pélerinage à la Mecque. A sa mort, son gendre Yahia Ibn Ibrahim lui succède, fait également le pélerinage et s’assure le concours d’un savant musulman, Abdallah Ibn Yassin pour instruire les Berbères dans la Foi. Abdallah se retire avec huit compagnons dont Yahia dans une île que l’on situe ordinairement au milieu du fleuve Sénégal: de nombreux disciples se groupent autour d’eux, ils deviendront les al-Morabethin, les gens du Ribat ou monastère qu’Abdallah avait créé. Après quelques difficultés et avec l’appui des Berbères de Sijilmassa, il se rend maître du Sahara Occidental et l’homme qu’il a mis à la tête des troupes Berbères, Yahia ben Omar s’empare d’Aoudaghost en 1054.

Tel est le début des Almoravides (déformation de Al-Morabhétin) qui conquerront le Maroc et l’Espagne.

Bien qu’amputé du Royaume d’Aoudaghost, la puissance du Ghana était encore immense : le géographe arabe El Bekri nous a décrit la vie à la Cour du Tounka. Sa puissance reposait sur le commerce de l’or et sur la position de Ghana intermédiaire entre les Blancs du Maghreb et les Noirs des régions au Sud.

Le successeur de Yahia ben Omar à la tête de l’Empire almoravide, Abou Bakr Ibn Omar s’empare du Ghana en 1076 mais à sa mort en 1088, les différentes parties prennent leur indépendance : les Berbères Messoufa, Goddala et Lemtouna, sauf ceux de l’Adrar, se rendent indépendants et le Royaume noir éclate, son noyau reste limité à l’Aoukar et au Bassikounon et les vassaux ou tributaires forment autant de communautés indépendantes.

Pendant ce temps se créait à l’autre extrémité de l’Afrique Occidentale l’embryon d’un empire qui ne devait atteindre son apogée que beaucoup plus tard, l’Empire Songhay, autour de Koukia : son origine mythique met en jeu les Sorko. Au VIIIe siècle des Berbères peut-être venus de Tripolitaine, débarassent les Songhay des Sorko qui s’éparpillent le long du Niger tandis que les Dia berbères,
commandent à un noyau Songhay autour de Koukia. Le Dia qui règne ail début du XIe siècle se convertit à l’Islam et transfert sa capitale de Koukia à Gao qui sera au Soudan Central ce que fut Ghana pour le Soudan Occidental. Les Dia qui règnent aux XIIe et XIIIe siècles ont des noms qui ne sont pas tous à consonnance berbère mais Songhay. En 1325, le royaume devient vassal d’un nouvel Empire,
le Mali, et ce n’est qu’au XVe siècle avec les souverains Sonni animistes puis au XVIe siècle avec les Askya Musulmans que l’Empire de Gao atteindra son apogée
avaiit de succomber sous les coups des Marocains.

Si l’Histoire de ces Empires Soudanais a pu avoir des répercussions très amorties sur la Région concernée par notre Etude à la suite des mouvements de population entraînés par les bouleversements qu’ils ont connus, l’Empire du Mali ou Manding qui était au contact de cette région, a eu une importance beaucoup plus grande pour elle.

Lorsque les Almoravides s’emparèrent du Ghana, certains clans Soninké s’enfuirent jusque dans le Kaniga où ils créèrent avec leurs compatriotes déjà sur place depuis le VIIIe siècle, le royaume du Kaniga qui deviendra le royaume Sossé à la suite d’alliances avec de nouveaux immigrants, des Peul Ferobé appartenant au clan des So (début du XIIe siècle). Une révolution de Palais provoque l’exil au Kaarta de la famille régnante et l’installation sur le trône du clan Kanté auquel appartenait le chef de l’armée : Diara.

Le Royaume Sossé atteint son apogée sous le fils de Diara, Soumangourou Kante qui à son tour s’empare de Ghana, de l’Aoukar, du Bagana et du Diaga avant de s’attaquer au Roi du Manding Naré Fa Maghan.

A ses débuts, le Royaume du Mali ou Manding était restreint à la région comprise entre le Niger et le Sankarani en bordure de la région aurifère du Bouré, avec Niani comme capitale. Il faillit bien être absorbé par le Royaume Sosse, de Soumangourou Kante.

Ce fut le contraire qui se produisit grâce à un fils de Naré Fa Maghan, nommé Maghan Mari Diata surnommé Soundjata 93. Infirme jusqu’à dix ans, il devint, nous dit la légende, un grand guerrier mais qui fut obligé d’aller chercher refuge auprès d’un chef Soninké, lequel avait quitté Ghana pour Méma, pour fuir son demi-frère Dankara Touman qui avait succédé à Naré Maghan.

Les agissements de Soumangourou Kanté provoquèrent une révolte des peuples du Mali dont le roi, Dankara Touman, s’enfuit devant l’armée Sosso. Il ne s’arrêta que dans la Forêt où, selon Djibril Tamsir Niane cité par R. Cornevin, il aurait déclaré « An Bara Kissi », ce qui, en Malinké, signifie « nous sommes sauvés » et serait à l’origine du nom de Kissidougou.

En fait, cet épisode avait déjà été cité par H. Neel 94 et repris par R. Cornevin 95 mais en l’appliquant aux Kissi eux-mêmes chassés du Fouta par des Diallonké et non à ces Malinké de Dankara Touman qui ont peut-être déjà à cette époque laissé des éléments dans le pays. Si l’on en croit D. Paulme 96 le métissage serait bien plus récent : XVIIIe siècle. Mais il a pu se produire en plusieurs fois à différentes époques.

C’est à ce moment que Soundjata rentre en scène et l’armée que son protecteur, le Tounka de Méma lui a confiée, recevant l’appui des Camara, des Traoré, des Konaté, des Kourouma et des Kondé, d’abord vaincue à Tabo dans le Labé (Fouta-Diallon), à Néguéboria et à Kankigné, bat enfin l’armée de Soumangourou Kanté à Krina entre Bamako et Kangaba après avoir reçu le renfort d’archers Bobo.

Soundjata Keita après une série de succès, s’empare à son tour de l’Aoukar, de Ghana et de Oualata. Il installe une sorte de féodalité dont ses vassaux au nombre de douze sont les chefs, lui-même s’établissant dans le pays de Kita chez les Camara. Il reconstruit sa capitale Niani que Soumangourou Kanté avait détruite. Le Mali est possesseur des trois grandes régions aurifères : le Galam, le Bambouk et le Bouré, d’où sa richesse et sa réputation qui déborde largement ses frontières. Sous ses successeurs, elle atteindra l’Europe et l’Orient.

