Labé : les femmes demandent la libération d’une détenue nourrice incarcérée à la prison civile

Des représentantes des différentes associations féminines de la commune urbaine de Labé communément appelées « Sérés » étaient ce vendredi 15 juillet 2016 chez le gouverneur de la région administrative de Labé, Sadou Keita pour demander la libération de Fatoumatou Binta nourrisse d’un enfant de sept mois au moment de sa condamnation par le tribunal de première instance de Labé , le mardi 15 mars 2016 à un an de prison ferme , au paiement d’une amande de deux millions francs guinéens et au remboursement de trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens que la fille de la plaignante aurait volés.

La genèse d’une affaire qui risque de mobiliser toutes les femmes de Guinée

L’affaire remonte au début du mois de mars 2016, quand Dame Mariama Bailo commerçante a tremblé devant le tribunal de première instance de Labé la pauvre Fatoumata Binta .
Mariama Bailo l’accuse d’être « la receleuse » des trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens que sa fille Aissatou aurait volés dans leurs toilettes publiques.

Mamadou Diouldé Dombhi Diallo un des acteurs qui défendent Fatoumata Binta depuis le début de cette brulante affaire revient sur la genèse d’une condamnation qui suscite consternation et indignation de la gent féminine et des défenseurs des droits de l’homme de Labé : « La femme on l’a condamné comme receleuse pendant que la fille dont on a dit qu’elle a volé, ne reconnait pas avoir volé un franc de sa maman. Elle ne reconnait pas avoir donné à la femme qu’on a emprisonnée dont le juge se hasarde à dire qu’elle est receleuse. Il n’y a pas des preuves qu’elle est receleuse. » Regrette-t-il.

« C’est la maman de la fille [Aissatou ],selon sa version , elle dit un jour elle revenait du marché vers 19 heures , porteuse de trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens , elle est venue à la maison , elle a pris les trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens et mettre dans une douche publique [toilettes publiques] chez elle. Elle est revenue dans sa concession pour chauffer le riz pour le soir et maintenant elle voulait faire les ablutions, elle est allée à la douche publique et a trouvé que l’argent ne se trouve pas là-bas. Donc, pour elle c’est sa fille Aissatou qui a pris les trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens. D’après sa déclaration , elle dit que Aissatou a pris les trente-deux millions sept cent cinq mille francs guinéens dans sa douche publique et allé confier l’argent à Fatoumata Binta qu’on a emprisonnée à la maison centrale de Labé présentement .» A-t-il conclu avec un ton très pathétique.

« Cette affaire sidère et inquiète toutes les femmes de Labé »



Pour exprimer leur désapprobation face à ce qu’elles qualifient d’injustice, les représentantes des mouvements féminins ont été reçues ce vendredi 15 juillet 2016 par le gouverneur de Labé.
Un bureau rempli des femmes dont certaines étaient aux larmes après les pathétiques explications des conditions de détention de la pauvre Fatoumata Binta.
Mariama Bah la porte-parole des femmes a, dans son intervention exprimé leurs cris de cœur face à la condamnation de cette pauvre femme qui a été séparée avec son nouveau-né de sept mois.

: « Nous sommes issues des différentes associations féminines de Labé. Chaque association a envoyé une représentante pour venir à la rencontre de Monsieur le gouverneur pour lui demander, lui supplier pour que notre consœur, notre amie incarcérée à la prison civile puisse être libérée. Elle a un enfant qui est présentement à la maison. Cette affaire sidère et inquiète toutes les femmes de Labé. Nous sommes venues demander à Monsieur le gouverneur de nous aider afin qu’elle soit libérée.»

L’indépendance de la justice comme arme de défense du gouverneur

En réponse, le gouverneur de Labé, SadouKeita  entouré de son cabinet a tout d’abord clamé l’indépendance de la justice avant d’expliquer aux femmes où se situerait  le dossier : « j’ai reçu des femmes qui représentent toutes les associations féminines de Labé communément appelées ‘’SERE’’ qui sont venues me saisir de ce problème épineux de cette femme qui est en prison. Je leur ai dit qu’il y a deux pouvoirs séparés et que moije suis le chef de l’administrationmais il y a la justice qui est un pouvoir à part qui est indépendante. Une fois que le juge a condamnéje n’ai aucun droit de critiquer d’abord sa décisionmaisensuiteje n’ai aucune raison d’interférer dans le jugement. De l’autre côtéc’est à moi qu’ont confié le sort des populations de la région, quand des dames viennent soulever un problème du genre, ce que je peuxc’est trouver des appuis pour voir comment est-ce que le jugement peut être réexaminé ? » S’est-il interrogé.

Et de renchérir : « Je ne conteste pas la décision du juge mais puisque la volonté populaire c’est de revoir le jugement, c’est donc de lancer un appel à mes autorités pour voir comment l’affaire peut être réexaminé, donc nous sommes à ce niveau».

Menace de manifestation dans les jours à venir

A la fin de la rencontre qui a duré pendant près d’une heure d’horloge, Thierno Mamadou Bowloko qui était venu soutenir la gent féminine n’exclut pas la tenue d’une manifestation dans les prochains jours si le dossier n’avance pas : « Si nous n’arrivons pas à voir des avancées majeures dans ce dossier, toutes les femmes et tout Labé vont se mobiliser pour manifester leur mécontentement contre cette injustice ».

Le début d’une culture citoyenne à Labé

Si cette mobilisation des associations féminines  prospère, nous affirmerons sans ambages que les populations ne sont pas uniquement politiques mais défendent aussi les droits de l’homme.

Dossier à suivre …

Sally Bilaly Sow , correspondant kabanews à Labé

 

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