Le Port conventionnel aux Turcs : la piètre lecture du gré à gré du ministre des Transports

Aboubacar Sylla, actuel ministre des Transports et auparavant porte-parole de l’opposition républicaine était vu par Jean-Marie Doré comme étant : « un pique-assiette » qui a un « droit souverain, c’est le droit de son estomac ! » Avant de conclure : « Vous ne verrez jamais un pique-assiette critiquer la maîtresse de maison et dire que c’est trop salé ou pimenté. »

Peut-être Jean-Marie Doré de la personnalité d’Aboubacar Sylla, leader de l’UFC, allié de l’Ufdg avant de devenir allié du RPG, parti au pouvoir. Ce qui est évident, cette accusation portée contre l’actuel ministre des Transports est encore d’actualité. Il a passé de longues années à critiquer la gouvernance d’Alpha Condé, les grés à gré dans la commande publique, etc. « Dès que le président Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il a commencé par modifier toutes les règles du jeu en revenant sur le Code minier qui est en vigueur, en le modifiant et en le rendant totalement non attractif aux yeux des investisseurs miniers. En six ans le pays a connu trois Codes miniers. Donc c’est cette instabilité juridique … » C’est ce qui explique, selon Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition républicaine, le départ des grands investisseurs. Ce discours n’est plus d’actualité.

Avec l’arrivée par effraction des Turcs au Port autonome de Conakry, le même Aboubacar Sylla ravale ses vomissures pour, cette fois-ci, soutenir le marché de gré à gré, dans la concession du Port conventionnel de Conakry. Extrait : «Si on devait élaborer un DAO (Dossier d’Appel d’Offres) et un cahier des charges complets pour une installation aussi complexe que le Port de Conakry…, tenez-vous bien, lancer un DAO, recruter une société d’ingénieurs conseils, sélectionner un adjudicateur, négocier le contrat, discuter les conditions dans lesquelles les financements puissent être mis en œuvre, nous serions partis pour une bonne année. Or, nous avons pensé que c’était urgent pour sortir le plus rapidement que possible le Port de Conakry de sa léthargie (…)»

S’essayant dans les dispositions du Code des marchés publics, le ministre des Transports se plante : « Une société intéressée s’est présentée dans le cadre des relations privilégiées et de confiance qui est entre la Guinée et la Turquie. Donc, il était tout à fait normal qu’on signe cette convention, conformément à des dispositions pertinentes du Code des marchés publics qui n’exclut pas systématiquement le recours au marché de gré à gré (…). Le gouvernement a décidé de signer cette convention en s’entourant de toutes les garanties par des institutions comme la BAD (Banque Africaine de Développement) afin que les intérêts de l’Etat soient préservés. »

Or, voici ce que dit le gré à gré du Code des Marchés publics. Un outil juridique a promulgué la Loi/2012/020/CNT. Cette Loi fixe pour autant les règles régissant la Passation (Direction nationale des marchés publics) de Mme Touré, le Contrôle (Administration et contrôle des grands projets et des marchés publics) pilotée par le très discret RPGiste, Mamady Thales Camara et la Régulation (Autorité de régulation des marchés publics – ARMP).

Dans son article 37 du Code des marchés publics est dit marché de gré à gré ou entente directe tous marchés passés sans appel d’offres, après autorisation spéciale du ministère des Finances, justification par l’autorité contractante et avis motivé de l’ACGPMP de Thalès Camara. Le gré à gré devrait mettre en concurrence au moins trois candidats susceptibles d’exécuter le marché. Dans l’article 38 du même Code, il est stipulé que l’ACGPMP et la DNMP veillent à ce que, sur chaque année budgétaire, les montants additionnés des marchés de gré à gré passés par chaque autorité contractante ne dépassent pas 10% du montant total des marchés.

Comme quoi, Aboubacar Sylla, ministre des Transports a fait une piètre lecture du gré à gré, en défendant la concession du Port aux Turcs, sans appel d’offres. De l’amateurisme que lui-même a sans cesse dénoncé lorsqu’il était opposant.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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