’’ Je vends beaucoup à travers les réseaux sociaux’’ (Wahab djoma Bazin)

A quelques jours de la fête de Tabaski, www.kababachir.com est allé à la rencontre d’un jeune commerçant importateur des prêts-à-porter installé dans un centre commercial au Marché Madina, pour s’enquérir de la réalité du marché aujourd‘hui.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, Abdoul Wahab Diallo, connu  sous le nom de ’’Wahab djoma Bazin’’, explique comment est –ce que le marché se porte aujourd’hui, avec la concurrence des tenues traditionnelles locales.

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www.kababachir.com: Bonjour M. Diallo

Abdoul Wahab Diallo : Bonjour M. Barry

Veuillez vous présenter à nos lecteurs

Je réponds au nom de Diallo Abdoul Wahab Diallo, communément appelé ‘’Wahab djoma Bazin’’ . Je suis diplômé en linguistique, mais présentement j’évolue dans le secteur du commerce.

Nous sommes à la veille de la fête de Tabaski, comment se porte le marché aujourd’hui ?

Aujourd’hui nous sommes confrontés à des multiples problèmes, vu la situation actuelle du pays les guinéens ont du mal à subvenir à leurs besoins. A côté de cela, il faut se dire que les commerçants étrangers qui venaient acheter beaucoup de produits avec nous, ne viennent plus, car ils estiment que tout est devenu cher ici. Tantôt c’est les taxes douanières, qui grimpent tantôt c’est les  impôts. En plus, c’est la période des pluies, vous comprendrez que c’est une situation qui ne nous profite pas assez. Mais malgré tout, c’est notre travail et on se bat pour se maintenir au marché tant bien que mal.

Quelle est la fréquence de la clientèle par rapport à la fête de Ramadan ? Parvenez-vous à écouler une grande quantité ?

C’est vrai qu’il y a toujours des gens qui veulent bien paraitre le jour de la fête avec leurs familles respectives. Et pour cela, le besoin de s’habiller reste quand même l’une des priorités, malgré le niveau du revenu du guinéen, qui est relativement faible.

Mais contrairement à la fête de Ramadan, cette fois-ci, nous remarquons une baisse considérable de la clientèle, en tout cas dans notre domaine, parce que comme vous le savez nous vendons des prêts-à-porter à savoir des boubou, chemises, robes, tissus et articles divers pour hommes, femmes et enfants , des habits connus sous le nom de ‘’Macky Sall’’ et Bazin Bamako’’ en provenance, du Sénégal et du Mali.

Quelle est votre stratégie commerciale ?

Chez moi le client est le roi. C’est pourquoi je reste disponible pour satisfaire les besoins de mes clients que je compte accroitre tous les jours à travers même les services après vente. Déjà, je fais des livraisons à domicile. En plus, je vends beaucoup à travers les réseaux sociaux. Ce qui m’a d’ailleurs permit d’avoir des clients à travers le monde.

De nombreux guinéens préfèrent aujourd’hui le ‘’Leppi’’ ou ‘’forêt forte’’ ou bien bazin local, que le Macky Sall importés du Sénégal ou bazin malien.  Y-a-t-il une différence en qualité et prix, selon vous ?

Il n’ya pas longtemps, certains guinéens ont lancé une campagne de valorisation du tissu local, avec le slogan ‘’ DONKIN LEPPI’’ ou « Tabaski Leppi ». Ceci pour valoriser le tissu local ‘’Leppi’’ produit en Guinée. Cette situation a complètement changé la donne parce que si avant l’on se plaignait de manque d’activité cette fois-ci, je pense que c’est le pire.

Toutefois, il faut rappeler ce sont des produits différents, en terme de qualité. Je ne suis pas en train de remettre en cause la qualité du ‘’Leppi’’ qui est un habit traditionnel très sollicité tant en Guinée qu’ailleurs, mais penser qu’on va remplacer ‘’le Macky Sall’’ ou le Bazin Bamako’’ par le Leppi, je n’y crois pas, parce que ce sont des habits différents. Et chacun a son goût. De toutes les façons, il reviendra aux clients d’apprécier ces différents produits, comme on aime souvent dire, le goût et la couleur ne se discutent pas.

Valoriser nos habits traditionnels est une bonne chose pour la nation, même si, nous, ça ne nous profite pas assez, en tant que vendeur de Bazin Bamako et Macky Sall.

En quoi ‘’le Leppi’’ tenue traditionnelle guinéenne peut remplacer le ‘’Macky Sall ?

