L’Almami Samori Touré. Empereur

Ibrahima Khalil Fofana
L’Almami Samori Touré. Empereur
Récit historique

Présence Africaine. Paris. Dakar. 1998. 133 pages

Chapitre III
L’empire samorien se construit

  1. Conquête du Tôron

Ce retour au bercail en 1860 pourrait-il signifier pour Samori, la renonciation à toute activité guerrière ? Il n’en fut rien.
Rendu pendant quelque temps à ses activités commerciales, il avait suffisamment pris goût aux entreprises viriles de sofa pour en rester là.
Sa réputation de brave guerrier l’avait en tout cas précédé dans la contrée et il n’eut aucune difficulté à se faire enrôler dans la troupe de Mori Bérété, chef de guerre de Tintioulén, à 15 km de Kankan.
Il est de notoriété, cependant, que la collaboration ne fut point une réussite, les deux hommes n’étant pas faits pour s’entendre. Autant Samori était audacieux, autant Mori Bérété était ombrageux quant à son autorité. Les brouilles furent nombreuses et Samori dut s’éloigner après avoir subi, dit-on, des sévices corporels dont il aurait conservé des traces dans le dos.
Il cherchait donc une occasion de reprendre du service lorsqu’il apprit qu’un certain Vaféréba Kamara disposait d’une petite troupe de brigands et opérait des razzias dans les environs de Sanankoro.
La tentation fut irrésistible pour Samori malgré l’amertume qu’il avait gardée de sa fraîche expérience de Tintioulén.
Samori alla offrir ses services à Vaféréba. En peu de temps il se rendit utile à la troupe, puis indispensable par les nombreux succès qui marquèrent sa participation aux opérations de razzia.
Il devint bientôt le second dans la hiérarchie et ce fut naturellement à lui que revint le commandement lorsque Vaféréba eut à, se rendre dans la région forestière où l’appelaient certaines affaires de famille.
Il ne fallut pas longtemps à Samori pour imposer sur la troupe une autorité incontestée. De par son esprit d’équité lors du partage des butins, Samori évinça Vaféréba dans l’estime des hommes de troupes.
Aussi, lorsque celui-ci revint de son expédition il constata, avec irritation, qu’un changement s’était manifesté dans la fidélité des hommes à son égard. Il sentit une nette réticence à son autorité ; il comprit et dut admettre que son lieutenant Samori l’avait supplanté dans le cœur des guerriers. Il réagit violemment, éclata en reproches et menaça de congédier le compagnon « infidèle » :
— Tu m’as trahi, éclata-t-il. Qu’as-tu promis aux hommes pour qu’ils ne m’obéissent plus ? Je vois que Mori Bérété avait raison et que j’aurais mieux fait de me méfier de toi. Il va falloir que je me sépare de toi. Ainsi tu pourras si tu le peux, former ta propre troupe.
— C’est bien à tort que tu me fais des reproches, répliqua Samori, imperturbable. Quant à l’idée de m’éloigner de ces hommes je n’en vois pas la raison car je me suis déjà habitué à eux. Je pense qu’il est plus judicieux de demander leur avis pour savoir qui de nous deux ils choisiront pour les diriger désormais.
Contre son gré, Vaféréba dut accepter cette proposition.
La consultation qui suivit, vit la victoire écrasante de Samori, la quasi-totalité des hommes s’étant rangée derrière lui 1. Vaféréba déchu resta néanmoins au sein de la troupe peut-être avec le secret espoir de reconquérir l’estime de ses compagnons et de prendre sa revanche.
La tradition raconte qu’il n’y resta pas longtemps car il trouva la mort dans des circonstances obscures au cours de l’expédition suivante. Le grand rêve de Samori commençait à prendre corps et il pouvait entreprendre la réalisation de son immense ambition. Il avait désormais une troupe à sa dévotion (1862-1865).
A cette époque comment se présentait Samori ?
Au physique il était d’une taille largement au-dessus de la moyenne. Svelte et musclé, il affectionnait les tenues sobres de chasseurs ; sa voix forte lui permettait de se faire entendre au plus fort de la mitraille.
De tout son être se dégageait une impressionnante virilité : menton énergique, arcades sourcilières bien fournies, le regard pénétrant. Le port du turban, dont il s’octroya le privilège exclusif plus tard, rendait la tête plus impressionnante encore.
Son régime alimentaire était volontiers frugal : s’accommodant de tous les mets traditionnels (lafidi, etc.) ses préférences allaient cependant aux plats de fonio assaisonnés de namaninfing 2 gluant et de riz à la sauce aux feuilles de dâ (oseille). Un peu de viande grillée et séchée, quelques boules de gâteaux au miel, constituaient son menu de combattant. Plus tard l’adjonction de poudre d’écorce de caïlcédrat (djâla) à de la bouillie de riz lui évitait l’empâtement pendant les périodes de repos prolongé.
À la cour, Kôkissi Donzo, spécialiste de médecine traditionnelle surveillait les repas. Le protocole était des plus simples. L’Almami Samori partageait son plat avec les plus jeunes, les futurs sofas. Le silence était de rigueur et les grains de riz tombés à terre, attiraient immanquablement des réprimandes.
Samori jouissait d’une santé robuste et ses rares indispositions (maux de tête) étaient tenues secrètes. Le noyau de l’armée samorienne se développa très vite les noms les plus connus de cette époque transmis par la tradition orale sont :

  • Manikaba Moudou
  • Sonaba Diarra
  • Mantouman Dioubaté
  • Koulako Féré Dioubaté
  • Doussougbè Siné (Lansiné)
  • Kôkissi Donzo (le docteur)
  • Kèmè Bréma (Fabou) son cadet et son meilleur chef de guerre.

Le coup d’essai de la troupe de Samori eut comme théâtre Djâla, petit village des environs de Kérouané.
Conformément à la pratique en vigueur à l’époque, Samori, le chef brigand, avait installé son camp, un hangar fait de branchage et de feuillage, à la sortie principale du village. La troupe s’y, livrait à des exercices de combat et assurait sa subsistance en rançonnant les paysans rentrant des hameaux de culture.
L’inquiétude s’empara bientôt des villageois lorsque Samori commença à s’attaquer au bétail pour améliorer le menu de ses hommes.
Ils décidèrent donc de réagir et déléguèrent des hommes armés pour demander à Samori de cesser son brigandage :
— Samori, nous avons mission de te faire entendre raison ! lança le chef de délégation aussitôt qu’ils furent en présence de la troupe.
— Je ne vois pas pourquoi cette menace, répliqua calmement Samori. Vous avez encore votre liberté de mouvement, vous sortez et vous rentrez chez vous comme bon vous semble !
— Est-ce une raison pour prendre nos moutons et nos boeufs ?
— Vous n’ignorez pas que la protection que nous vous assurons vaut bien ce prix, car tant que nous serons ici, vous ne risquez aucune brimade de qui que ce soit.
Bien entendu, la compréhension ne se manifestant pas, des propos amers furent échangés.
Les délégués tentèrent d’engager la manière forte en s’attaquant aux installations pour faire déguerpir les indésirables. Samori comprit qu’après les installations leurs personnes pourraient être les prochaines cibles. Il prit les devants, ordonna à ses hommes de tirer.
La délégation perdit deux hommes. Les rescapés décontenancés s’empressèrent de reconnaître l’autorité naissante qui venait de se manifester de façon si brutale. Ainsi de proche en proche, village après village, Samori en vint à assiéger Sanankoro où résidait sa famille.
Naturellement les habitants du village déléguèrent Kémo Lanfia son père, pour lui faire entendre raison.
— « Mon fils, déclara Lanfia, tu ne dois pas oublier que nous sommes des immigrants dans ce pays qui nous a accueillis il y a de cela cinq générations au moins. Nous nous sommes sentis réellement chez nous depuis que ton aïeul Fabou Touré a quitté Bingo pour Kofilakoro. Nous avons contracté de nombreux mariages et ta mère Sokhona est bien de la grande famille des Kamara, les tenants de la terre, ici. »
Il souligna avec force détails comment lui, Lanfia Touré, avait pu s’installer à Sanankoro où il avait toujours été respecté. Ce fut en vain.
— « Père, répondit poliment Samori, il est préférable d’amener le reste de la famille ici et de demeurer sous ma protection, au lieu de rester dans un village sans défense. »
Les habitants de Sanankoro attendirent en vain le retour de Lanfia. Ils constituèrent alors une mission punitive qui fut matée à son tour.
Désormais il fallait compter avec le pouvoir de Samori dont le prestige allait grandissant tandis que sa renommée attirait chaque jour des dizaines de volontaires.
A ce propos, Samori eut le mérite de mettre fin à l’anarchie qui régnait dans la région, en canalisant sous son autorité tous les aventuriers dans des activités guerrières dans le but de fondre en un seul royaume la multitude des petites chefferies qui se combattaient sans cesse. Le succès lui sourit très vite et en un temps relativement court toute la contrée allant de Kérouané à Bissandougou reconnut son autorité.
Cependant ce ne fut point sans difficultés sérieuses qu’il parvint à ce résultat. Le premier siège important quil entreprit à l’époque eut lieu contre le village fortifié de Tèrè, au nord-est de Komodougou. Ce fut un échec cuisant.
Dianka, représentant de Séré Bréma dans cette zone, y veillait. Il avait bien organisé la défense des villages relevant de son autorité.
La jeune armée de Samori avait dû se replJier devant la puissance et l’efficacité de la défense de Tèrè.
Samori comprit très tôt que la guerre était une science qui avait ses exigences propres ; il convenait sans doute de ménager ses forces ; la diplomatie et la ruse étant aussi des atouts à mettre en oeuvre. Dès lors, alliant avec un rare bonheur l’habileté politique à la force, il parvint souvent à ses fins.
Il exploita intelligemment les nombreuses relations d’amitié qu’il avait nouées lors de ses tournées de dioula.
Mamourou Konaté 3, neveu de Sarankén raconte :