De 1255 à 1270 règne son fils Mansa Oulé qui fait le pélerinage de la Mecque et chasse les Djallonké du Konkodougou mais le Mali atteint son apogée sous le règne de Kankan Moussa (1312-1337) qui nous est connu par l’historien Ibn Khaldoun.

Ce Kankan Moussa dont le pélerinage aux lieux saints de l’Islam a laissé des souvenirs dans tous les pays traversés a été l’auteur de l’introduction de la civilisation musulmane, et non plus seulement de la religion musulmane au Soudan. C’est lui aussi qui donne une dimension internationale au Mali. C’est également sous son règne que l’Empire atteint sa plus grande extension territoriale, allant de l’Atlantique au Niger (il prend Gao, le Dia Songhay se soumet et lui confie ses deux fils en otage) et du désert à la forêt. Sa pression sur le Djallon va être à l’origine d’une migration apportant en de nombreux domaines, dont le domaine linguistique n’est pas le moindre, une mutation pour les peuples forestiers.

Quels ont été les rapports au Moyen Age entre ces empires faisant preuve d’une organisation souvent remarquable et d’une civilisation relativement brillante, et les populations de la Forêt guinéenne ou de sa lisière nord ?

Pour R. Mauny dans son tableau géographique de l’Ouest Africain au Moyen Age, il s’agit surtout de rapports de méfiance et de crainte. Si le Soudan était le pays de l’or, la Haute-Guinée forestière était celui des colas indispensables aux populations du Sahel et du Soudan, mais aussi celui des esclaves non moins indispensables à ces Empires, à la cour de leurs chefs, à leurs nombreux dignitaires et à leurs armées.

R. Mauny citant Léon l’Africain 97 lequel parle de populations vivant dans de pires conditions que les bêtes, pense qu’évidemment il ne peut s’agir des sujets des Empires Soudanais mais du « chapelet de peuplades paléonigritiques du Sud du Soudan et de la Forêt qui servaient de réservoirs à esclaves pour les peuplades musulmanes du Nord ».

Quant à Ibn Babouta, il parle de « nègres anthropophages, gardiens des mines d’or ».

Les facteurs climatiques, comme plusieurs millénaires auparavant, ont peut-être joué un rôle que masquent les facteurs politiques dont ils ne sont que la conséquence. Dans ses Recherches sur l’Empire du Mali, Djibril Tamsir Niane 98 souligne l’assèchement qui semble avoir été brutal de la région de Ghana et l’extension des Malinké, d’après lui, serait due à la dispersion des Soninké consécutive à ce phénomène climatique. Et encore une fois, les effets de celui-ci auraient eu une incidence certaine sur les pays de la Haute-Guinée et sa forêt jusqu’au massif occidental de Côte-d’Ivoire.

R. Cornevin distingue trois formes d’expansion des tribus parlant Mandé 99 :

  • la conquête par des troupes en chômage des empires soudanais qui conquièrent des pays païens pour la foi du prophète et la protection des pistes caravanières
  • migration d’un peuple bousculé par les guerres. Ces tribus déplacées gardent intactes la cohésion de leur groupe ethnique et ce sont elles qui assimilent les tribus préexistantes
  • expansion purement culturelle. Les populations primitives adoptent le dialecte mandé à la suite de métissages et de contacts prolongés ».

La Région Forestière de Haute-Guinée a connu successivement ou simultanément ces trois formes d’expansion.

Les premiers mandé à avoir métissé les peuples de la forêt, semblent être les tribus du Diallon 100 qui débordaient largement ce massif vers le Nord pour voisiner avec les Manding à l’Est et les Kagoro au Nord. Ils étaient donc présents sur le Bafing, la Falémé et le Sénégal.

Déjà au VIIIe siècle, l’installation des Soniké dans le Gadiaga et des Foulbé dans le Khasso repousse les Diallonké vers le Sud.

Mais c’est sous le règne des grands empereurs du Mali au XIIe siècle et avec la conquête du Labé, du Konkodougou, du Bambouk et du Gangaran que les Diallonké entament une migration vers la Côte Atlantique où, s’infiltrant à travers les populations Baga, réduisant les unes, assimilant les autres, ils s’installent dans la région de Conakry devenant les Soussou de la Basse-Guinée selon M. Delafosse. Tamsir Niane pense que des Sosso du royaume ruiné de Soumangourou Kanté auraient accompagné les Diallonké et que ce sont eux qui seraient à l’origine des Soussou de la Côte.

Cette migration depuis les régions de Labé et de Timbo aurait également pris la direction du Sud-Est. Il se produisit alors une infiltration entre les Manding du Haut-Niger et les peuples de la forêt qui d’ailleurs, à cette époque, se trouvaient installés plus sur sa lisière nord qu’à l’intérieur où, nous l’avons vu, ne devait exister qu’un peuplement clairsemé et archaîque de réfugiés.

Ces Diallonké, nous dit M. Delafosse 101 « étaient surtout des cultivateurs de cola et obligés de quitter leur pays, ils recherchèrent tout naturellement une région où ils puissent continuer à se livrer à leur industrie. C’est ainsi, à mon avis, que se dessina cette très curieuse migration qui a porté les mandé méridionaux du Fouta-Djallon jusque dans le centre de la colonie actuelle de Côte-d’Ivoire, tout le long de la limite nord de la forêt dense ; au cours de cette migration qui dut s’accomplir du XIIIe siècle au XVe siècle, environ, les Diallonké perdirent en grande partie leur caractère national en se mêlant aux autochtones de la forêt qui leur donnèrent asile et ainsi se constituèrent sans doute les peuplades des Mendé, des Toma, des Kpellé, des Dan, des Toura, des Lo ou Gouro, des Mona, des Ngan, etc. qui sont toutes caractérisées par ce fait qu’elles se livrent à la culture des colatiers et par cet autre que leurs langues malgré la diversité des vocabulaires se rattachent grammaticalement à la famille des langues Mandé ».

Cette migration n’eut pas le même effet sur les Kissi qui, se trouvant peut-être plus au Sud à l’abri du courant Diallonké, se gardèrent des influences Mandé et en particulier conservèrent leur langue intacte.

