Jonas Mukamba à ARMP : était-ce l’homme de la situation ?

Il arrive le 17 février 2014, à la tête du Patrimoine bâti public, un champ de ruine abandonné par Moustapha Naité devenu ministre, puis reconduit. Alpha Condé est son père spirituel. Une relation tissée depuis la nuit des temps à travers le parti, le RPG dont Sékou Prince Diallo, fut un grand militant inaltérable.

Aujourd’hui, Jonas Mukamba Kadiata Diallo – c’est de lui qu’il s’agit – débarque à l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), le bébé de Guillaume Curtis, le DG supplanté à pied levé, le 27 mai dernier, suite à une chaude discussion avec Alpha Condé. Jonas arrive donc à l’ARMP. Alors question : est-il vraiment l’homme de la situation ? Cette question est aujourd’hui sujette à tous les débats. Au Patrimoine bâti, à peine installé, le personnel est dans la rue pour dénoncer le malaise qui leur a été imposé par le nouveau DG d’alors. Une plateforme de revendications adressée à Mohamed Diané, ministre d’Etat, directeur du cabinet de la Présidence au moment des faits a décliné les difficultés en douze points. Comme si cela ne suffisait pas, Jonas, « accompagné de plusieurs bérets rouges, est allé déloger les enfants de dame Fatou Badiar à leur domicile, sans être muni d’une décision de justice, aux dires de l’avocat de cette famille, Me Emmanuel Bamba. »

Jonas Mukamba Kadiata Diallo, nouveau DG de l’ARMP, une structure nouvelle, particulière est le fils de Sekou Diallo membre du Bureau politique national du parti au pouvoir, celui qu’on appelait

affectueusement ‘’Le Prince’’ et qui est d’ailleurs décédé mercredi 11 décembre 2013, des suites de maladie, à l’hôpital national de Kipé, à l’âge 71 ans. Il avait activement pris part à la campagne, au compte des récentes élections législatives.

« Né en 1942 à Tindila, à un peu plus de 100 km du centre-ville de Mandiana, Sekou Diallo est de la descendance de la famille nobiliaire de son village. C’est dire que l’homme était un véritable Prince. Très jeune, il voue une admiration pour bon nombre de leaders africains, comme Patrice E. Lumumba. Ce qui le conduira à tenter l’aventure qui le mènera notamment au Zaïre, actuel R.D. Congo. Dans le pays du Maréchal Mubutu. Sekou Diallo réussit à s’adapter à sa nouvelle vie et prospère au Zaïre. Il réussit à lier amitié avec certains ténors du régime de Kinshasa. »

C’est l’un des fils de celui-ci que Alpha Condé est en train de choyer. Et pourtant, Jonas Mukamba Kadiata Diallo, nouveau DG de l’ARMP, ancien auditeur en chef est reproché depuis bien des mois et selon de sources généralement bien informées, proches du ministère de l’Economie et des Finances, d’avoir laissé un trou financier de cinq milliards de francs guinéens. Vous avez bien lu 5.000.000.000 GNF ! Le défaut de la cuirasse aurait été découvert au terme de l’exercice budgétaire de 2012. Cette information est rapportée par le Journal La République, sous la plume de Talibé Barry.

Selon ce journaliste, « Jonas Mukamba Diallo aurait décaissé cette manne financière sous la rubrique « Assistance technique-expertise-audits » de sa structure. En tant que service rattaché à la présidence de la République, le Comité d’audits ne relève pas du budget de souveraineté du palais Sékoutouréya. Ce comité doit donc rendre compte de la gestion des fonds mis à sa disposition. Seulement voilà, à la fin de l’exercice budgétaire de 2012, l’homme et son équipe n’auraient pas été capables d’en justifier l’utilisation. Faut-il d’ailleurs parler d’équipe sous le magistère de Jonas Mukamba Diallo au Comité d’audits ? Assurément non, à en croire un interlocuteur qui a requis l’anonymat. Puisque, dit-il, « Jonas avait renvoyé les bons cadres du service pour s’entourer de personnes peu compétentes et totalement acquises à ses agissements ». Conséquence, en près trois ans de gestion du Comité d’audits, « lui et son équipe ont été incapables de produire le moindre rapport exploitable », assène le contempteur de la gestion de l’ex-président du Comité d’audits. »

Selon Talibé Barry, « A part le trou de cinq milliards de francs guinéens, l’ardoise de l’ex-président du Comité d’audits porterait aussi des interstices qui se chiffreraient à plusieurs centaines de millions au compte des dépenses de la même année 2012. Il s’agit de montants successifs de 159.719.000 GNF, 199.649.000 et 279.509.000 GNF. Des dépenses que le sieur Jonas aurait également échoué à justifier auprès du ministère de l’Economie et des Finances. » Alpha Condé est resté sourd à ce banditisme économique. Peut-être estimait-on que c’est pour faciliter le deuil, suite à la disparition de Prince Diallo. C’était mal connaitre ‘’le chantre du changement’’.

Il le protégera à toutes épreuves. C’est pourquoi, il vient de le nommer à la tête d’une Institution de régulation des marchés publics. Un secteur où la corruption et la compromission devraient être des tares à bannir. Mais, qui sait, si ces tares ne constitueront pas un terreau fertilisant à la délinquance économique ? Avec Alpha, c’est la bamboula. Le nouveau DG aura à composer avec son frère – Ben Youssouf Diallo – du Conseil de Régulation, structure suprême de l’ARMP ! La compromission est assurée. L’avenir de l’ARMP, pourtant une exigence de la Banque mondiale, de la BID, etc. menacée.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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