Samori se rendit à Talikoro où résidait Dianka qu’il essaya de corrompre avec de l’or. Ce fut en vain. Devant la détermination ferme de ce dernier il n’insista pas et mena sa troupe en direction de Komodougou, la plus importante localité de la contrée.
Il y avait dépêché auparavant un émissaire auprès du gardien du portail, son ami Founsoun Kaba Konaté 4.
L’appui de celui-ci lui fut acquis car, à la faveur d’une nuit pluvieuse la troupe de Samori fut introduite dans l’enceinte fortifiée.
Quelle ne fut la surprise, puis l’indignation des habitants de Komodougou lorsqu’ils se réveillèrent en compagnie d’hôtes aussi encombrants !
L’indignation se mua très vite en terreur, car Samori, sous le prétexte fallacieux de faire sécher la poudre, commença à exhiber en plein air une partie de son stock de munitions.
C’était plus que de l’intimidation !
La situation devint très critique dans l’enceinte de Komodougou dont le portail était maintenant sous le contrôle du conquérant. Une panique générale ! L’ennemi étant installé à demeure, aucune riposte ne pourrait être efficacement organisée. Le Conseil des notables se réunit aussitôt pour statuer sur l’attitude à adopter. Personne ne se faisait plus d’illusion sur les intentions réelles de Samori dont les aventures étaient déjà connues de tous.
Founsoun Kaba fut sommé d’inviter son ami à déguerpir au plus vite.
Il chercha à temporiser en arguant de l’honnêteté des intentions de Samori qui n’aurait d’autre but que de sceller une alliance avec les « braves » Konaté de Komodougou.
L’argumentation de Founsoun Kaba se fit très habile mais les choses traînaient en longueur car il ne réussissait pas à vaincre la forte réticence des notables qui ne pouvaient se méprendre sur le sens d’une telle alliance, celle d’un seigneur et de ses sujets.
Les négociations tiraient encore en longueur lorsque, à la stupéfaction générale, des coups de feu éclatèrent.
La raison apparente en était de vérifier le bon état de la poudre qui avait été mise à sécher au soleil, mais l’effet recherché par Samori était sans aucun doute de hâter la résolution favorable du Conseil des notables.
Le résultat fut immédiat : l’alliance fut conclue selon les termes du conquérant. Elle fut scellée conformément aux rites traditionnels par la consommation du dèguê 5. Voyez les ruines de la concession de Founsoun Kaba Konaté, là-bas au sud du village ! C’est le résultat de la malédiction, devait déclarer Mamourou pour conclure son récit.

Écoutons à présent Djoua Konaté 6 de Fabala.

Le ralliement des villages de Frankonédougou et de Fabala fut relativement aisé grâce aux bons offices de Founsoun Kaba.
Cependant la conquête du Tôron était loin d’être achevée dans la mesure où Gbodou, le lieu de résidence de Nouni Kaba Konaté, patriarche de tous les Konaté, échappait encore à l’autorité de Samori.
Il convient de souligner que la tâche ne fut point aisée car toutes les astuces utilisées jusque-là par le conquérant dans sa fulgurante progression étaient déjà largement connues à travers le pays.
Le cas Samori était devenu une véritable hantise qui meublait toutes les conversations, tous les conciliabules organisés pour parer au danger.
Les informations circulaient rapidement de village en village, les commentaires les grossissant au maximum.
Une véritable psychose de la peur s’empara de Gbodou où l’on n’en finissait plus de faire des consultations divinatoires, de sacrifier de tout et à tout moment. Dans ce village on se souvint soudain d’une affaire d’adultère, au dénouement de laquelle Samori, le marchand forain, avait été soumis à des sévices corporels !
Gbodou se barricada au maximum. Mais pouvait-on tout prévoir avec un homme du génie de Samori ?
Le conquérant savait attendre parfois ; il n’attendit pas longtemps.
En effet, chaque année des réjouissances marquent la fin des travaux champêtres. Une fois les récoltes engrangées les villages connaissent une période d’effervescence juvénile. Des fêtes sont organisées, des invitations lancées dans toutes les directions. Une grande émulation entre les classes d’âge « Kari » se manifeste, chacune s’évertuant à défrayer la chronique par les succès remportés non seulement par l’ambiance de la fête mais aussi par la qualité de l’hospitalité, de la convivialité.
La jeunesse de Fabala avait donc reçu une invitation de celle de Gbodou.
Notre village ayant prêté serment à Samori, il n’était pas surprenant de constater la présence de Founsoun Kaba, de Kèmè Bréma et de quelques autres éléments de la troupe du conquérant dans la délégation qui s’était rendue à Gbodou.
Quelle surprise, quel motif d’embarras pour les habitants de Gbodou ! Pouvait-on, et sans risque, éliminer « les intrus » ? Samori en aurait sûrement pris prétexte pour une action de vengeance, indépendamment du fait que ce geste aurait constitué un manquement grave de courtoisie à l’égard des frères de Fabala.
A Gbodou on se résigna devant le fait accompli sans se départir cependant de la vigilance nécessaire en la circonstance.
C’est ainsi que Kèmè Bréma s’attira des remontrances désobligeantes lorsqu’il fit montre d’une virtuosité peu ordinaire dans le maniement de son sabre, et ce, de la part du patriarche Nouni Kaba Konaté.
Avec la témérité qui le caractérisait, Kèmè Bréma lui porta un coup au front, de la poignée de son sabre. Le sang avait coulé !!!
Quel émoi, quelle colère eu égard à la qualité de la victime ! Tous les Konaté du Tôron ressentaient l’offense.
Ce double affront pouvait être vengé séance tenante sur la personne du provocateur mais les traditions d’hospitalité interdisaient toute réaction irréfléchie, tout d’abord le coupable faisait partie d’une délégation, de frères invités. Le châtier aurait été considéré comme humiliant par les gens de Fabala. En la circonstance, la compréhension et la tolérance avaient la primauté.
Ensuite l’identité du coupable fut vite établie et l’on prit soin d’éviter de donner au conquérant un prétexte d’agression.
De nombreuses voix s’élevèrent pour calmer les esprits ; un messager fut aussitôt dépêché auprès de Samori à Fabala, distant seulement de cinq kilomètres.
Il accourut aussitôt et éclata en reproches véhéments contre l’acte insensé de Kèmè Bréma; puis les mains liées derrière le dos, en un geste symbolisant une profonde humilité, en compagnie d’une suite nombreuse, il fit une fois le tour de la place, puis vint s’agenouiller devant Nouni Kaba Konaté.

Et comme s’il estimait que ce geste était insuffisant, il se mit à chanter sur un ton implorant :

Aîtaa Nmàlô Nkuntiila
Tiilonbali té nné
Aîtaa Nmàlô Nkuntiila
Walinyuma lonbalitè nné
Conduis-moi auprès de mon chef,
Je ne suis pas un renégat,
Conduis-moi auprès de mon chef,
Je ne suis pas un ingrat.

La foule des suivants de Samori reprenait en choeur. L’ambiance était pathétique ! Nouni Kaba Konaté y fut sensible ; il accorda son pardon.
Samori proposa de sacrifier un taureau pour « laver le sang versé ». Ce qui fut fait ; l’incident était clos. Puis on consomma le dèguê du serment inviolable, l’alliance étant ainsi scellée.
Samori fit alors une entrée triomphale dans Gbodou, le dernier bastion du Tôron.
Cependant dans l’espace conquis entre Sanankoro et Gbodou, il subsistait des poches de résistance : Tèrè et Faranfina. Après une rapide expédition victorieuse contre Tère, le conquérant reprit le chemin du nord. Il avait ainsi préféré remettre à plus tard la conquête de Faranfina.
Il connaissait bien le caractère altier de son chef, Kaba Wulu Konaté, pour avoir joué avec lui pendant sa jeunesse, chez un oncle maternel à Nialenmoridou. Nous verrons plus loin l’affrontement entre les deux hommes.
Écoutons Nassaran-Mori Konaté 7 :
Pendant qu’on le croyait occupé au sud, Samori se rendit par étapes forcées à Bissandougou au nord-ouest de Gbodou.
Il put ainsi s’introduire nuitamment dans l’enceinte fortifiée, puis dans la grande case servant de mosquée. Il savait à présent vaincre toute résistance chez les gardiens de portail par la menace ou la corruption. Le premier appel du muezzin le trouva donc installé déjà dans un coin obscur, la lueur de la lampe à l’huile de karité éclairant tout juste les alentours de la place de l’imam.
Après la prière de l’aube, le doyen du village de Bissandougou déclara : « Selon les rumeurs qui nous parviennent avec les voyageurs, Samori aurait l’intention de venir par ici , après avoir soumis Tèrè. Nous ne devons pas nous laisser prendre comme des femmes ; ce serait un manquement grave à la tradition de bravoure de nos aïeux. J’ai déjà dépêché un émissaire auprès de Naténin Famoudou Kourouma de Worokoro pour demander sa protection. Mais en attendant qu’il vienne à notre secours nous devons organiser notre défense et, pour assurer son efficacité, il nous est recommandé de sacrifier aux mânes de nos ancêtres un coq blanc. Il sera immolé à l’est du village, c’est-à-dire, du côté d’où l’attaque peut venir. À présent nous devons tous mettre la main sur ce poulet. »
Tout à coup, une rumeur insolite s’éleva du fond de la mosquée.
Un homme s’était levé et progressait rapidement vers le doyen du village, bousculant tout sur son passage.
Bientôt la stupeur apparut sur les visages lorsque « l’intrus », entrant dans la zone de lumière fut identifié : Samori était là ! Fonçant sur le coq tel un épervier, il s’en saisit, exhibant du coup sa main gauche reconnaissable aux taches blanchâtres. Plus aucun doute dans les esprits !
Sans laisser le temps d’un réflexe quelconque, Samori déclara avec ironie :
« Mes frères, Dieu a déjà exaucé vos voeux ; je pense qu’à l’heure qu’il est, il serait plus convenable pour vous de prêter serment. J’apprécierais hautement une alliance avec les braves de Bissandougou, leur sang est noble et précieux. »
Devant tant d’audace, comment pouvait-on résister ? Les habitants de Bissandougou consommèrent le déguê et le serment fut scellé.
A présent, Samori était motivé pour mettre le siège devant Faranfina où Kaba Wulu refusait toujours de se soumettre à son autorité.
Samori décida de mettre le siège : la résistance de la place fortifiée fut héroïque ; elle mit en échec plusieurs tentatives d’assaut de l’envahisseur.
Le prestige de Samori fut mis à rude épreuve. Dans les villages environnants on commença à murmurer d’admiration pour les habitants de Faranfina ; on alla jusqu’à supputer la concrétisation d’un défi à l’invincibilité du conquérant.
Samori, une fois de plus, fit preuve d’habileté politique : des émissaires infiltrés dans la cité assiégée prirent des contacts dans l’entourage de Kaba Wulu, en particulier avec son demi-frère Mamignan Fodé.
Samori s’assura la complicité du demi-frère de son adversaire en lui promettant pouvoir et honneurs.
Les sentiments de jalousie presque innés entre demi-frères dans les familles polygames malinké furent exploités au maximum. Pour quelle raison en effet, Fodé ne ferait-i pas « briller le flambeau » de sa mère Mamignar, au lieu de mener une existence terne sous les ordres de Kaba Wulu, fils de Massarankén ?
Kaba Wulu, trahi, fut vaincu et décapité.
Fodé, intronisé chef de Faranfina, offrit à l’occasion à Samori la main de sa nièce Sarankén 8 en gage de sa fidélité. Son fils, Téninsô Kaba Konaté, fut élevé à la cour de Bissandougou pour y jouir des mêmes prérogatives que les princes.
La conquête du Tôron était ainsi parachevée.