En effet, au XIIIe siècle, les Toma occupent non seulement un territoire plus au Nord que leur territoire actuel, c’est-à-dire le Sud du cercle de Kankan mais encore la moitié Est de celui de Kissidougon et la moitié Ouest de celui de Beyla (région de Bissandougou et Kérouané).

Les Manon sont les occupants du cercle de Nzérékoré et les Kpellé de l’Est du cercle de Beyla, ayant pour voisins à l’Est les Dan, lesquels précèdent les Gouro.

Vers le Nord-Est, c’est-à-dire la région d’Odienné, les Bobo et les Senoufo sont au contact des Toma, des Kpellé et des Dan. Vers le Sud-Est, les Guéré occupent, outre leur habitat actuel, le massif de Man et celui du Nimba et ses alentours tandis que d’autres Kru, les Basa, s’étendent sur la majeure partie du Libéria.

L’Ouest et le Nord-Ouest (Libéria – Sierra-Leone – Guinée) sont le domaine des Sapes (Tyapi-Baga-Temne) dans l’hinterland, des Nalu, Baga Fore sur la côte et nous avons vu que les Mani-Bulom-Sherbro-Krim-Kissi occupaient un territoire en croissant autour des Limba.

Telle semble être la répartition des populations dans et autour de notre région encore que bien des divergences existent entre les auteurs 102 qu’il ne semble guère possible de départager.

Un fait en tout cas paraît certain, c’est que nos populations dans leur ensemble se trouvent géographiquement placées au Nord de leur habitat actuel et qu’après cette étape de métissage avec les Mandé, c’est à un refoulement vers le Sud que nous allons assister. Mais leurs traits généraux tant du point de vue physique que linguistique et culturel sont à peu près établis dès cette époque.

L’INVASION MALINKE

Au Soudan, le XVe siècle est caractérisé par la montée du royaume Songhay et le déclin du Mali.

Après une tentative pour secouer le joug du Mali, celui-ci fut rétabli sur le Songhay sous le règne de l’Empereur malien Souleiman, frère de Kankan Moussa. Les Soni païens qui avaient succédé aux Dia réussirent cependant à constituer une armée qui va successivement prendre et piller la capitale du Mali puis la Ville de Mena.

C’est le Soni Ali (ou Ali Ber, Ali le Grand) qui porte la puissance de l’Empire Songhay à un haut degré luttant contre ses voisins de l’Est et du Sud aussi bien que contre les Foulbé. Son successeur, Soni Barou, qui refuse de se convertir à l’Islam, est détrôné par un général d’Ali Ber, Mohammed Touré, qui sera le premier souverain musulman de la Dynastie des Askya.

A ce moment, on enregistre la décadence complète du Mali dont les populations dans un état d’anarchie grandissant, vont reprendre les migrations lesquelles vont détruire la stabilité relative qu’avait connue la Région Forestière de Haute-Guinée.

Mais en même temps, autre facteur d’instabilité, les Foulbé du Macina quitteront en partie le pays, une fraction vers le Liptako et l’autre vers le Sud dans le Fouta-Djallon.

Dans le royaume de Diara ou Kaniagua, entre Néma et Nioro, un chef Peul nommé Tenguella voulait imposer sa suzeraineté au chef Soninké tributaire des Askia de Gao. En 1512, l’askia Mohamed envoya une expédition contre Tenguella qui fut tué. Son fils adoptif Koli Tenguella ou Tenguela commença alors la conquête du Fouta Sénégalais où, vers 1550, il fonde une dynastie (Satigui ou Denyankobhe ou Denyanke que les voyageurs européens ont fait connaître sous le nom de Siratique) qui régnait sur les Toucouleur. Si les Foulbé étaient encore païens, beaucoup de Toucouleur étaient déjà musulmans et en liaison avec l’islam marocain.

Koli Tenguella avait formé une armée puissante qui comprenait des contingents Tenda, c’est-à-dire Coniagui, Bassari et Badiaranke, redoutables guerriers. Ce n’est pas vers le Mali qu’il la dirigea mais vers le Djallon, qui reçut alors le nom de Fouta en mémoire de la base de départ, le Fouta Sénégalais ou Fouta Toro. Dans le Djallon existaient déjà des pasteurs Foulbé venus du Manding (Ouassoulou) et qui avaient été bien accueillis par les Soso et les Baga qui, gardant les vallées en tant qu’agriculteurs, leur avaient cédé les plateaux pour l’élevage.

Ces Soso ou Susu soutinrent Koli qui soumit ou refoula les tribus Baga, Landouman vers la Côte et créa un royaume lequel, après qu’il eut défait la confédération Sérère-Diola, s’étendit du Haut-Niger au Bas-Sénégal sur tout le massif du Djallon.

Par la suite, le royaume se disloqua et les chefs Denianke demeurés au Djallon se rendirent indépendants.

Il faut noter que cette époque de l’histoire de la Guinée pose de nombreux points d’interrogation du point de vue de la chronologie. Pour Y. Person, c’est vers 1480-1500 que l’Empire Peul de Koli Tenguella s’étend d’un Fouta à l’autre (les Kissi, p. 49). Pour R. Cornevin (Histoire de l’Afrique, p. 230) c’est vers 1550 que Koli fonde au Fouta Sénégalais la dynastie des Denianke et au XVIe siècle que des Foulbé gagnent le Djallon ! A. Arcin (Histoire de la Guinée française, p. 65), qui note que Koli aurait dû bénéficier d’une longévité exceptionnelle pour accomplir tous les hauts faits qu’on lui prête, pense qu’il s’agit de plusieurs Koli différents de la grande dynastie des Foulbé fétichistes.
Quoiqu’il en soit, l’implantation des Foulbé au Djallon à la fin du XVe siècle au plus tôt, ou plus probablement au XVIe siècle, amena de grands bouleversements dans le Nord-Ouest de la Guinée qui eurent évidemment des répercussions sur le Sud.

Les peuples Baga ou apparentés sont refoulés sur la côte, certains disparaissent même (A. Arcin, p. 63, cite les Kassolo et les Kakandou). Les Baga proprement dits repoussent, d’après Y. Person, les Baga Foré dans les marécages, les Mani entre Kindia et la Haute Scarcie, les Temné au Sud. Les Limba ont reculé à l’Ouest et perdu le Solima et une partie du Koinadougou.

La pression Malinké va se faire de plus en plus forte suite à l’anarchie qui s’est installée dans l’ancien empire du Mali, soit à l’Ouest avec la formation des Peuples Kono et Kouranko, soit à l’Est avec la descente des Toma, des Kpellé et des Dan vers le Sud et, en conséquence de ce mouvement, la grande invasion Sumba d’Est en Ouest du Libéria au Sierra-Leone et à la Guinée.

