La Gouvernement a les moyens de satisfaire les revendications sans délai !

J’ai suivi le ministre du Budget dans un débat organisé par la RTG sur la grève des enseignants. Il y a aussi la tentative de manipulation politicienne pour décrédibiliser le mouvement du syndicat, comme si ce ne sont pas les enseignants qui vivent dans la précarité pour ne pas aspirer à sortir de cette situation misérable. Au sociologue Dr Bano Barry, je dirais mieux vaut une blanche, que des années blanches après la fin des études en raison de la faillite de l’école guinéenne. Il faut régler en profondeur la crise au lieu de reporter en permanence les problèmes.

La question de l’école est éminemment politique, personne ne peut empêcher que des responsables politiques se prononcent sur la crise du système éducatif.
Je suis désolé, mais franchement, ça ne peut pas continuer. Je ne suis pas un démagogue, mais les Guinéens sont témoins que depuis 60 ans, la majorité de la population souffre, alors qu’une minorité capte à son profit exclusif les richesses du pays.

Le ministre du Budget nous dit que la masse salariale représente 20% du budget de l’Etat et que les 80% sont consacrés pour le bien-être des Guinéens. Pour lui, il faut préserver l’équilibre du budget. En fait, on a encore une bonne marge, car notre masse salariale représente 26% des recettes fiscales en 2018, ce taux est de 43% pour le Sénégal et 48% pour la Côte d’Ivoire.
Les dirigeants ne se préoccupent pas de l’amélioration des conditions de vie des Guinéens. Je suis sidéré par le cynisme de ces jeunes ministres qui maniaient tranquillement la langue de bois sur le plateau. Pauvres Guinéens. Pour avoir visiter plusieurs pays africains dont nos voisins, mes compatriotes me font pitié.
Rien n’est fait pour préparer les jeunes Guinéens à la féroce compétition pour l’emploi dans l’espace CEDEAO. Est-ce que des enseignants paupérisés (comme des gueux) ont la motivation indispensable pour remplir correctement leurs missions ? Durant ces sept dernières années, quels sont les investissements publics dans le secteur éducatif ? Et dans le secteur de la santé ? Quelles sont les aides pour les familles les plus démunies ?

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont mis en oeuvre des politiques de Couverture maladie universelle (CMU). En Côte d’Ivoire, les dépenses en faveur des populations défavorisées dans le budget 2018, sont évaluées à 4,11 milliards de dollars (le double du budget de l’Etat en Guinée), en augmentation de 10,7% par rapport à 2017. Désormais, beaucoup de chefs d’Etat sont conscients de la fracture sociale, des inégalités et donc font des efforts pour combattre la pauvreté. Tel n’est pas le cas chez Alpha Condé.

Les Guinéens vivent dans l’insécurité dans tous les domaines : sécuritaire, sanitaire, alimentaire, environnementale etc. Le ministre nous dit qu’on peut accéder aux informations budgétaires sur leur site, mais on n’y trouve que les lois de finances 2014 et 2018, sans les annexes, quid des budgets 2011, 2012, 2013, 2015, 2016 et 2017. Il nous dit que le gouvernement accentue ses efforts pour investir massivement dans les infrastructures pour permettre la création de richesses. Mais c’est là où se situe le scandale.