  1. La guerre contre Nantènin Famoudou Kourouma

L’intégration de Bissandougou au royaume samorien équivalait à une déclaration de guerre à Nantènin Famoudou Kourouma, roi du Sabadou, avec Worokoro comme capitale. Les États de Famoudou s’étendaient entre le royaume du Moriouléndou à l’est, le mini-Etat de Tintioulén de Mori Bérété et le Bassando à l’ouest ; le Wasulu au nord et le Tôron au sud.
Nantènin Famoudou s’était révélé jusque-là comme un chef de guerre émérite qui avait tenu tête à Séré Bréma ainsi qu’à toutes les tentatives de conquête menées à partir du Batè (Kankan) dans un but de prosélytisme religieux.
Nantènin Famoudou, ce gaillard aux grandes boucles d’oreilles, avec deux tresses de cheveux lui tombant sur les tempes, symbolisait bien la résistance des païens à la progression de l’Islam. Aussi trouvait-il naturellement des alliés au Wasulu et au Basando, animistes. La lutte entre Samori et lui s’annonçait donc âpre en cette année 1873.
Le premier choc faillit compromettre dangereusement le pouvoir encore chancelant de Samori, dont l’armée fut mise en déroute par celle de Nantènin Famoudou et de ses alliés.
Samori se replia au centre de ses États, en tout cas loin de Bissandougou, objet du conflit.
Il opta pour l’approche diplomatique et réussit à diviser ses adversaires. En effet Adjigbè Diakité, chef du Dietulu, la composante la plus importante des guerriers du Wassulu, fut acquis à la cause samorienne dès qu’il eut reçu un émissaire chargé de lui remettre une corne de boeuf remplie de poudre d’or.
La cause fut entendue et lors d’une ultime bataille sous les murs de Bissandougou, les guerriers du Diétulu tirèrent à blanc, les fusils étant chargés de poudre sans balles, contre les sofas de Samori ; puis ils firent volte-face en plein champ de bataille, abandonnant Nantènin Famoudou sur le terrain.
Vaincu, le roi du Sabadou avait néanmoins réussi à se cacher dans un jardin potager à la périphérie du village de Bissandougou.
Découvert au petit matin par une femme venue à l’arrosage, il fut appréhendé, détenu quelque temps en captivité puis décapité.
La victoire ainsi remportée faisait de Samori, le redoutable « Faama » (roi) de toute la région comprise entre les rives du Milo au sud, du Sankarani au nord et celles du Dion à l’est.
L’annexion du Sabadou provoqua une vive réaction à la cour des Cissé de Madina. L’autorité de Séré Bréma y était purement nominale car il n’avait jamais réussi à obtenir du grand vassal Nantènin Famoudou une soumission totale. Mais à Madina on cria à la provocation. Samori se fit très conciliant d’abord et expédia une part substantielle du butin à son ancien maîÎtre ; mieux il proposa de considérer le fleuve Dion comme limite territoriale des deux royaumes.
Un accord fut négocié et conclu à Kâlan-Kâlan.

  1. Organisation de l’Etat samorien

La renommée de Samori en tant que chef de guerre invincible se répandit rapidement dans tout le pays mandén, même au-delà. Samori élut domicile à Bissandougou, y installa sa capitale et entreprit d’organiser l’État.
De toutes les entités politiques importantes non encore intégrées au royaume, les émissaires affluaient vers Bissandougou. Samori décida de créer les ressources propres à l’administration centrale pour rompre avec la précarité en cessant de vivre aux dépens des peuples vaincus. Sur le plan économique la priorité fut accordée à la production agro-pastorale. Tout autour de Bissandougou, sur une profondeur d’au moins quatre kilomètres, entre les marigots Diaman et Soumbé, de vastes étendues de terre cultivables furent emblavées.
La répartition des tâches se fit selon les structures de l’armée répartie en compagnies (Bölö). Ces unités étaient constituées de façon assez homogène en tenant compte de l’origine géographique des sofas.
L’approvisionnement des magasins centraux a été constamment assuré (avant l’exode de 1893) par cette production autour de la capitale. Pendant les périodes de lutte armée des contingents spéciaux de producteurs y étaient rassemblés.
En général l’État samorien tirait l’essentiel de ses ressources des domaines suivants :

  • butins de guerre : captifs et biens matériels
  • tributs payés par les vassaux : captifs, or, vivres, bétail, etc.
  • utilisation de la main-d’œuvre servile à des tâches de production
  • activités productives des unités combattantes pendant les périodes d’accalmie
  • activités productives des écoles coraniques
  • droits de péages et de marché perçus généralement en nature ou en signes monétaires : cauris, guinzé 9
  • amendes infligées pour des délits de droit commun
  • revenus du commerce d’État

En effet pour subvenir aux besoins en armement et pour la remonte de la cavalerie, une véritable organisation étatique fut mise sur pied en direction de la côte (Sierra Leone, Liberia) et en direction du Sahel. Conduits par Niériba Lamine, Daouda Kaba, etc., protégés par Lankama N’Valy puis par Bilali, et finalement par Bakari Touré dans le Sankaran, d’imposants convois se rendaient en Sierra Leone, chargés de défenses d’éléphants, de peaux de bœuf, de boules de cire, de plaquettes de caoutchouc, de cornes de bœuf remplies de poudre d’or. Le tout était porté par des captifs de guerre, eux-mêmes objets de transaction.
À Freetown une véritable représentation consulaire avait été organisée. Elle veillait au bon placement des produits en échange d’armes, de munitions et de marchandises diverses. Elle avait qualité (attestée par des documents revêtus du sceau royal de Samori) pour négocier avec les autorités compétentes de la colonie britannique, de la sécurité des convois et parfois de conflits frontaliers.
Cette représentation consulaire était assurée par des hommes de confiance tels que Nalifa Moudou, Mamadou Kaïra, Mamadou Waka, Salifou Conté, Almamy Baraka, etc.
Ces contacts fructueux avec la colonie britannique de Sierra Leone se poursuivirent activement jusqu’en 1890, époque à laquelle Anglais et Français, mettant une sourdine à leur rivalité, avaient conclu un accord de délimitation de frontières entre les zones d’influence.
Ces accords invitaient explicitement les autorités coloniales de Freetown à mettre fin à toute vente d’armes et de munitions à Samori.
En direction du Sahel, le commerce extérieur a été aussi intense : l’on achetait des chevaux contre de l’or et des captifs.
Les courtiers de Bamako, puis ceux de Bobo-Dioulasso en profitèrent largement.
Le plus célèbre des fournisseurs de chevaux, d’armes et de munitions a été sans conteste un certain Bakari Touré 10, un Sarakollé. Nous verrons plus loin comment il a fini par être intégré à la famille de l’Almami Samori Touré.
Parallèlement à la création des assises économiques de l’État, Samori s’appliquait à organiser et à structurer l’armée sans laquelle on ne saurait concevoir son oeuvre.
En effet cette armée était omniprésente à tous les niveaux de la structure politico-administrative de l’État : conquête et défense, administration, activités productives, etc.
Composée essentiellement au début de sofas volontaires, l’armée a subi très tôt l’empreinte de la formation reçue par Samori à la cour de Madina.
Il ne s’agissait pas d’une armée tribale avec des règles de recrutement et de fonctionnement où l’appartenance à certaines couches sociales, voire à certaines familles pourraient déterminer à l’avance le rang dévolu dans la structure du commandement. Samori était « sorti des rangs » comme l’on a pu le constater. En outre il avait assimilé avec l’enseignement coranique des principes universalistes qui stipulent l’égalité de tous les croyants musulmans, frères en Islam.