Cette invasion Malinké semble très différente de la migration Diallonké de la période précédente.

Les Kono de Sierra-Leone sont le produit de la conquête d’une partie du pays Kissi par des Malinké proches des Vai qui eux, s’installent au Libéria. En fait, la population conquise n’est pas détruite et il y a assimilation réciproque par la langue qui est un apport mandé et par la culture qui reste forestière et proche des Kissi.

Les Kouranko sont des Manding de la famille des Mara qui traversèrent le Haut-Niger, s’organisèrent dans le Koinadougou (soit au Nord-Est de la SierraLeone). Ils expulsent les Limba et repoussent les Kono qui avaieilt occupé le Sud du Koinadougou au détriment des Kissi un siècle plus tôt. Au début du xvije siècle, ces Kouranko repassent le Niger en direction de l’Est sous le commandement de Sosso-Wali Mara. Des Diallonké (que les Malinké appelaient Bambara) formaient un noyau adossé au pays Kissi. Les Kouranko en font la conquête et occupent ainsi le pays entre Niger et Niandan.

Y. Person qualifie de symbiose antagoniste le complexe Kouranko-Kissi ayant emprunté certains traits culturels aux Kouranko, mais les Kouranko « les exploitant comme source de riz et d’esclaves jusqu’à la conquête européenne »… « suscitent des chefferies Kissi d’influence malinké ».

Il était plus profitable pour les Kouranko de les razzier périodiquement que de les refouler ou de les détruire, aussi la situation se stabilisa-t-elle dans cette partie Ouest de la région forestière pendant un certain temps.

Les Kouranko sont donc au contact des Konianké, ces mandé appartenant aux différents clans Koné, Dosso, Kamara et Diomandé qui, venus également du Manding, se sont infiltrés sur la lisière Nord de Beyla et Touba au contact des Toma, Kpellé et Dan.

Et voici qu’une nouvelle source de renseignements apparait, non certes sur notre Région mais cette fois sur sa périphérie Sud d’où l’on peut faire certaines déductions sur ce qui se passe dans la Région forestière de Haute-Guinée elle-même : ce sont les navigateurs portugais dont certains sont témoins oculaires et même parfois participants involontaires aux événements que la Région connaît au XVIe siècle.

Au début du siècle, c’est Duarte Pachero Perreira avec son « Esmeraldo de Situ Orbis » et à la fin de celui-ci André Alvares de Almada auteur du « Tratado Breve dos Rios de Guinée ». Il faut citer aussi Valentin Fernandes et Guerrero.

C’est grâce à eux que nous pouvons nous faire une idée de l’emplacement occupé par les diverses tribus que nous connaissons aujourd’hui et en déduire avec l’aide des témoignages qu’ils apportent, les grandes lignes des événements historiques.

Certes la chose n’est pas aisée et les spécialistes ne sont pas toujours eux-mêmes d’accord entre eux sur l’application des noms portugais aux tribus concernées 103.

A l’époque où Pachero Perreira écrit, les Kissi-Sherbro Krim et Bulom forment un bloc compact Nord-Est et Sud-Ouest depuis le Niandan-Balé jusqu’à l’Océan. Mais au milieu du XVIe siècle, une invasion brutale va se produire, celle des Sumba ou Mane sur l’origine de laquelle bien entendu les avis divergent.

Y. Person 104 a étudié cette période et en a tiré la conclusion que c’est de l’Est de la Région forestière de Haute-Guinée que l’invasion est partie entre 1450 et 1550.

Ces Sumba s’appelaient entre eux « Mane » et leur nom signifierait peut-être anthropophages en Temné. C’est effectivement la réputation qu’ils avaient d’après le témoignage de deux Portugais naufragés faits prisonniers par les Sumba et enrôlés de force dans leur armée.

L’invasion aurait eu lieu en deux colonnes : l’une suivant la côte, l’autre à l’intérieur en venant de l’actuel territoire libérien et du Sud-Est de la Sierra-Leone avant d’atteindre la Guinée jusqu’à la presqu’île du Kaloum.

Les Sumba ou Mane écrasent les Boulom, soumettent les Sape (Temné, Baga) qui à cette époque sont décrits comme dégénérés, mais ayant tenté d’envahir le Djallon se heurtent aux Foulbe, et aux Sosso de même qu’ils ne peuvent réduire les Limba. Leur avant-garde qui s’enfonce comme un coin en pays Limba serait la tribu des Loko.

L’évolution de cet empire Mane-Sumba est hors de notre sujet : assez rapidement conquérants et conquis ont dû se mélanger et les Temné commandés par des chefs Mane deviennent un peuple guerrier en conflit perpétuel avec leurs voisins.

L’empire Mane se disloque mais les chefferies indépendantes auxquelles il donne naissance sont souvent dirigées par des Mane.

Certains ont voulu voir (Cf. M. Houis) dans l’invasion Mane la simple descente à la côte des Mani de la Haute-Scarcie : ce serait nier les témoignages portugais sur la direction de l’invasion venant du Sud-Est. C’est après la défaite des Sape par les Mane que les Mani seraient redescendus sur la côte.

Ce qui nous intéresse, c’est l’origine de ces Sumba ou Mane et les conséquences de leur invasion.

D’Almada les fait venir du Congo. C’est bien loin et Y. Person pense que c’est leur anthropophagie qui leur fait donner cette origine.

En fait, écrit-il, les Mane étaient plus une armée qu’un peuple, formée de captifs d’origines très diverses et mangeurs de chair humaine, commandés par une aristocratie qui elle, ne mangeait pas de chair humaine.

D’autre part, la langue qu’ils parlent est proche de celle des Malinké que connaissent les Portugais en relations avec l’Empire du Mali et d’Almada de décrire les armes et les vêtements de ces Mane et de leurs chefs qui sont les mêmes que chez les Manding.

Rapprochant tous ces faits et témoignages, Y. Person en déduit « Il n’est évidemment pas question de faire des Malinké de ces anthropophages, mais ce n’est pas absurde si on se limite à la classe dirigeante ».

De plus, observant que les Loko qui seraient une avant-garde des Mendi apparaissent à la fin du XVIe siècle et que les Mendi à cette époque avaient donc dû occuper leur territoire actuel, ce qui n’était pas fait au début du siècle, il estime avoir démontré que les Mane et les Mendi ne formaient qu’un.

