Tougué (Kansagui) : la mue d’un village aux mille problèmes !

Avec les pittoresques berges du fleuve Kolon dont le lit renvoie actuellement un réel éclat sous l’effet des pluies abondantes ; les immenses plaines cultivables qu’on peut apercevoir à partir du pic du centre de la bourgade, etc., la Sous-préfecture de Kansagui – l’une des neuf localités de Tougué, en Moyenne Guinée – offre vraiment un décor de carte postale. Derrière ce cliché pour touristes ou adeptes des escapades villageoises se cachent en revanche mille et un problèmes qui freinent littéralement l’élan de développement de cette localité. Immersion dans un village qui se métamorphose.

Le centre de la Sous-préfecture de Kansagui est désormais loti grâce à l’implication financière des fils et résidents. La construction d’édifices publics et privés est prévue. L’aménagement des routes aussi, etc. Finie donc l’accaparement illicite de domaines à titre personnel. Le marché central prend forme et des boutiques et magasins poussent de terre. Sans discontinuer. C’est la course aux parcelles assainies. Qui pour habiter, qui pour juste occuper le domaine. Kansagui change quand même de visage. Des panneaux solaires sont installés, des clôtures en dur construites. Des cases en banco cèdent le pas aux maisons en tôles. Ici, la boue latéritique est quasiment invisible.

Le Missidé abritant la mosquée séculaire et les autres villages de Weendou balla, Bondein, Bourouwel, Ley-Saarè, etc., déménagent au fur et à mesure. Une métamorphose inespérée d’il y a seulement quelques années. La mue est patente. Même si elle s’effectue aux pas de caméléon. Kansagui a envie de sortir de la boue au profit du bowal et de la savane. Le phénomène réjouie El hadj Abdourahmane Baldé, le Préfet de Tougué. « Je félicite le bureau des ressortissants et résidents de Kansagui. Koyin (NDLR, sa localité natale) a été érigé en Sous-préfecture en 1957, Kansagui en 1972. Mais, le rythme avec lequel cette juridiction évolue est fort élogieux, au regard des initiatives locales et le progrès en cours », se délecte ‘’Koyin-ville’’, préfet de Tougué.

L’arbre qui cache la forêt

Avec ses cinq districts, Kansagui manque de tout. Absolument tout. Sauf peut-être la hargne de certains ses ressortissants à tirer ce petit village du milieu du gué. Certains, sont reconnus pour leur esprit progressiste et inaltérable. D’autres tirent les projets porteurs et autres bonnes initiatives vers le bas.

Ce bicéphalisme asphyxie la localité. Pourtant ici, n’habitent que des cousins, des parents proches, de même sang. Tous ou presque répondent au même nom de famille : Sow. Ils sont venus de Kébaly (Dalaba) et éventuellement de Tountouroun (Labé). Ils peuplent désormais, depuis de longues décennies, ce village jusque-là ingouvernable, sous le fait d’une brouille entre membres d’une même famille. Conséquence : aucune activité liée à l’assainissement, au remblai des trous sur l’axe Kollangui-Kansagui par exemple, le marché hebdomadaire, etc. ne porte. Les autorités et une bonne frange de la population active n’embouchent pas la même trompette. Le courant ne passe pas du tout. Vraiment pas du tout. Un dialogue de sourds s’est instauré et les relations sont restées orageuses et suffocantes. Une véritable guerre de tranchées entre fils résidents notamment.

C’est pourquoi, il quelques mois, le bureau des ressortissants de Kansagui établi à Conakry a dépêché une mission pour aplanir le différend. Celle-ci s’est révélée infructueuse, parce que les positions tranchées des deux parties en conflit sont restées inchangées.

Le bureau a remis ça, à l’occasion de la pose de la première pierre du hangar du marché central de Kansagui, le 9 septembre dernier. Sous l’arbre à palabre, en famille, le linge sale a été lavé et la guerre larvée dégoupillée. A prix coûtant, avec agressions verbales, réprimandes et reproches. Mais, on s’est en tenu à l’essentiel. Les médiateurs venus de Conakry ont rassemblé les parties, chacune s’est exprimée, libérée de ses rancœurs. Les uns ont vidé leur bile, d’autres, mis en minorité se sont confondus en excuses. On s’échange des fleurs, on passe des pommades, puis, on tente de tourner la page et de regarder dans la même direction pour le bonheur de la Commune rurale de Kansagui. « Personne ne viendra développer chez nous sans nous. On est condamné à vivre ensemble », lance un des frondeurs récalcitrant, rencontré le lendemain de la longue nuit de réconciliation.

Aux dernières nouvelles, la mayonnaise a pris et tous se tournent vers les grands défis du moment : poursuite de la construction des boutiques et magasins sur les périmètres dédiés à cet effet, mobilisation de fonds pour la réhabilitation du collège de Kansagui, bataille négociée pour les prochaines élections locales, etc. Kansagui peut donc continuer sa mue sans encombre. En tout cas, s’agissant d’un autre sujet brûlant – le lotissement -, le Préfet de Tougué a tranché dans le vif. Il a invité les fils et résidents de se conformer aux normes désormais établies, afin d’éviter toutes fâcheuses surprises, en l’occurrence d’éventuels démolitions. Le message est-il tombé dans de bonnes oreilles ? C’est toute la question. Pour l’heure, on est au dégel et on rêve de recoller le tissu social. Comme quoi, les dissensions d’hier sont donc derrière pourrait-on espérer. C’est donc tant mieux.

Thierno Fodé Sow (Ressortissant de Kansagui)

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