A l’époque, dans le milieu malinké, auquel nous avons affaire, l’application de ces principes était loin d’être évidente ; les castes étaient bel et bien délimitées :

  • les griots (djâli)
  • les sous-griots (fina)
  • les forgerons (noumou)
  • les cordonniers (garanké)
    devaient obligatoirement se tenir à la place qui leur était assignée dans la hiérarchie sociale

Nous n’insisterons pas sur ces éléments de sociologie suffisamment connus. Notre propos est plutôt de souligner combien Samori a procédé à un brassage profond de la société malinké de son époque. En effet, ils ont été nombreux à assumer les hautes fonctions de commandant de corps d’armée, ces hommes dits de caste :

  • Morifindian Diabaté, son griot et ami d’enfance, commandant de l’Armée d’avant-garde.
  • Bilali Kourouma, le vieux, ancien captif fut commandant de corps expéditionnaire;
  • Lankama N’Valy, fina, fut chargé d’assurer la sécurité des convois à la frontière sierra-léonaise dans le Sankaran ; il dirigea en 1883 le corps expéditionnaire chargé de mater la rébellion Hubbu de Karamo Abal, alors vassal du trône de Timbo ;
  • Niama Kané Amara Diabaté, autre griot et ami d’enfance de Samori, fut désigné comme mentor du prince héritier Sarankén-Mori
  • Bilali le jeuneAlama KôtèKunadi-Kélèbagha, tous captifs affranchis qui se distinguèrent comme chefs de guerre d’une grande valeur et compagnons d’une fidélité à toute épreuve.

Comment peut-on s’étonner dès lors qu’une telle armée organisée sur la base du critère de la valeur intrinsèque ait été souvent victorieuse face aux armées traditionnelles de l’époque ?
La performance réalisée aussi bien dans le temps que dans l’espace tenait aussi à sa structure faite de souplesse et de clarté.
Dans le cas d’un recrutement normal d’éléments jeunes, la hiérarchie était la suivante :

  • La nouvelle recrue portait le nom combien significatif de Bilakoro(non initié, non circoncis) à l’âge de 15 à 20 ans. Ce jeune soldat apprenait le maniement des armes, les exercices d’entraînement physique auprès d’un maître auquel il était attaché.
  • Pour le maître, le bilakorotransportait une partie des vivres de campagne, accrochés à la queue du cheval. Aux étapes il se muait en palefrenier pour fournir de l’herbe à la monture du maître, l’amener au marigot pour lui appliquer les soins de propreté requis. Cette éducation spartiate conférait au bilakoro une résistance à toute épreuve, qui a fait de lui l’intrépide combattant qui a émerveillé tous les contemporains.
  • Le bilakoroprenait le titre de sofa (maître du cheval), le jour où il recevait une arme et un cheval. Mais la première condition réalisée après l’initiation de la circoncision était généralement suffisante. L’armée recevait aussi de nombreux sofas volontaires apportant avec eux armes et montures.
  • Le titre de Bolotigui11 correspondait au commandement d’une compagnie. Il s’obtenait après un acte de bravoure.
  • Enfin le Keletigui12 ou commandant de Corps d’armée était investi de pouvoirs assez étendus : sa mission comportait la conquête de nouveaux territoires, le maintien d’ordre dans les zones conquises, la sécurité des voies d’approvisionnement, etc. Il avait aussi le pouvoir de rendre la justice et de veiller à la promotion de l’enseignement coranique, assisté en cela par un lettré en arabe. Comme on le voit le Kélétigui représentait un rouage important du fonctionnement de l’État samorien. Il était, en conséquence, choisi parmi les hommes de confiance.

Armés au début de l’entreprise guerrière de fusils à pierre, les sofas devinrent redoutables lorsqu’ils furent dotés d’armes perfectionnées, les fameuxFissikran (fusils Gras du nom du fabricant).
Très tôt, le conquérant installa à Bissandougou des ateliers d’armurerie pour entretenir et réparer d’abord le petit stock de départ puis pour imiter les armes importées.
Certains forgerons, dont l’habileté a défrayé la chronique contemporaine, ont laissé leurs noms à la postérité : « Dâtan » Missa et « Dâtan » Féré. La proximité des hauts fourneaux de Noumoussoulou 13 près de Diarradou sur les flancs du mont Simandou riche gisement de minerai de fer, a été un facteur particulièrement favorable pour la puissance de feu du conquérant Samori.
L’instruction militaire était approfondie et les méthodes tactiques améliorées grâce à l’utilisation du service de tirailleurs déserteurs ou capturés.
Avant de disposer d’éléments capables de jouer du clairon, le signal préparatoire du départ était donné par son de cors (en cornes d’élans) tandis que les deux tambourins d’aisselle toma indiquaient que la marche commençait, l’Almami enfourchant sa monture à ce signal.
Enfin l’armée samorienne comprenait une cavalerie d’élite qui a souvent provoqué, la panique chez l’ennemi. Sa rapidité d’intervention a souvent permis de remporter la victoire sur les armées contemporaines essentiellement composées de fantassins.
Dans le domaine social, Samori se pencha sur l’organisation de l’enseignement coranique et de la justice. Une fois de plus la formation reçue à Madina pendant sa captivité a porté son empreinte sur la réforme sociale à laquelle il s’était attaché.
Par ailleurs son expérience personnelle l’avait placé dans une certaine mesure en dehors des rigueurs de la coutume tribale. Il a été profondément influencé par les contacts avec les milieux aussi « ouverts » que ceux des dioulas et des sofas. Il pratiqua parfois (au début tout au moins) la justice. Makoni Kaba Kamara 14, le forgeron, nous rapporte :

Un jour, alors que l’Almami Samori s’apprêtait à partir, ayant déjà un pied dans l’étrier de la selle, une hôtesse vint se plaindre de la perte de sa calebasse.
L’ordre de recherche fut aussitôt lancé et la calebasse retrouvée, passant de main en main revint à sa propriétaire.
« Si nous emportons cette calebasse, avait fait observer le monarque, où notre aimable diatigui (hôtesse) mettra-t-elle le repas de ceux qui viendront après nous ? »

Samori avait érigé, selon les normes coranîques, l’éducation en une véritable institution étatique.
Les jeunes gens de dix à douze ans, recrutés par contingents de quelques dizaines étaient dirigés sur des écoles officielles en dehors de leurs régions d’origine.
Ces écoles fonctionnaient partout où il y avait un maître qualifié : Sanoussi dans le Oulada, Bourlaye à Kouroussa, Lamine Kamara et Tira Amara à Kankan, Bemba Konè dans le Konia, Sakho dans le Kounadou, Karamo Mori à Sanankoro, etc.
Les écoles coraniques étaient régulièrement inspectées par Samori lors de ses tournées à l’intérieur du royaume. En compagnie des meilleurs lettrés de la cour : Karamo Moriféré et Mama Lansiné Doumbouya, il interrogeait quelques élèves. Lorsque les résultats étaient jugés satisfaisants (cas assez fréquents) le maître recevait une récompense en nature, un sabre, du bétail ou des captifs. Un cheval constituait le prix d’excellence.
Les maîtres médiocres étaient publiquement réprimandés. Du reste, les princes n’échappaient pas à la règle du contrôle. Périodiquement et au cours de séances solennelles, en présence des reines-mères, les enfants de Samori subissaient un interrogatoire parfois ardu sur leurs leçons.
On peut deviner quel effort intense chacun d’eux devait déployer pour éviter l’humiliation, les reines-mères étant sévèrement tancées en cas de défaillance.
Quant à la justice, elle était rendue à trois niveaux :

  • pour les collectivités villageoises les affaires civiles étaient jugées selon un code qui tenait à la fois de la coutume locale et de la jurisprudence islamique
  • les affaires de crime relevaient de la compétence du Kélétigui, assisté de conseillers choisis parmi les lettrés en Coran et hadiths. Le Kélétigui rendait la justice selon le code musulman ;
  • la cour impériale était saisie des affaires de haute importance : conflits entre collectivités, rébellion, trahison, etc.

Le monarque siégeait en personne, en présence de tous les dignitaires. Les séances étaient publiques, le saint Coran et les hadiths constituant les références constantes.
Karamo Moriféré, Mama Lansiné Doumbouya, Karamo Mamadi Cissé, Karamo Sidiki Chérif ont été les principaux conseillers en la matière tandis queAnsoumane Kouyaté assurait le secrétariat permanent.
Les doléances entendues, la sentence était prononcée séance tenante, même si le verdict était en défaveur d’un dignitaire.
Enfin pour coordonner et impulser l’ensemble des activités de l’Etat, Samori entretenait des contacts permanents avec ses représentants, les Kélétigui.
Des émissaires comme Bia Sory Kouyaté sillonnaient régulièrement le pays, porteurs de messages et collectant minutieusement des informations.
L’Almami Samori organisait des assemblées générales ponctuelles, à chaque moment crucial de la vie du royaume. De nouvelles régions avaient-elles été intégrées ? Une réunion était aussitôt convoquée pour les organiser. Fallait-il entreprendre de nouvelles conquêtes ? Une concertation était mise en œuvre pour ce faire. Les dignitaires affluaient de toute part, c’était l’occasion de contacts fructueux entre eux. Mamadi Oulén Cissé souligne :

Les grandes festivités organisées à ces occasions, les échanges de cadeaux, conféraient à ces rencontres une ambiance populaire dont le temps fort était toujours la cérémonie solennelle de prestation ou de renouvellement de serment.
Les dignitaires s’y prêtaient avec fierté.

La tradition nous a conservé le souvenir, de certaines assemblées qui ont jalonné la vie de l’État samorien.