A. Arcin, dans son Histoire de la Guinée Française (op. cit., p. 11-12) tout en n’analysant pas le problème d’une façon aussi rigoureuse qu’Y. Person, avait abouti cinquante ans auparavant à des conclusions qui n’étaient pas fondamentalement différentes.

« C’étaient aussi les Mans ou Manes, Mandé primitifs qui, venus du pays des Toma actuels, furent la souche des Manding (peut-être étaient-ils apparentés aux Manon ou Mans de la Forêt). Ces deux dernières familles qui passaient pour anthropophages attaquèrent les Capez qui furent exterminés et vinrent entre les XVe et XVIe siècles chercher refuge auprès des Portugais du littoral… ».

Nous ne sommes pas opposés pour notre part à l’idée que les Sumba qui se nommaient eux-mêmes Mane fussent en partie des Manon : ceux-ci avaient un habitat proche du point du départ de l’invasion et il n’est pas impossible non plus que l’on puisse rapprocher les appellations de Mano et Mane du Massif de Man plus à l’Est.

Les Sumba d’après Y. Person n’auraient pas une origine unique mais auraient été formés à partir de plusieurs souches de la région forestière. Au surplus, on ne s’est pas privé en Afrique Occidentale des rapprochements de noms d’ethnies et de lieux beaucoup plus hasardeux.

S’appuyant sur une tradition recueillie en pays gbandi, lequel est situé au Sud-Est du Kissi et à l’Ouest Nord-Ouest du Toma, selon laquelle Mendi et Gbandi seraient frères et que les premiers ont quitté les Gbandi à une date très ancienne pour faire la guerre à l’Ouest, Y. Person voit là le point de départ de l’invasion Sumba-Mane.

Ainsi peut-on supposer que dans la première moitié du XVIe siècle, consécutivernent à la décadence de l’Empire du Mali et à l’anarchie qui s’ensuit, les Malinké occupent le Sud du Cercle de Kankan et une grande partie de celui de Beyla, commençaiit même à enfoncer un coin en pays Toma.

Les Kpellé et les Toma sont poussés vers le Sud et bousculent eux-mêmes les Manon, les Gbandi et les Mendi. Des groupes Malinké entrent eux-mêmes en forêt et soumettent certaines fractions mais peu nombreux sont assimilés par elles. Ils forment une arinée (ou des hordes) avec laquelle ils se lancent à la conquête de l’Ouest 105.

Cette invasion a un double effet : elle appelle et facilite la descente à la côte, ou à proximité de celle-ci, des Kpellé, des Manon et des Toma qui compriment les Kru sur une mince bande côtière ou les refoulent vers l’Est (Basa-Guéré).

Cette descente s’achèvera un siècle plus tard et alors le désir de se rapprocher de la côte et du commerce européen qui s’est installé est peut-être une cause plus forte que la pression Malinké au Nord. Mais en même temps, l’invasion SumbaMane disloque le groupe Kissi qui, déjà entamé sur le Nord, va se trouver coupé au Sud des autres branches (Boulom, Sherbro, Krim, Kissi isolés du confluent Moro-Mano).

Alors que les forestiers de l’Est trouvent au Sud une compensation à la pression dont ils sont l’objet dans le Nord, ceux de l’Ouest voient de tous côtés se réduire leur territoire et prennent figure d’assiégés.

Si au début du XVIIe siècle, les Kissi occupent encore le triangle Niandan-Balé, dans la première moitié du siècle, le clan Malinké Kourouma les refoule derrière la Lolo et faisant la jonction avec les Mara sur le Niandan, s’intègrent aux Kouranko issus de ceux-ci.

D’autres événements vont alors se dérouler qui donneront à la région forestière de Haute-Guinée sa figure contemporaine.

Alors que l’infiltration des pasteurs Foulbé s’était faite le plus souvent d’une façon pacifique et qu’ils vivaient en symbiose avec les cultivateurs noirs, à partir du XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle, ils trouveront dans la conversion à l’Islam le moyen d’asservir les populations autochtones, comme le feront aussi au Centre et à l’Est les Malinké.

Cette période va donc être marquée par une lutte peul-manding contre autochtones de la forêt ou non, se doublant d’une lutte islam-animisme, la frontière religieuse n’épousant pas toujours forcément la frontière ethnique.

A la fin du XVIIe siècle des Foulbé du Macina s’établissent dans la région des sources du Sénégal et ont pour chefs des islamisés. Ils vont alors asservir les Djallonké, Soussou et Baga. Le premier grand souverain est Karamoko Alfa mort en 1751. Ibrahima Sori Maoudo lui succède et meurt vers 1784 après quoi est établie l’alternance entre les Soriya et les Alfaya qui se succèdent tous les deux ans à la tête de la confédération Peul du Fouta-Djallon laquelle constitue une théocratie s’étendant sur tout le massif. Mais la lutte est âpre contre les animistes aussi peu enclins à se convertir qu’à se laisser déposséder.

Karamoko Alfa s’était allié aux Djallonké du Sud, du Royaume du Solima à cheval sur l’actuelle frontière de Guinée et de Sierra-Leone au Nord-Ouest du pays Kouranko. Il l’aida contre les fétichistes Temné qui, nous l’avons vu, organisés par les Sumba-Mane-Mendi, étaient devenus redoutables. Un chef Kouranko qui avait été converti par la force, Soba, renia sa foi nouvelle et revint aux coutumes de ses ancêtres ; le Kouranko fut alors attaqué et dévasté par Solima et Foulbé alliés 1755. Quelques années après, le Solima razziait le Kissidougou où il subit un échec ce qui ne l’empêcha pas de revenir l’année suivante et cette fois victorieusement.

C’est alors qu’apparaît un chef de guerre, Kondé ou Konté Bourama originaire de Kelima, de père Mandé et de mère Peul. Réunissant des éléments animistes du Sankharan, du Kouranko, du Kissi et du Ouassoulou, il s’oppose à une nouvelle attaque du Solima et des Foulbé et défait les alliés dans le Sankharan à Ouasila une première fois, puis à Balia sur les rives du Daimouko dans une seconde bataille.

Le Soulima dont la foi musulmane assez récente était très tiède abandonne son allié et Karamoko Alfa bat en retraite. Kondé Bourama est alors maître d’un vaste empire animiste comprenant le Ouassoulou, le Sankharan et le Kouranko. La ville de Kankan, grand centre musulman de Haute-Guinée créé par le clan Kaba vers 1700, est détruite, ce qui eut des conséquences imprévues sur l’Est de la Région Forestière.