Le Leppi permet sans doute de mettre en valeur notre culture et vendre l’image de notre pays aux yeux du monde. C’est une fierté pour tout guinéen, mais dire que le Leppi peut remplacer le Macky Sall, je doute fort. Peut être que nos couturiers vont essayer de mieux exploiter aussi les modèles de couture qui s’adaptent au Leppi ou bazin local, comme on a vu récemment le modèle de couture qu’on avait offert au Syli national, à la veille de la CAN, c’était quand même un bel exemple.

La valorisation des produits guinéens reste une préoccupation du gouvernement, mais qui ne semble pas être sur la même longueur d’onde que les consommateurs, qui privilégient la qualité des produits. Quel est votre avis, en tant que commerçant importateur ?

Personnellement je ne pense pas que la valorisation de nos tenues traditionnelles soit une priorité du gouvernement guinéen, contrairement à ce que vous dites, dans la mesure où, aucun acte concret n’a été posé à cet effet. Est-ce que le gouvernement apporte un soutien technique ou financier aux artisans guinéens ? Non, je pense qu’on ne doit pas se limiter au stade des discours. Il faut aller vers des choses concrètes, en leur facilitant, l’acquisition des matières premières et leur trouver des sources de financement, la formation et l’encadrement technique  pour pouvoir améliorer la qualité des leurs produits qu’on peut  vendre au delà de nos frontières. Sensibiliser c’est toujours bon, mais je pense qu’il faut aller au delà de ça pour accroitre la production.

A quel niveau se trouve réellement la différence, quant on sait que vous avez la possibilité de vous approvisionner facilement en Guinée par rapport à l’extérieur ?

Comme on dit « c’est la qualité qui fait la différence’’. Il ne faut pas se cacher la face, pour l’instant si c’est à l’extérieur qu’on peut avoir la meilleure qualité des produits, on ira le chercher là-bas, donc la différence c’est la qualité.

Si on vous demandait des conseils au gouvernement pour mettre en valeur nos produits locaux, qu’auriez vous dit ?

C’est d’appuyer les artisans qui évoluent dans le secteur, créer des conditions favorables à l’amélioration de la qualité des produits et mettre en place une stratégie commerciale, qui puisse permettre de vendre à l’étranger.

En dehors du gouvernement, des ONG et même des citoyens multiplient la campagne de sensibilisation pour privilégier la consommation du Leppi par rapport aux produits importés. Ça vous inquiète un peu en tant qu’importateur de ‘’Macky Sall’’ et ‘’Bazin Bamako’’ ?

Bien sûr que oui. C’est inquiétant en tant que conçurent dans la mesure où ça nous prive de vendre les produits qu’on importe au Sénégal et au Mali.

Vous êtes un jeune diplômé qui s’est lancé dans l’entreprenariat, qu’est ce qui vous a réellement motivé ?

J’ai toujours préféré travailler à mon compte pour être indépendant et avoir une autonomie financière. En fait, ma vision c’est d’être employeur et non être un employé de quelqu’un.

Beaucoup de jeunes tentent aujourd’hui l’aventure, parfois au risque même de leur vie. Pensez-vous que l’Europe ou l’occident en général, constitue l’eldorado ?

Non, pas forcement. Je pense plutôt que c’est ici qu’on peut gagner mieux. Il suffit juste de savoir s’y prendre après, tout ira bien. Sinon pourquoi on a des bailleurs de fonds étrangers qui viennent investir dans le pays?

Quels conseils avez-vous à donner à ces nombreux jeunes qui rêvent de tenter l’aventure?

Je leur dirais  tout simplement que l’occident n’est pas synonyme de réussite. Il existe aujourd’hui plusieurs opportunités autour de nous pour réussir. Ayons le courage d’affronter la vie et surtout croire ce à quoi on est capable. Pour moi, c’est le plus important.

Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier  message ?

Je remercie tout d’abord www.kababachir.com  qui m’a donné l’opportunité de m’exprimer sur ce sujet. Je remercie toute ma famille et les amis qui ne cessent de m’apporter leurs soutiens dans ce que je fais.

A mes nombreux clients, je leur dis mille mercis pour le climat de confiance et les bons rapports de partenariat et  je leur promets que je continuerai à me battre tous les jours pour mériter cette confiance placée en moi. Et en cas de besoin, vous pouvez me joindre au +224 628 39 02 79.

M. Diallo merci.

C’est à moi de vous remercier.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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