  • L’Assemblée de Bissandougou en 1875 pour inaugurer la capitale et consacrer le titre de Faama (Roi).
  • En 1882, les Assemblées de Diomawagna et de Gbéléba pour organiser la région du Nord et les États conquis sur Séré Bréma.
  • En 1884, l’Assemblée de Bissandougou pour institutionnaliser la pratique de l’islam. À l’occasion, le titre d’Almami conféré en 1879par l’Almami Ibrahima Sori Darade Timbo, fut officialisé. Cette décision déshériterait en particulier les frères de l’Almami dont le droit à la succession puisait son fondement dans la coutume malinké. Selon les préceptes du saint Coran, les héritiers légitimes sont les enfants et non les frères. Les conséquences ne se firent pas attendre car les frères protestèrent et parlèrent d’ingratitude. L’Almami réagit cependant avec pondération : « Je ne vous ai rien pris qui vienne de l’héritage commun de notre père. Vous pouvez vous référer à lui pour témoignage. » Les frères ravalèrent leur rancoeur, conscients qu’ils étaient du rapport de force. Mais la cohésion qui avait jusque-là prévalu autour du pouvoir en avait reçu un mauvais coup.
  • En 1891, l’Assemblée de Missamaghana (dans le Djéné Diémèrin) à l’est de la ville de Kankan, pour préparer la résistance aux troupes coloniales françaises. Sous les ordres du lieutenant-colonel Humbert, ces opérations visaient la désintégration du royaume en occupant Kankan puis Bissandougou.
  • Enfin en 1893 l’Assemblée générale de Frankonédou pour décider et organiser l’exode vers l’est.

Il est aisé de comprendre qu’avec une telle organisation politique, ce vaste ensemble de territoires allant de la lisière de la forêt guinéenne aux abords immédiats de Bamako, ait pu connaître une cohésion tangible, qui aurait bénéficié d’une certaine pérennité, n’eût été l’intrusion coloniale.
Il y avait certes le charisme de Samori, son autorité et son prestige de conquérant hors-pair. A notre avis ces facteurs ne sauraient à eux seuls l’expliquer ; la participation des dignitaires à la conception et à la prise des décisions, le consensus né de l’harmonisation des points de vue étaient certainement des éléments catalyseurs de la cohésion.
Cependant il convient de signaler que le tableau n’était pas toujours « rose » et que le royaume a connu des cas de rébellion grave. Saran-Madi Kaba, représentant personnel de l’Almami Samori dans le Oulada, avec résidence à Banko, a été assassiné dans le cadre d’une conspiration des douze villages. Une réaction vigoureuse menée sous les ordres de Morifindian Diabaté a mâté la rébellion.
Il est de grande notoriété que le Wasulou ne fut jamais tranquille ; les conséquences désastreuses du siège de Sikasso y avaient provoqué une révolte généralisée. Il a fallu la poigne particulièrement efficace d’un Foulah-Khaly Sidibé pour en venir à bout.
Par ailleurs les maladresses d’un Tèninsô-Kaba Konaté dans l’entreprise d’islamisation en pays bambara avaient occasionné un soulèvement qui a mis le royaume à deux doigts de sa perte.
Il convient néanmoins de souligner que globalement considéré dans son existence le royaume a connu quelques moments fastes.
Comment la vie se déroulait-elle à la cour pendant les périodes calmes ? Écoutons Doumba Konaté 15 de Gbodou:

Les jours ordinaires, en période de pause, chacun vaquait aux occupations de son choix : entretien de l’équipement, activités productives au champ, à la chasse, à la pêche, sinon à se détendre sous l’arbre à palabre en devisant gaiement avec les compagnons, etc. Le vendredi était un jour férié, consacré à des cérémonies et à des réjouissances d’une grande solennité.
Le Barabo regroupait sur la grande place (bara) toute la communauté présente en ces lieux et aux alentours.
Les manifestations organisées ce jour-là tenaient à la fois du défilé militaire et des réjouissances populaires. Dans la matinée, les musiciens jouaient, en guise de mise en train, pour les femmes et les enfants.
C’était l’occasion de compétitions de chant et de danse, le tout dans une ambiance de gaieté, d’élégance et de coquetterie. Les dames arboraient leurs plus beaux atours, rehaussaient l’éclat de leurs yeux avec du noir à la poudre d’antimoine (kalé), coloraient la paume des mains et la plante des pieds avec de la mixture de feuilles de henné (djabe).

Doumba Konaté précise par ailleurs que les tam-tams n’étaient pas de la fête ; l’Almami Samori estimait qu’ils évoquaient les pratiques animistes accompagnant toujours l’adoration des fétiches.
En outre ces instruments auraient sans nul doute rappelé les particularismes des terroirs, éveillant du coup une nostalgie favorable aux forces centrifuges.
Pour en revenir au programme de la fête du Barabo, Doumba Konaté poursuit :

Après la prière de dix-sept heures (ashr) les manifestations reprenaient sur la grande place, sous les fromagers de Bissandougou par exemple, en présence de l’Almami Samori et de la cour.
Parmi les dignitaires assis autour de lui, on pouvait facilement distinguer le fameux Mamadi « Dadjoloba » (Mamadi à la longue barbe). Il fut un espion réputé et particulièrement craint des dignitaires.
Comme à l’accoutumée il prenait place près du monarque, à portée de voix. De temps en temps, sur un signe du roi, il s’empressait de murmurer quelques mots à l’oreille, après avoir promené un regard inquisiteur sur les dignitaires dont il était la terreur. Il jouissait d’une grande influence à la cour car tout ce beau monde le courtisait pour le « neutraliser » qui par des cadeaux, qui par des pratiques occultes.
La fête suivait son cours par des joutes oratoires et des saillies d’humour. « Sangbantigne » FÉRÉ 16 s’approchant, le monde retenait son souffle :
Un jour déclara-t-il, le chef du village de Gbodou, parce qu’il était fâché contre moi, m’intima l’ordre de débarrasser le sol de ses aïeux d’une vermine de mon espèce ! Apercevant un manguier tout proche, je me suis accroché à l’une des branches et j’ai demandé au chef du village d’enlever le sol de ses aïeux afin que je puisse me tenir sur celui que Dieu a créé pour tous les hommes ! Il resta confus.
La foule se mit à rire.
Féré enchaîna :
— Vous savez, tous les charlatans sont des escrocs ! Par tous les mensonges, ils cherchent à s’approprier le bien d’autrui. Moi, Féré, ils ne peuvent pas me tromper : par exemple, l’un d’eux me dit un jour :
« Féré, il faut offrir un poulet à un passant. » J’ai appelé l’un de mes fils en lui ordonnant de passer devant moi et je lui ai remis le poulet convoité par le charlatan qui resta sur sa faim.
Un autre charlatan a voulu me faire croire qu’il y avait des dissensions dans ma famille, « vous n’avez pas les pieds dans un même trou », m’a-t-il déclaré. J’ai creusé un trou dans ma cour et le menteur de charlatan a pu constater la présence de tous les membres de ma famille, assis en rond, les pieds dans le trou !
La foule ne se tenait plus de rire. L’Almami Samori, qui se délectait aussi de ces instants de fou rire, fit approcher Féré :
— « Féré, déclara le monarque, je ne me souviens pas d’avoir consommé du son de céréale ! »
— « Faama, dit Féré en se grattant le cou comme pour s’assurer qu’il ne risquait pas l’ultime sanction, dans ce cas vous n’avez sans toute jamais consommé du maïs grillé »
Ce fut l’hilarité générale !
L’ambiance de gaieté gagnant en intensité, les instants solennels débutaient. Les chefs guerriers, à la tête de leurs troupes, faisaient leur entrée sur la place bondée de monde, de spectateurs.
L’orchestre de coras et de krin (sorte de harpe) du célèbre Krinfo-Kaman offrait toutes les ressources de son répertoire, soutenu par les balafons, les violons et les flûtes.
L’émulation s’emparait de tous : le succès était à celui qui se ferait applaudir le plus pour son allure martiale et par la fermeté de ses invectives à l’adresse de l’ennemi potentiel. Après deux rondes sur la place, chaque bölö allait s’agenouiller devant l’Almami, renouvelait son serment de fidélité, recevait sa bénédiction et se rangeait.
Cette revue de troupes, tirant à sa fin, l’Almami Samori, le roi-guerrier, se levait, suivi de tous les dignitaires.
Chaussé de bottes en cuir fabriquées par le garanké 17 Mamadi, le boubou ceint à la taille avec une écharpe, il brandissait un pistolet confectionné dans ses armureries. Dominant la foule de sa haute stature, il conduisait en personne une ronde frénétique qu’il ponctuait de coups de pistolet tirés en l’air. Sa voix forte lançait de temps en temps son cri de guerre. « Koua ! Koua » qui stimulait le zèle de tous et dans un enthousiasme d’une rare intensité, la ronde devenait plus frénétique, emportant dans le tourbillon de l’allégresse générale les soucis de l’heure pour ne laisser dans les esprits qu’une vision fascinante d’un avenir radieux et enchanteur. Le soleil baissait à l’horizon, l’heure de la prière du crépuscule approchait. L’Almami se retirait dans son carré ; la foule se dispersait.

Comme on le devine, un tel jour était attendu avec impatience par tous et des souvenirs qu’il a laissés dans les esprits reste encore le refrain qui scande les récits de tous ceux qui ont participé à la grande épopée de l’Almami Samori.