En effet, les musulmans rescapés du sac de Kankan, des Soninké selon A. Arcin 106 appartenant aux clans Sakho et Serifou (ou Cherifou) se réfugient au Fouta-Djallon en partie mais également en remontant le Milo, jusque dans le cours supérieur du Diani, c’est-à-dire sur la ligne de partage des eaux, région déjà fréquentée par les commerçants venant y acheter les colas. Très peu peuplée ils s’y répandirent et y furent rejoints par des Malinké musulmans du Borgou et des Soussou, musulmans également, chassés du Solima par Kondé Bourama 107

C’est de cette époque que date la fondation de Beyla près de Diakolidougou, de Médina, de Moussadougou, Dhakirallah, etc. ainsi que de Kuonkan en pays ex-Toma. Ces centres musulmans du Konian étaient dirigés par des Cheikh appartenant à la confrérie des Qadryia mais ils s’étaient installés au milieu des populations Malinké animistes (Camara et Diomandé) arrivées peu à peu depuis le XVIe siècle et peut-être de Kpellé et proches parents que la descente vers la côte du gros de la tribu avait laissés en arrière. Nous verrons au chapitre suivant que cette coexistence fut la cause d’un nouvel et dernier exode des savanes du Nord vers la forêt

Un renversement d’alliance amène les Solima à la suite d’une nouvelle guerre que conduisent contre eux les Sankharanké, à se ranger sous la bannière de Kondé Bourama. Avec ses nouveaux alliés il bat Karamoko Alfa : celui-ci meurt fou et son vainqueur annexe le Labé à ses états.

Alfa Salifou jugé trop jeune ne remplace pas son père, c’est Ibrahima Yoro Paté, dit Sori, qui lui succède. Rassemblant les Foulbé et les Djallonké convertis à l’Islam, il part à la conquête du Labé, opération qui lui est facilitée par les exactions de Kondé Bourama chez ses nouveaux sujets dont le viol de la sépulture de Karamoko Alfa n’est pas la moindre.

L’Almamy Sori bat les confédérés en 1767 à Foukoumba et neuf ans plus tard il attaque le Solima : Kondé Bourama et sa sœur Aoua sont tués et Sori poursuit les bandes en déroute jusque dans le Ouassoulou et le Sankharan.

La lutte entre le Solima et les Alfaya ou Soriya du Fouta-Djallon dura encore longtemps, avec succès et revers de part et d’autre mais le Sankharan et le Ouassoulou ne purent jamais être soumis par les Foulbé, quant aux Solima ils retournèrent en partie à l’animisme par haine des Foulbé musulmans.

Pendant ce temps et en remontant un peu en arrière, on voit les Kouranko rejeter les Toma sur la Haute-Makhona après avoir contourné le bloc Kissi qui se cramponne au canton de Tinki. Deux frères, Misafing et Misa-Gbéara traversent le Niandan et poussent jusqu’au Baoulé qui forme la limite du cercle de Beyla et en même temps la limite ethnique.

Ces Kouranko étaient, on l’a vu, des Malinké des clans Mara et Kourouma mais aussi par la suite ils reçoivent des Kaba de Kankan et des Sano venus de la rivière Comoé en Côte-d’Ivoire (pays de Kong).

Plus à l’Est, les Konianké pénètrent profondément en pays Toma en direction de Macenta et encore plus à l’Est aident les Mandé de Touba à rejeter les Dan sur la rive droite du Bafing et même au-delà : il ne subsistera, isolées, que deux buttes-témoin du peuplement Dan, les îlots de Santa et de Silakoro (où nous avons vu des forgerons, selon la légende sortir des entrailles du Mont Gouin).

Les Koné, autre clan Malinké, s’enfoncent entre les Senoufo et les Gouro (qu’ils appellent Lo) et rejettent les premiers au Nord et les seconds au Sud-Est où ils s’installent en bordure de la forêt avec les Mwã (Mona), les Nwã (Ouan) et les Ngan (Gagou) formant ainsi la pointe la plus orientale des sylvestres de langue mandé.

Ces Malinké rencontrent d’autres mandé, les Dyula, qui arrivent de la Boucle du Niger sur l’axe Bondoukou-Seguéla. Ce dernier centre est la capitale du Ouorodougou ou pays des colas. Commerçants avisés, les Dyula-Malinké sont aussi installés sur toute la lisière des pays producteurs de colas et ils s’enrichiront comme intermédiaires de ce commerce entre le Soudan et la Forêt.

Y. Person pense que les Ouobé qui sont des cousins des Guéré ont pu contribuer à la formation des Toura qui se heurtent aux Dan refluant vers le Sud-Est sous la pression Malinké 108.

Effectivement, alors que les infiltrations Dan s’opèrent tantôt Nord-Sud, tantôt d’Ouest à l’Est, la pénétration Toura viendrait de l’Est soit de la région de Seguela au Sud de laquelle les Ouobé se trouvent, pour aboutir au peuplement des montagnes au Nord et au Nord-Est de Man.

Toute cette région montagneuse était en fait depuis longtemps sous la pression, sinon sous la domination des Diomandé (ou Giomandé) que ce soit sur le territoire des actuelles circonscriptions de Man et de Touba, ou sur celles de Beyla ou de Nzérékoré. Plusieurs familles de chefs forestiers comme nous le verrons, portent les trois cicatrices distinctives des Diomandé : en effet, cette suprématie tenait à leurs armes et à la possibilité qu’ils en tiraient d’imposer des chefs de chez eux aux autochtones (alors que l’armement des Toura, en particulier selon B. Holas, consistait en javelots, lances et massues).

Groupés dans le Maou, c’est-à-dire dans la région de Touba, sur le Haut-Bafing, ils rayonnaient sur tout le pays au Sud. Ils parlent une langue Mandé-Tan alors que les Toura, les Dan et les Manon parlent un mandé-fu. Ce sont eux qui auraient donné le nom de Toura au peuple qui se donne lui-même le nom de Wen ou Weing (Weingme signifierait mangeur de grains de palmistes, Weing étant le nom du palmiste).

B. Holas refuse aux Toura le qualificatif de refoulés sub-guinéens que J. Richard-Mollard et R. Cornevin donnent à un certain nombre de peuples soit littoraux soit de l’intérieur, réfugiés dans leur habitat actuel sous la poussée peul ou manding.