En sept ans, de 2011 à 2017, ce sont 34.000 milliards de francs destinés aux dépenses d’investissements publics, qu’il ne peut pas justifier concrètement sur le terrain. Les marchés de gré à gré sont passés par là et c’est confirmé par l’enquête commandée par le Ministère de l’économie, que 13% des marchés publics respectent les règles de passation des marchés.
Nos députés votent ces budgets comme des aveugles. Ils n’exercent pas leur mission de contrôle de l’action gouvernementale. Il y a beaucoup à dire sur les budgets, tant en termes de recettes, que de dépenses. Je donne un exemple : si vous dite, même à un analphabète, que la recette annuelle du Palais du peuple inscrite dans le budget 2016 est de 95 millions, il vous dira que c’est faux, ou la location annuelle des villas du Palais des nations a rapporté un milliard en 2016. Tout député consciencieux va réfuter ces montants. Ces exemples fourmillent dans nos lois de finances. C’est pas du tout sérieux. Selon lui, il n’a plus de marge de manœuvre pour dénicher des économies à réaliser afin de financer des dépenses supplémentaires de 500 milliards de francs représentants les 40% pour l’ensemble des fonctionnaires. Pourtant, c’est facile de le faire. Il faut de la volonté politique et de l’ambition pour le pays. Qu’il publie d’abord, les annexes de la loi de finances 2018, je lui ferai volontiers une proposition de coupes budgétaires pour financer les 500 milliards de francs.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est la reprise dangereuse de notre endettement. Nous avions payé au titre des intérêts de la dette, 1.157 milliards de francs en 2017. Nous reprenons le cycle d’endettement inutile, mais coûteux pour les contribuables. En effet, de 2011 à 2017, nos emprunts n’ont pas servi à financer des infrastructures nécessaires à la croissance économique, il leur faut encore des dettes supplémentaires pour les réaliser sur la période 2018-2020. La Chine va ligoter notre Etat avec des infrastructures bas de gamme, pour mettre la main sur nos mines. Comme dans les décennies 1960 et 1970, nos dirigeants condamnent les futures générations à rembourser des dettes sans le développement. On ne dit pas aux Guinéens que le pouvoir PDG nous a laissé une ardoise de 1,5 milliards de dollars en 1984 (qui valent 3,57 milliards de dollars en 2017). Nous sommes de nouveau dans l’engrenage de la dette qui va nous étrangler et nous maintenir dans la dépendance à l’étranger.
Je dirais pour conclure qu’Alpha Condé n’a aucun projet, il navigue à vue. Comme ses prédécesseurs, il va nous laisser une ardoise encore plus salée et le mieux pour nous, est qu’il parte sans délai pour qu’on puisse recoller les morceaux de notre pays déchiré en lambeaux. Ne nous y trompons pas, notre situation est extrêmement préoccupante. Nous sommes toujours dans les wagons de queue du train, pauvre, très endetté avec des risques d’affrontements violents. Les élites guinéennes doivent impérativement se remettre en question, car le départ d’Alpha Condé ne suffira pas pour mettre fin à la descente aux enfers de notre pays. Nous fuyons les débats de fond.

Le pays et ses élites dirigeantes sont encore marqués profondément par l’idéologie PDG qui a détruit l’Etat. Chaque dirigeant qui accède au pouvoir, contrôle totalement à travers ses militants incompétents, l’administration, c’est le concept du Parti-Etat. On a eu successivement les Parti-Etat PDG, PUP et aujourd’hui RPG, qui s’effondrent après le départ de leurs chefs, mais leurs exécutants restent en place. Ils ont en commun la Propagande comme mode de gouvernance et la Pauvreté comme résultats de leurs actions malfaisantes pour les populations martyrisées. Pour couvrir leurs échecs, ils pointeront du doigt la France comme si la Guinée est le seul pays confronté aux difficultés de la décolonisation. Les Français ont été chassés du Vietnam par les armes ainsi que les Américains. Est-ce pour autant un frein à l’émergence économique du Vietnam ? Que dire de la Chine dépecée par les puissances européennes, puis le Japon ?

Le cœur du mal guinéen est l’incapacité de nos dirigeants de former des ressources humaines de qualité, de respecter les lois du pays et de se fixer des objectifs clairs et précis pour sortir le pays du sous- développement. Et nous vivons en ce moment leur mépris pour la formation des Guinéens. Tous les grands pays et ceux qui aspirent à l’émergence, respectent et mettent dans les meilleures conditions, le corps enseignant. Même dans nos sociétés traditionnelles, il y avait un profond respect pour les détenteurs du savoir. Ce mépris des dirigeants pour le savoir, depuis 1958, s’est étendu à l’ensemble de la population qui l’a intégré, c’est dans notre inconscient collectif.

La rupture est vitale.

Alpha Saliou Wann

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.