  1. Le royaume devient empire

Ainsi organisé et dirigé, le royaume samorien a connu des années fastes que l’on peut situer entre 1883 et 1887, c’est-à-dire jusqu’au siège de Sikasso.
Mais auparavant comment avait évolué l’entreprise de conquête ?
En 1875, alors qu’il aménageait sa capitale, Samori avait reçu à Bissandougou un émissaire de Karamo Mori Kaba, chef du Baté avec Kankan comme chef-lieu. Le messager se présenta à la cour, portant sur la tête une pierre qu’il déposa aux pieds du souverain: « Salut, Faama ! mon maître me charge de vous dire que vos frères en Islam de Kankan ne peuvent plus pratiquer leur religion dans la quiétude, constamment assaillis et dérangés qu’ils sont par leurs voisins païens du Bassando et du Gbérédon. Les activités commerciales sont profondément perturbées par cette situation. Mon maître implore votre secours. »

Le Faama fut très sensible à cette sollicitation qui flattait de façon particulière son amour-propre de conquérant. Elle conférait en tout cas une auréole de prestige à son action guerrière. Intégrer Kankan la grande métropole religieuse et commerciale dans sa sphère d’influence avait hanté le rêve de plus d’un conquérant avant Samori. Elhadj Omar Tall de Dinguiraye y a introduit la secte Tidyaniya en 1840. Dyédi Sidibé chef animiste du Wassoulou, Séré Bréma Cissé de Madina, tous ont succombé à la tentation de conquérir Kankan. Mais aucun d’eux n’avait réussi à maintenir une emprise significative sur cette cité rebelle.
L’appel de Karamo Mori Kaba fut donc une véritable aubaine pour le Faama de Bissandougou. Rendez-vous pris, l’entrevue eut lieu à Tintioulén chez Mori Bérété (le fameux Konkèmori) avec lequel il s’était réconcilié. Un accord d’assistance mutuelle y fut conclu.
On peut affirmer, à juste titre, que les desseins du conquérant Samori ont subi une véritable mutation à partir de cette période.
En effet cette alliance a eu un impact décisif sur l’orientation et le contenu politique de l’entreprise de coqquête, su l’organisation et les structures subséquentes de l’Etat samorien.
L’alliance avec Kankan lui permettait de renouer effectivement avec la communauté musulmane qu’il avait fréquentée à Madina pendant sa captivité. Maintenant qu’il avait mûri en âge et en expérience, maintenant qu’il étai devenu tout-puissant, il percevait mieux tout le parti qu’i pourrait tirer de l’application des principes du saint Coran, pour unifier les peuples soumis à son autorité.
Ces peuples conquis, bien qu’appartenant tous à la branche Mandén, n’en présentaient pas moins une grande diversité de moeurs et de coutumes.
Les forces centrifuges liées à cette réalité constituaient un danger permanent pour la stabilité du royaume. Samori décida tout d’abord de parfaire sa formation personnelle, restée élémentaire depuis Madina.
Il adopta un conseiller culturel en la personne de Karamo Sidiki Chérif, grand érudit de Kankan, originaire de la Mauritanie.
Le programme fut conçu en quarante leçons, selon El Hadj Alpha Diabaté 18. La pratique de l’islam entra dans les moeurs en s’élargissant par cercles concentriques à partir de l’entourage immédiat du souverain. L’ambition du conquérant néophyte trouva dans le prosélytisme maninkamori un appui particulièrement efficace. En effet les Kaba, intellectuels et commerçants, sont naturellement prédisposés au dialogue et à la négociation ; ils ont toujours recherché le compromis, présentant ainsi les qualités de diplomates consommés.

En 1875, Samori fit donc une entrée triomphale à Kankan. L’accord de Tintioulén fut consolidé par un pacte sacré scellé sur la tombe du vénéré Karamo Alpha Kabiné Kaba 19. Des boeufs y furent immolés. Les deux parties s’accordaient sur le partage du butin après chaque victoire : les biens matériels et une partie des captifs aux Maninka-mori tandis que les pays soumis seraient intégrés à l’empire samorien.
A ce propos El Hadj Alpha Diabaté nous rapporte :

« Cette convention se transforma peu à peu en un marché de dupe pour les Kaba, eu égard à la nouvelle politique suivie par leur allié. »

En effet Samori avait déjà apprécié tout le fruit qu’il avait tiré de la diplomatie en tant que méthode de conquête ; s’il goûtait le résultat de la lutte armée, il savourait bien mieux celui de la diplomatie. Il en usa largement, n’hésitant pas à faire des avances à des adversaires assiégés.
En plus des Maninka-mori qui ne lui marchandaient pas leur service, Samori eut la main heureuse en ressources diplomatiques car les griots étaient accourus nombreux à la cour de Bissandougou.

Parmi eux il a pu recruter des émissaires talentueux tels que Ansoumane Kouyaté de Kolonkalan (qui devint son secrétaire particulier) ; Fara Mangaran Konde de Fadama (déjà présent à la cérémonie sur la tombe de Karamo Alpha Kabiné Kaba, le Môgnouma-yiri pour les Kankanais).
La lutte contre les Condé du Gbèrèdon fut menée avec succès du sud à l’ouest, en arc de cercle autour de Kankan qui connut rapidement la paix.
Pour réaliser une paix définitive il a fallu néanmoins poursuivre les assaillants car les Condé et leurs alliés, les Keîta de l’Amana, les Traoré, les Bérété, les Doumbouya et les Magassouba des rives du Niger avaient concentré le gros de leurs forces à Koumban dans le Kouroulamini.
Ils y soutinrent un long siège, près de dix mois, selon Mamadi Oulén Cissé 20 . Dans ce que la tradition a appelé « Koumban-Kele », Samori et ses alliés les Kaba, avaient des intérêts divergents : tandis que le conquérant visait l’intégratiob du pays avec son grand potentiel économique et humain, les Kaba voulaient d’abord assumer une vengeance à la dimension de la personnalité de Oumarouba Kaba, l’un des plus valeureux chefs de guerre du Baté, mort plus tôt au champ d’honneur en défendant la cité.
Néanmoins le carnage fut évité lorsque les coalisés firent leur reddition suite à des démarches diplomatiques initiées par Samori.
Cependant les Condé « digéraient » mal leur défaite. Les chefferies des rives du Niger et du Niandan se coalisèrent à, nouveau pour résister dans les places fortes de Gbérédou, Baranama et de Baro. Mais la cohésion manifestée devant le danger à Koumban restait fragile car les contradictions étaient nombreuses et souvent profondes.
Les émissaires de l’Almami Samori eurent la tâche relativement aisée dans cette région où les rivalités entre frères-ennemis (Fadén-ya) sont des « explosifs » que la moindre étincelle suffit à faire éclater. Du reste il s’agit d’un mal atavique en pays malinké. Ainsi tous les chefs qui n’avaient pas été impliqués dans la résistance des Condé, se rallièrent à Samori, en opposition à leurs frères qui avaient soutenu le siège de Koumban. L’habileté politique d’un ténor comme Fara Mangaran Condé avait bien matière à succès.

Cependant Kouroussa résistait sous le commandement de Gbolo Keita 21. Pressé qu’il était de mettre sous son autorité les riches plaines du Niger et surtout les mines d’or du Boure, l’Almami Samori préféra remettre à plus tard la conquête de Kouroussa. Kourala, Dougoura, autant de conquêtes faciles qui jalonnèrent sa progression en aval du fleuve. La propagande efficace de Ansoumana Kouyaté avait ouvert la voie au succès. Le vieux chef de Gbenkoro-koro, Soulémani Kournba Magassouba était acquis a la cause samorienne ; les populations de Norakoro et de Nounkounkan se rallièrent aussitôt.
Seul Norassouba, avec l’intraitable Karinkan-Oulén Doumbouya résistait. Ce gros centre, dont le périmètre atteignait les deux kilomètres, n’autorisait pas un siège en règle. Le conquérant s »installa à Dougoura, tout près de là. La cavalerie entreprit un harcèlement continu par des attaques quotidiennes.
Après neuf mois, Norassouba succomba sous la famine, toute action de production en dehors de l’enceinte ayant été rendue impossible.
Sur intervention de Bali Keïta, chef de Babila et allié notoire de l’Almami, Karinkan-Oulén bénéficia de la clémence du vainqueur et intégra l’armée samorienne.
La reddition de Norassouba complétait le dispositif d’isolement de Kouroussa qui ne pouvait plus compter sur un soutien quelconque en provenance de l’aval du fleuve Niger. Cependant Gbolo Keïta résista encore dans Kouroussa. Les conditions de sa reddition indiquent bien quelle appréciation il avait pu créer auprès du vainqueur : il fut confirmé dans son commandement (1877-1878).

Pendant qu’il tenait garnison sous les remparts de Kouroussa, l’Almami Samori reçut un émissaire de Ténin-Kalé Laye du Baleya dans le Sankanran. Celui-ci sollicitait son concours pour faire triompher son droit à la succession de Bana Faoma Kamara. Il offrit à l’occasion au conquérant la main de sa fille Kànti.
Kouroussa soumis, l’Almami Samori alla passer l’hivernage (1879) à Sanyena chez son beau-père; tout était rentré dans l’ordre dès que sa réponse avait été connue. Outre la consolidation de ses conquêtes dans le Sankanran, ce séjour à l’Ouest visait aussi à surveiller les mouvements de l’armée des Cissé.
En effet à Madina, à la cour des Cissé, on avait entrepris de nouvelles conquêtes dans ce Sankanran où l’Almami n’était pas encore bien implanté. Profitant de son éloignement sur les rives du Niger, Morlaye le bouillant neveu de Sere Brema, s’était emparé du commandement de l’armée à la recherche d’un second souffle.
Le Moriouléndou était maintenant encaissé entre, d’une part le Wasulu au nord, d’autre part les États de Saadji et de Samori au sud. La seule direction pour une entreprise d’envergure restait donc l’ouest.
Morlaye s’y engagea résolument, en évitant toutefois Sanankoro et Bissandougou. Malgré les protestations de Samori auprès de Séré Bréma, l’armée des Cissé continua sa progression dans le Sankaran mettant souvent à mal les alliés du conquérant.
Celui-ci temporisa néanmoins, préoccupé qu’il était par d’autres objectifs prioritaires, à savoir la sécurité des routes menant à la côte sierra-léonaise à travers le Foutah-Djallon et la conquête de la riche région aurifère du Bouré et du Bidiga.
La sécurité des convois à travers le Foutah-Djallon passait nécessairement par un accord avec le royaume théocratique de Timbo.