Pour lui, si ce qualificatif s’applique aux Tenda du Nord-Ouest de la Guinée, aux Tyapi, Nalou, Baga Foré, Mani, etc. du littoral, et il ne saurait être appliqué sans discernement aux Toura et aux Dan 109.

Ces deux peuples se seraient installés sur leurs pitons non pour fuir un envahisseur plus puissant mais d’une façon délibérée pour faire de ces positions non seulement des forteresses mais aussi des bases offensives.

Nous ne sommes pas entièrement convaincus pour notre part. Non que nous mettions en doute le courage du peuple Toura à l’étude duquel B. Holas s’est consacré avec beaucoup de passion. Mais nous pensons que chacun a utilisé la configuration du terrain comme sa nature, à la fois pour se protéger contre les entreprises d’envahisseurs du Nord sans cesse renouvelées mais aussi pour lancer des attaques à partir de ces refuges en d’autres directions : telle est l’invasion Sumba-Mane partie de la Forêt où la pression mandé avait refoulé Toma et Kpellé en particulier. Tel peut être le cas des pies Dan ou Toura. Mais en premier lieu, montagnes inaccessibles ou forêts profondes ont été les refuges de peuples successifs dont nous avons esquissé l’origine et les mouvements, qui ont été brassés ensemble à maintes reprises et qui ne sont parvenus à la stabilité qu’avec la période coloniale.

Notes
60. J. Richard-Mollard. L’Afrique Occidentale française. Op. cit., p. 109. « En dépit d’emprunts superficiels, vocabulaire, quelques types d’hommes campestres qui tranchent sur une masse au teint plus clair et aux formes plus lourdes, on ne saurait rattacher ces peuples aux Manding ».
61. H. Heel. Note sur deux peuplades de la frontière libérienne. Les Kissi et les Toma. L’anthropologie, T. XXIV, 1913.
62. J. Greenberg. Etude sur la classification des langues africaines. Traduction Tardits. BIFAN, T. XVI, Dakar, janvier-avril 1954.
63. Ces Kono ne sont pas à confondre avec ceux qui, proches des Kpellé, habitent l’Est du cercle de Nzérékoté et parlent également une langue mandé mais classée dans un autre sous-groupe.
64. De Lavergne de Tressan. Inventaire linguistique de l’Afrique Occidentale française et du Togo. Mémoire IFAN, no. 30, Dakar, 1953.
65. R.P. Bertho. La place des dialectes géré et wobé. BIFAN, T. VII-4, octobre 1951, p. 1272.
J.L. Doneux. Notes de travail sur quelques langues de l’Ouest ivoirien. BIFAN, série B, T. XXX. no 1, Dakar, janvier 1968.
66. R.P. A. Prost. Les langues Mandé Sud du groupe Niana-Busa. Mémoire IFAN, no 26, Dakar, 1953.
67. R.P. Casthelain. La langue Guerzé. Mémoire IFAN, no. 20, Dakar, 1952
68. Duffner. Croyances et coutumes religieuses chez les Guerzé et les Manon Guinée française. B.C.E.H.S. de l’Afrique Occidentale française. T. XVII, no. 4, Larose, Paris, octobre-décembre 1934, p. 528.
69. M.H. Lelong. L’Evangile en forêt guinéenne. Librairie Missionnaire, Paris, 1949, p. 182-183.
70. B. Holas. Les masques Kono. Op. cit., p. 22.
71. A. Arcin. Histoire de la Guinée française. Op. cit., p. 6, note 6. « Près de Touba sur les frontières de la Guinée, la montagne rocheuse de Gouin s’entr’ouvrit et il en sortit les Dio ou Guio qui étaient forgerons et construisirent Sila Koro ».
72. J. Richard-Mollard. L’Afrique Occidentale française. Op. cit., pp. 113-14.
73. Ph. Bouys. Sur le Tonkoui. Notes africaines, no. 19, IFAN, Dakar, juillet 1943.
74. R. Schnell.

  • Notes sur le folklore des montagnes dans la région forestière d’Afrique Occidentale. Notes africaines, no. 41, IFAN, Dakar, janvier 1949.
  • Peuplement ancien de certaines montagnes de Côte-d’Ivoire. Notes africaines, no. 43, IFAN, Dakar, juillet 1949.