À ce propos, écoutons le témoignage de El Hadj Chaikhou Baldé, ancien directeur de l’INRDG (ex-IFAN) 22.

Ce royaume était, à l’époque, très affaibli par les querelles intestines dont l’origine se trouvait dans le régime des successions.
Aussi l’émissaire de l’Almami Samori fut-il accueilli avec empressement à Timbo par l’Almami Ibrahîma Sory Dara en 1879.
Outre les avantages politiques d’un tel rapprochement, les affinités religieuses étaient loin d’être négligeables. L’Almami Samori vouait en effet une véritable adoration pour les valeurs spirituelles de la ville sainte de Fougoumba où l’on retrouve encore de nos jours les descendants de sofas envoyés là pour assurer la protection de la mosquée, contribuer à son entretien et parfaire leur formation religieuse.
Les négociations aboutirent à la conclusion d’un accord aux termes duquel l’Almami Ibrahima Sory Dara s’engageait à faciliter le ravitaillement en bétail de l’armée samorienne et à maintenir ouverte la route de Sierra-Leone. De son côté Samori Touré, honoré à l’occasion du titre d’Almami, Commandeur des croyants musulmans par son nouvel allié, s’engageait à apporter assistance au trône de Timbo.

En 1883, l’Almami Samori chargea son lieutenant Lankhama N’Valy d’une expédition punitive contre les Hubbu de Karamo Abal, alors vassal révolté de l’Almami Bocar Biro. C’était dans les montagnes de Ourékaba.

L’accord conclu à Timbo peut être considéré, à juste titre, comme l’un des plus solides car rien n’est venu troubler les bonnes relations qui en sont issues.
Mamadi Oulén Cissé ajoute, quant à lui :

La délégation envoyée par Timbo à la suite de l’accord était porteuse de nombreux cadeaux. Parmi les objets présentés figurait en particulier un éventail (léfa) de fabrication artisanale, si joli que Samori, le royal destinataire, ne put s’empêcher de s’en saisir aussitôt et de l’utiliser. Or, selon la tradition, ce léfa aurait été imbibé de talisman aux fins d’ôter à Samori toute velléité de conquête en direction du Foutah-Djallon.

La sécurité des routes une fois garantie par l’accord, la conquête des zones aurifères du Bouré et du Bidiga devint la priorité dans le plan de campagne de l’Almami Samori.
Cependant, la conquête du Balèya avait provoqué de:’ inquiétudes chez Aguibou qui venait d’accéder au trône de Dinguiraye à la tête du royaume toucouleur d’El Hadj Omar Tall.
Un conflit armé était plus que probable. Mais la diplomatie des Kaba de Kankan sut jouer en faveur d’un règlement négocié ; il s’agissait en l’occurrence de deux souverains se réclamant de l’islam. La tentative d’aller jusqu’à un traité d’assistance mutuelle, au-delà donc d’un pacte de non-agression échoua devant les réticences de Aguibou. Bien que le but affiché ait été de favoriser l’expansion de l’islam, le roi toucouleur montra très méfiant à l’égard de tout ce qui concernait l’Almami Samori Touré.

Le pacte date de 1878.

Il faut signaler qu’il s’est agi du dernier acte de la coopération née sur la tombe de Alpha Kabiné Kaba entre Maninka-mori et l’Almami Samori.
En effet les Kaba se sentaient de plus en plus frustrés par les résultats de la collaboration car leur allié avait délibérément opté pour la voie diplomatique et la clémence, cela en conformité avec sa nouvelle stratégie de conquête : intégrer les contrées soumises en préservant leur potentiel économique et humain.
Les butins, quote-part destinée aux Kaba, devenaient de plus en plus maigres. Dans la mesure où ceux-ci combattaient sous l’étendard de l’islam, il leur était difficile de manifester ouvertement leur mécontentement.
Mais le coeur n’était plus à la collaboration. Aussi le doute s’installa-t-il dans les rapports entre alliés. Lors des négociations entre l’Almami et Aguibou la loyauté des Kaba, selon la tradition, fut loin d’être évidente. Au siège de Sarèya l’Almami Samori n’avait pas hésité à renvoyer Daye Kaba.
Ce n’était pas encore la rupture totale mais elle était déjà probable.
Daye Kaba n’a jamais pardonné cette humiliation. Nous verrons plus loin comment sa vengeance a été assouvie.
Le pacte de non-agression conclu avec Aguibou, l’Almami orienta ses activités guerrières vers les régions aurifères en aval du fleuve Niger.
De Kouroussa à Nounkounkan, ce fut une marche triomphale. C’est à Diélibakoro qu’il rencontra la première résistance avec Morissanda Kéïta, chef du Dyuma.
Massaran-Mamadi Touré frère cadet de l’Almami et son lieutenant pour la région Nord, obtint la soumission de Morissanda grâce à l’aide efficace du diplomate Ansoumana Kouyaté. Mamadi Oulèn Cissé nous révèle :

Dans le Bouré et le Bidiga, il ne rencontra aucune résistance, car ces gens ne se sont jamais battus contre un envahisseur. Ils se sont toujours contentés de négocier des conditions qui leur laissaient la liberté de se livrer à leur activité ancestrale d’extraction de l’or. Ils ont toujours été disposés à payer des tributs en or.
Aussi l’Almami Samori dont les besoins en trésorerie et en armement étaient immenses exigea-t-il des tributs partictifièrement lourds.
Lors de la cérémonie de soumission de la contrée, le porte-parole, le Fina Nana N’Faly Kamara fut très éloquent en offrant près de trois cents fusils de fabrication locale, une chaîne en or de la longueur d’un homme debout les bras levés et une grosse tabatière remplie de poudre d’or.
Avec tous ces moyens, avait ironisé l’Almami, pourquoi donc, ami N’Faly Kamara, n’avez-vous pas « mesuré » la poudre contre les sofas, une fois ou moins ?
Faama, répliqua sans sourciller le griot, c’est que je ne me sens pas l’étoffe d’un guerrier ; et pour dire la vérité, nous tous du Bouré, nobles maninkas ou griots nous préférons de beaucoup aux combats l’exploitation paisible de nos mines d’or.

La cause entendue, le pays fut exempté d’occupation militaire et de conscription. Ce fut le tour des chefferies situées,: dans la plaine de la Fyé et sur la rive gauche du Sankanrani de se soumettre à l’autorité de l’Almami Samori Touré. L’impact des conquêtes récentes avait été suffisamment marqué pour faciliter cette intégration.
Nanyuma-Mori, un allié de l’Almarrù, n’eut, en effet, aucune difficulté à convaincre Nanfodé Keïta, chef du Dyumawanya de la nécessité d’envoyer une mission d’allégeance à Damissakoro où le conquérant tenait garnison. Koundian-Diémori Sakho, chef du Sakhodou et celui du Koulibalidou, suivirent le mouvement.
Il se révéla plus tard qu’ils ne l’avaient fait que du « bout des lèvres », le conflit Samori-Kankan en aura été le révélateur.
Cette belle expédition dans les régions du Nord dut être écourtée car la situation à l’Ouest avait évolué dangereusement avec les progrès réalisés par l’armée des Cissé, sous le commandement de Morlaye.

Dans leur progression à travers le Sankaran, les Cissé menaçaient maintenant les voies d’approvisionnement menant en Sierra-Leone.
Bien des mois auparavant, l’Almami avait protesté eï invoquant l’accord conclu à Kâlan-Kâlan. Il se présenta en victime d’agression ; bien mieux, il demanda la main de Séréfou Séré Cissé 23 dont la beauté juvénile avait certainement retenu son attention lors de sa captivité à Madina. Selon Mamadi Oulén Cissé:
La délégation envoyée par l’Almami et conduite par mon oncle Karamo Mamadi Cissé, avait été bien accueillie à Madina par le vieux souverain Séré Bréma.
Mais l’accord de délimitation des frontières conclu à Kâlan-Kâlan avait fait des mécontents dans l’entourage du vieux souverain. Si le désir de maintenir une coexistence pacifique était sincèrement partagé par les deux monarques, il n’en allait pas de même à la cour de Madina où l’on se méfiait de tout ce qui touchait à Samori.
À la demande de mariage formulée par Karamo Mamadi Cissé, Séré Bréma avait répondu :
— « Allez dire à mon fils que sa demande de mariage est recevable mais qu’un délai de réflexion est nécessaire. »
Cette réponse traduisait, d’une part les pressions auxquelles Séré Bréma était soumis et d’autre part l’espoir qu’il nourrissait peut-être en une issue victorieuse des conquêtes entreprises par son neveu dont la fougue lui inspirait confiance. En tout cas le porte-parole du vieux souverain avait transmis le message en ces termes :
— « Notre maître nous charge de vous dire qu’il apprécie la fraternité des Touré mais que cela ne saurait autoriser Samori à prétendre à la main d’une noble Cissé de Madina. »
Propos, on ne peut plus vexatoires auxquels mon oncle répondit :
— « Cependant vous n’ignorez pas qu’un tel mariage aurait l’avantage de consolider le trône branlant de votre maitre ! »
Ce fut de part et d’autre, colère et indignation, des propos acerbes furent échangés, la négociation avait échoué. L’Almami Samori en tira les conséquences en décidant de se porter immédiatement sur les talons de Morlaye dans le Sankaran.
De passage à Kankan, il demanda à Karamo-Mori Kaba de lever des troupes de soutien, conformément aux clauses de l’accord de Tintioulén. Mais il lui fut répondu, par la voix de Daye Kaba : « Les Cissé de Madina sont nos frères et nos coreligionnaires de toujours ; nous ne pouvons les combattre pour personne d’autre. Nous sommes prêts à combattre tous les païens à vos côtés comme auparavant. »
En plus de la dénonciation unilatérale de l’accord de Tintioulén, ces propos faisaient une allusion par trop évidente à la fraîche conversion de Samori à l’islam. L’incident fut lourd de conséquences, la rupture étant désormais consommé. L’Almami poursuivit son chemin pour aller neutraliser Morlaye dans le Sankaran. Il le fit prisonnier à Sirinkoro. Les Kaba mirent ce délai à profit pour fortifier la place de Kankan.
Séré Bréma dans un sursaut désespéré tenta de libérer son neveu en levant des troupes à la hâte, le gros de son armée ayant été capturé à Sîrinkoro. Saadji Kamara de Gbankouno fut pressenti mais il se récusa par prudence. Il usa néanmoins de ses bons offices pour obtenir la participation de Missadou dans le Konia.
Séré Bréma était au plus mal avec le Wassoulou ; il ne pouvait rien attendre de ce côté.
Confiant à son frère Kèmè Bréma le soin de mettre le siège autour de Kankan et d’y maintenir un blocus efficace Samori se porta lui-même au devant de Séré Bréma.
Les affrontements eurent lieu à Worokoro, dans cette ancienne capitale du Sabadou où le partage des dépouilles de Nantenin Famoudou avait été à l’origine d’un conflit que l’agression de Morlaye venait d’exacerber.
Séré Bréma s’était enfermé dans la place fortifiée ; il y était encerclé. Les éléments infiltrés par Samori obtinrent des succès rapides dans leur travail de sape sur le moral des défenseurs. En peu de temps l’armée des Cissé se débanda en se désagrégeant.
Samori proposa la paix au prix d’une reddition inconditionnelle. Les Doré de Missadou tentèrent alors une sortie désespérée et se firent massacrer; Vanfing Doré, leur chef y trouva la mort.
Bientôt Séré Bréma se retrouva seul avec ses familiers. Il s’enferma dans une case où il fut appréhendé.
Mamadi Oulèn Cissé nous rapporte :