75. R. et M. Cornevin. Histoire de l’Afrique des origines à nos jours. Op. cit., p. 13.
76. A. Arcin. Histoire de la Guinée française. Op. cil., p. 10.
77. R. Cornevin. Histoire des peuples de l’Afrique noire. Berger-Levrault, Paris, 1960, pp. 241-274.
78. A. Arcin. Histoire de la Guinée française. Op. cil., p. 71.
« Vers l’Ouest, les Diallonké Kamara avaient fondé le Kisien s’alliant aux primitifs La et Lélé ».
79. A. Arcin. La Guinée française. A. Challamel, Paris, 107, p. 224.
80. H. Neel. Note sur deux peuplades de la frontière libérienne. Les Kissi et les Toma. Op. cit., p. 463.
81. D. Paulme. Les gens du riz. Op. cit., p. 10.
82. D. Paulme. Ibidem, p. 14. « Quelle que soit leur origine multiple, les Kissi, par leur habitat, par leur genre de vie, par leurs institutions sociales, se présentent comme gens de la forêt. »
83. J. LE Corfec. Notes sur les Tyapi du cercle de Gaoual. Notes africaines, no. 40, IFAN, Dakar, octobre 1948.
84. Y. Person. Les Kissi et leurs statuettes de pierre dans le cadre de l’Histoire Ouest africaine. Op. cit.. pp. 1 à 58.
85. Y. Person. Ibidem, p.15.
86. Y. Person. Ibidem, p. 17.
87. Crone. The voyages of Cadamosto. Hakluyt Society, London, 1937.
88. Y. Person. Ibidem, p. 45. « Les Pòmta ne sont pas l’oeuvre des Kissi-Sherbo actuels mais un élément qui caractérisa jadis un faciès régional de la civilisation forestière ouest-africaine dont Kissi et Sherbo représentent deux îlots survivants ». « Cette sculpture est liée à des rites d’initiation, rites variant à l’intérieur d’un même groupe ethnique mais se transmettant de proche en proche par alliance et voisinage sans tenir compte des frontières linguistiques » Comment cet art a-t-il disparu ? « Lié à un rite il devait s’effacer avec celui-ci ». « Les Kissi plus isolés, durent rester fidèles plus longtemps (que les Kono et les Sherbo) aux anciennes traditions locales que j’ai rapportées et qui semblent fixer au XIXe siècle la disparition générale de la sculpture sur pierre ». « Liée au Toma Dugba elle se serait éteinte avec celui-ci quand la menace croissante des Malinké poussa les Kissi à importer des rites d’initiation plus complexes comme facteur de cohésion. Le vide laissé commence à peine à être comblé par la sculpture sur bois liée au Pokina ».
89. A. Arcin. La Guinée française. Op. cit., p. 195. « Ma est à n’en pas douter un terme qui désigne l’ancêtre commun divinisé. Cet ancêtre, Garama, était un homme blanc venu par mer… Ce Dieu parait avoir été d’origine marine et nous savons que les Grecs prirent en Libye ce culte d’Okéanos. Or le terme Ma désigne chez les Mandé les puissants animaux qui sillonnent les eaux des fleuves africains, animaux dont ils se disent parents. Ma (le lamentin) Ba Ma (le crocodile). Mali, Mani (l’hippopotame) d’où sont venues les désignations de Malinké, Bamana qui s’appliquent à deux importantes branches de la grande souche Mandé. En définitive garamante signifie à notre avis, homme de Ma, tout comme Mandé ou Mandinké ».
90. Hérodote. Histoires. Op. cit., Livre IV, p. 183.
91. R. Cornevin. Histoire de l’Afrique. T. I, Payot, Paris, 1967, p. 149.
92. M. Delafosse. Haut-Sénégal-Niger. T. 1, Op. cit., p. 12 1. « A proprement parler, ce nom de Mandé ne convient pas plus aux Soninké, aux Diallonké et même aux Dioula et Banmana que le nom d’anglais ne convient aux Ecossais et aux Irlandais ; mais puisqu’il faut bien donner un nom à chaque famille ethnique, il n’y a en somme aucun inconvénient à se conformer à un usage aujourd’hui admis ».
93. R. Cornevin. Histoire de l’Afrique. Op. cit., p. 348. Origine du nom de Soundiata. Op. cit., p. 349. Citation de Djibril Tamsir Niane (Soundiata, p. 82).
94. H. Neel. Notes sur deux peuplades de la frontière libérienne. Op. cit., p. 463.
95. R. Cornevin. Histoire des peuples d’Afrique noire. Op. cit., p. 274.
96. D. Paulme. Les gens du riz. Op. cit., p. 14. « Au Nord le principal clan en s’affirmant Kissi, se réclame bien haut d’un ancêtre soudanais qui se serait établi dans la région à la fin du XVIIIe siècle. Il porte fièrement le nom des anciens souverains du Mali : Keita ».
97. R. Mauny. Tableau géographique de l’Ouest africain au Moyen-Age. Op. cit., pp. 224-225.
98. Djibril Tamsir Niane. Soundiata ou l’épopée mandingue. Présence Africaine, Paris, 1961.
99. R. Cornevin. Histoire des peuples d’Afrique noire. Op. cit., p. 268.
100. M. Delafosse. Haut-,Sénégal-Niger. Op. cit., p. 296. « L’expression Fouta-Djallon est récente ; elle a été imaginée par les Toucouleur venus du Fouta-Sénégalais qui en souvenir de leur patrie, ont donné au Djallon cette appellation de Fouta du Djallon par opposition au Fouta du Toro ou vrai Fouta ».
101. M. Delafosse. Haut-Sénégal-Niger. Op. cit., p. 297.
102. Y. Person. Les Kissi et leurs statuettes de pierre dans le cadre de l’histoire ouest-africaine. Op. cit., Annexes, pp. 47 et 50. Cet auteur établit une carte de situation vers 300. D’après celle-ci ce ne sont pas les Djallonké qui occupent le massif du Fouta-Djallon, région Timbo-Labé, mais les Sapes, les Susu-Djallonké se trouvant sur les contreforts ouest du Fouta. Ce n’est que vers 1500 qu’ils s’étendent vers l’Ouest, au sud du massif que les Foulbé de Koli Tenguela occupent.
103. Si pour R. Mauny (Mémoires du Centre d’Etudes de la Guinée portugaise, no. 19, 1956. pp. 75 et 101) les Jaalungas sont les Djallonké et les Cobales les Kpellé, pour Y. Person (op. cit., p. 19) qui croit que R. Mauny les assimile aux Bélé (ou G’bèlè), les Cobales sont en réalité les Gola, ce qui nous semble d’ailleurs vraisemblable, les Kpellé n’ayant pas encore atteint au XVe siècle, la proximité de la Côte dont ils sont séparés par les Manon et les Basa.
104. Y. Person. Les Kissi et leurs statuettes. Op. cit., pp. 20 à 32.
105. Y. Person. Ibidem, P. 28. « Il me paraît certain que la grande invasion Sumba n’est que la répercussion de la conquête du Konian par les Malinké. Les fuyards Toma et Guerzé poussent d’abord au sud vers la côte du Libéria esquissant leurs frontières actuelles, isolant les Bèlé des autres Kru et repoussant au sud-ouest les Gola. Puis une masse de clans apparentés aux Toma pousse droit à l’ouest submergeant l’espace qui sépare les Kissi du Sherbro où va se fornier l’actuel peuple Mendi. Plus à l’ouest, une avant-garde se fixe à la frontière du Limba dont la résistance ne peut être forcée : c’est l’origine du peuple Loko. L’invasion atteint son étiage en imposant la domination politique des Mane aux Temné et à la côte méridionale de l’actuelle Guinée française (descente des Mane chassés du Béna avant 1600). La grande invasion Sumba est toujours marquée sur la carte ethnique par le fer de lance du pays Mendi qui s’enfonce en pointe du Libéria jusqu’aux abords de Freetown. Il est surprenant qu’on ne s’en soit pas avisé plus tôt ».
106. A. Arcin. Histoire de la Guinée française. Op. cit., p. 90.
107. Le Chatelier. L’Islam en Afrique Occidentale française. Steinheil, Paris, 1899.
108. Y. Person. Les Kissi et leurs statuettes. Op. cit., p. 57
109. B. Holas. Les Toura, une civilisation montagnarde de Côte-d’Ivoire. P.U.F., Paris, 1962, pp. 11-16.

Jacques Germain
Administrateur en chef des Affaires d’Outre-Mer (ER)
Guinée. Peuples de la Forêt

Académie des Sciences d’Outre-Mer. Paris. 1984. 380 p.

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