Samori, toujours plein de déférence à l’égard de son ancien maître, lui demanda :
— Père, selon votre sagesse comment doit-on juger une telle affaire ?
— De la manière la plus convenable que tu estimeras, mon fils, lui répondit le vieillard, en bon musulman acceptant le destin.
Sa vie fut épargnée mais il fut déporté à Kossaro dans un village d’un confluent du Milo, non loin de Diarradou. Il y a connu un exil relativement heureux en compagnie de ses chevaux favoris : Bibi et Alamamoudou.

Nous sommes en 1881.
La ville de Kankan avait capitulé en 1880 sous la pression des forces de Kèmè Bréma et de Massaran Mamadi. La tradition précise que les nombreux puits creusés dans la ville datent de cette époque.
Les instructions données par l’Almami à ses frères avaient prôné la clémence. Malgré le soutien actif, mais tardif de leurs alliés du Nord, le Sakhodougou et le Koulibalidougou, les Kaba avaient capitulé.
Daye Kaba qui tenait garnison à Karfamoriah en dehors de l’enceinte de la ville, avait réussi à s’enfuir. Il se réfugia d’abord à Kényéran puis à Ségou auprès des héritiers de El Hadj Omar Tall.
Samori avait alors destitué les Kaba du pouvoir temporel pour le confier à Baturba Laye Chérif, frère cadet de Karamo Sidiki Chérif. De nombreux témoignages confirment que la ville de Kankan avait effectivement bénéficié d’une clémence relative au moment de la capitulation ; les pillages lui avaient été épargnés et les vaincus n’avaient pas été réduits en captifs comme l’eût impliqué la logique de la défaite. Les habitants auraient été néanmoins assujettis au paiement d’un lourd tribut en or.
Le chef Karamo Mori Kaba fut exilé à Séfindou dans le Tôron, où il mourut quelques années plus tard.
Cette clémence relative était certainement motivée par, des considérations d’ordre religieux mais surtout politique. Il était indubitable en effet que l’Almami Samori était particulièrement sensible au prestige de cette métropole religieuse et commerciale. Le contrôle d’un tel centre lui offrait de nombreux atouts. Kankan était le point de départ, d’arrivée ou de transit de nombreuses caravanes en provenance du Sahel au nord, de la grande forêt au sud, de la côte de l’océan Atlantique, à l’ouest.

Dans la stratégie samorienne, l’élément dioula jouait un rôle important dans la collecte et la diffusion des informations. La propagande diffusée avec facilité constituait un atout permanent pour la diplomatie de Samori.
Le conquérant évitait, autant que faire se peut, les actions brutales de nature à lui aliéner profondément ces populations. User de souplesse à leur égard pour se les concilier, était de meilleur aloi. Il convient de rappeler à présent que les Sakho et les Koulibali du Nord avaient pris fait et cause pour la ville de Kankan et ce en violation de leurs engagements de Damissakoro.
Séré Bréma vaincu à Worokoro, la place de Kankan soumise, l’Almami Samori entreprit de punir les défaitistes du Nord. Ceci était d’autant plus nécessaire et urgent que la situation créée risquait de faire tâche d’huile, menaçant du coup les intérêts économiques si importants dans la zone aurifère.
Il confia à Kèmè Bréma le soin de rétablir l’ordre en ramenant le Sakhodou et le Koulibalidou sous la coupe samorienne. Les négociations menées auprès de Djémori Sakho de Koundian connurent quelques succès.
Mais Kényéran, gros centre commercial résistait aux pressions exercées par les sofas. Les Koulibali y auraient été encouragés par Daye Kaba à partir de Ségou où il s’était finalement réfugié auprès d’Ahmadou Tall.
L’ennemi irréductible de l’Almam Samori Touré, en offrant ses bons offices dans l’établissement de contacts entre Kényéran et le commandement des troupes coloniales installé à Kita, a créé les conditions des premiers affrontements entre l’armée samorienne et les troupes coloniales présentes à Kita depuis le 7 février 1881.

Notes
1. Une forme de consultation populaire.
2. Cf. Yves Person, op. cit.
3. Voir liste des informateurs.
4. Gardien officiel du portail de Komodougou. Il a introduit nuitamment la troupe guerrière de Samori dans l’enceinte de la cité. Il a usé de son influence pour la soumission d’autres localités. Il a été décapité à Fabala en 1887 avant le siège de Sikasso. Maudit par les siens, son nom a été frappé de tabou. Ce qui fera dire à Yves Person qu’il n’a jamais entendu parler de lui, malgré l’importance du rôle que nous, nous lui avons reconnu.
5. serment du dèguê : pâte de riz sur laquelle on prononce des formules incantatoires dont la finalité est de faire mourir les parjures.
6. Voir liste des informateurs.
7. Voir liste des informateurs.
8. Fille de Kaba Wulu Konaté de Faranfina.
Épouse préférée de l’Almami, elle a largement joui du pouvoir impérial.
Son fils Sarankén Mori sera plus tard proclamé Prince héritier.
Elle refusa cependant de partager l’exil avec l’Almami pour ne pas être parricide ; mais certainement parce qu’il n’y avait plus de trône à sauvegarder pour son fils.
9. Guinzé : objet métallique en alliage fer et bronze, sous forme de baguette. Servait d’étalon monétaire surtout dans la région forestière : Toma Guerzé, Kono, etc.
10. Fournisseur de chevaux, d’armes et de munitions à l’armée samorienne, il a été intégré à la famille de l’Almami pour le rôle joué au siège de Sikasso. Père de Alpha Touré, qui fut boucher à Kankan et à Faranah, lui, même père de Sékou Touré, premier président de la République de Guinée (1958-1984).
11. Bolotigui de bolo : bras, branche commandant d’une compagnie de sofas.
12. Kélétigui de kélé : guerre, armée commandant de corps d’armée.
13. Hameau de forgeron, où l’on peut voir encore les hauts fourneaux au flanc du Mont-Simandou, non loin de Diarradou.
14. Voir liste des informateurs.
15. Voir liste des informateurs.
16. Sangbantigne Féré, Féré le philosophe humoriste.
17. Cordonnier.
18. Voir liste des înformateurs.
19. Aïeul vénéré des Kaba du Baté. Sa tombe est bien entretenue et le renouvellement du revêtement de sable donne lieu chaque année à une mobilisation populaire.
Les arbres qui ont poussé là sont appelés respectueusement : Môgnouma-yiri.
20. Voir liste des informateurs.
21. Chef de guerre émérite de Kouroussa qui a si bien résisté à l’Almami Samori que celui-ci n’en vint à bout que par négociation. L’empereur fit son éloge lors de sa reddition et le confirma à la tête de la place de Kouroussa (1878).
22. Il nous a enseigné à l’école primaire supérieure Camille Guy de Conakry (1943-1946).
Inspecteur de l’Enseignement primaire à Kankan, il a été le véritable promoteur de cette recherche en portant à notre premier manuscrit un intérêt qui ne s’est pas relâché jusqu’à la publication de notre premier essai en 1963 dans le numéro 1 des Recherches Africaines. (Etudes Guinéennes, ns.) lorsqu’il a eu en charge l’Institut National de Recherches et de Documentation de Guinée qui a remplacé la section guinéenne de l’IFAN.
La publication de ce fascicule a permis aux éminents chercheurs tels que Yves PersonJean Suret-Canale d’avoir accès à notre très modeste contribution à l’histoire de l’Almami Samori. Les critiques et les suggestions formulées nous ont encouragé à pousser toujours plus loin notre recherche. Qu’il nous soit permis de rendre ici un hommage sincère à feu El Hadj Chaikhou Baldé.
23. Elle épousa l’Almami Samori et lui survécut.

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